# L’entreprise comme terrain politique : comprendre et contrer le vote d’extrême droite
**Date de l'événement :** 12/09/2025
* Publié le 12/09/2025

### Date
12/09/2025

## Chapô
En juin 2024, près de 40 % des votants choisissaient l’extrême-droite au premier tour des élections législatives. Les désistements républicains ont réduit à 25 % leur part d’élus à l’Assemblée nationale. Les tactiques des partis ont fonctionné, mais les ressorts profonds du vote en sortent inchangés. Le sentiment d’être ignoré en sort même renforcé. Il continue d'alimenter la défiance envers les dirigeants politiques, accusés de rester sourds à la colère exprimée dans les urnes après l’avoir été dans la rue. Les jeux d’appareil ont occulté l’essentiel : comprendre et combattre les ressorts profonds du symptôme qu’est le vote d’extrême-droite. Parmi ces facteurs, la dégradation de la qualité de vie en entreprise est largement sous-estimée. Face à cette tendance, il est impératif de penser un modèle d’entreprise qui permette de faire société et de lutter contre l’exclusion.

## Corps du texte
**L’entreprise comme espace politique** 
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L’entreprise n’est pas simplement un objet politique, c’est aussi un espace politique. A l’échelle collective, chaque organisation constitue un bout de l’économie, elle est aussi un lieu de démocratie, de solidarité et parfois de services publics. A l’échelle individuelle, c’est un espace de vie et de réalisation de soi pour les 30 millions d’actifs français qui y consacrent [un tiers de leur vie éveillée](https://dares.travail-emploi.gouv.fr/donnees/la-duree-individuelle-du-travail).

Dans les discours politiques, l’entreprise est parfois devenue l’ennemi. Pour certains, la formule de François Hollande lors du discours du Bourget dans la campagne présidentielle de 2012, « mon adversaire, c'est le monde de la finance », a été résumée à « l’ennemi, c’est l’entreprise ». Dans la drôle de campagne pour Matignon à l’été 2024, le Nouveau Front Populaire s’est fédéré autour de Lucie Castets, identifiée pour avoir co-fondé le collectif [Nos Services Publics](https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2024/02/DL204-Dossier-5.-Services-publics-depasser-la-crise.pdf) qui prend le parti de l’entreprise publique, par opposition aux initiatives privées.

À rebours de cette opposition simpliste, nous entendons ici « l’entreprise » au sens large, en incluant les millions d’agents de la fonction publique dont l’organisation employeuse constitue un espace politique. Il est urgent de dépasser la binarité artificielle entre le public et le privé, tant le spectre est large : établissements publics de droit privé, entreprises privées à capitaux publics ou se voyant déléguer des services publics, coopératives privées pouvant inclure des personnes morales publiques à leur gouvernance, associations privées reconnues d’utilité publique, sociétés commerciales d’utilité sociale à lucrativité limitée ou à participation ouvrière, etc.

Ce spectre repose sur des siècles d’émergence et de structuration d’un tiers-secteur ni tout-à-fait privé, ni tout-à-fait public. En France, on la retrouve notamment dans l'Économie Sociale et Solidaire (ESS), reconnue par la loi Hamon de 2014. Représentant 10 % du PIB français, elle est composée d’entreprises privées non lucratives sous forme d’associations, de fondations, de coopératives, de mutuelles ou encore d’entreprises sociales. Mais le spectre allant du public au privé ne se limite pas à ce contour administratif étroit, qui ne comptabilise pas les statuts publics, ni ceux des sociétés en transition, par exemple les « entreprises à mission » consacrées par la loi PACTe de 2019.

À l’heure où la priorité des gouvernements est la résorption du déficit public, est-il raisonnable de faire de la fonction publique la meilleure réponse à la colère exprimées dans les urnes, avec un taux de dépense publique parmi les plus élevés au monde, [à 57 % du PIB](https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381414#:~:text=2023%20D%C3%A9penses%20Recettes-,Lecture%20%3A%20en%202023%2C%20les%20d%C3%A9penses%20publiques%20repr%C3%A9sentent%2057%2C0,%2C%20comptes%20nationaux%20%E2%80%93%20base%202020.) ? À l’inverse, est-il souhaitable de considérer que la « main invisible du marché » trouvera des solutions autofinancées aux besoins essentiels des Français les plus exclus, qui se tournent de plus en plus vers l’extrême-droite ?

S’interroger sur l’espace de l’entreprise dans les ressorts profonds du vote d’extrême-droite revient à creuser ce spectre. S’y trouve un nuancier de solutions qui, souvent, existent déjà dès lors que l’on dépasse les caricatures du tout public et du tout lucratif.

*   **Plus les consommateurs et utilisateurs de services essentiels en sont éloignés, plus ils ont tendance à voter extrême droite.**

La carte du vote est limpide : un électeur a [deux fois plus de chances de voter extrême-droite en commune rurale qu'en agglomération](https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2024/06/DET-120537-Rapport-JDV-EUR24-10.06.2024.pdf). Aux élections européennes de 2024, 40 % des votants de commune rurale et de ville isolée choisissaient le Rassemblement National. Ils étaient 30 % moins nombreux en grande agglomération de province et 50 % moins nombreux à Paris, où les services essentiels, publics ou privés, sont plus variés et plus proches.

Cette France à deux vitesses se retrouve par exemple dans l’accès aux crèches et aux EHPAD. Dans les premières, sont pris en charge moins de [10 % des enfants de moins de trois ans des familles les plus pauvres, contre plus de deux tiers pour les familles les plus aisées](https://solidarites.gouv.fr/augmenter-le-nombre-denfants-defavorises-accueillis-dans-les-creches). Dans le champ de la dépendance, la pyramide des âges annonce déjà des exclusions : le nombre de personnes âgées dépendantes triple entre 2010 et 2060, avec un nombre limité de places en EHPAD. Les investissements des groupes privés lucratifs, [aux tarifs 33 % plus élevés que les établissements privés non lucratifs](https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/vivre-dans-un-ehpad/comprendre-les-prix-en-ehpad/cout-d-un-hebergement-en-ehpad-en-2016), [pourront servir les seniors les plus aisés](https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/vivre-dans-un-ehpad/comprendre-les-prix-en-ehpad/cout-d-un-hebergement-en-ehpad-en-2016), mais pas ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté – ils sont pourtant déjà plus d’un million à vivre avec moins de 1 065 euros mensuels.

*   **La participation en entreprise, tant aux décisions qu’aux bénéfices, est un facteur du vote d’extrême droite.**

Plus les salariés se sentent exclus de leur entreprise et de ses bénéfices, plus ils se tournent vers l’extrême droite. Les mouvements sociaux récents, qui n’émanaient pas toujours de formations politiques, à l’instar des gilets jaunes, réclamaient plus de participation et de démocratie et ne se cantonnaient pas à des revendications de pouvoir d’achat. 

Concernant les salaires, les électeurs se tournent vers l’extrême-droite quand ils perçoivent trop peu de la valeur créée par leur travail. Ils ont 1,5 fois plus de chances de voter extrême-droite quand ils gagnent 1 300 euros ou moins, que quand ils gagnent plus de 2 500 euros. 

Cette analyse micro-économique pose immédiatement la question de la distribution des revenus à l’échelle macro-économique, notamment au regard de l’échelle des salaires en entreprise. L’écart entre la plus faible rémunération et le salaire le plus élevé est de 1 à 300 en moyenne dans les entreprises du CAC40. Il n’est pas question ici de morale ou d’idéologie, mais de répartition mécanique des charges de l’entreprise et de leur évolution : les plus hauts revenus augmentent plus vite que les plus bas, donc l’écart se creuse.

Le bien-être en entreprise influe aussi sur le vote. [Un électeur a quatre fois plus de chances de voter extrême-droite quand il n'est « pas du tout satisfait de sa vie »](https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2024/sociologie-des-electorats-legislatives-2024). Dans ce cas là, il vote RN à 61 % ; le chiffre tombe à 15 % dans la population qui se déclare « très satisfaite de sa vie ». Le travail, auquel les salariés consacrent 36 heures par semaine en moyenne, a le pouvoir d’y contribuer positivement ou négativement. 

La participation aux décisions de l’entreprise est un moteur du sens au travail. Elle s’est érodée depuis les années 1990, avec une réduction de l’autonomie opérationnelle et de la capacité d’expression, corrélée à la multiplication des processus imposés. Une étude de 2024 de Thomas Coutrot, chercheur associé à l’IRES, soutient que le travail a « le bras long » en ce que l’organisation du travail contribue à déterminer les comportements civiques, en particulier le vote. [Il y est démontré que le vote RN est nettement associé à un déficit d’expression au travail](https://ires.fr/wp-content/uploads/2024/02/DdT_T_Coutrot_2024_2.pdf).

La formation est également un facteur majeur de l’épanouissement des salariés et de leur sentiment de bien habiter un monde dont les mutations s’accélèrent, en particulier au travail, avec l’adoption de technologies d’intelligence artificielle. Pourtant, [deux tiers des employés n’ont reçu aucune formation l’an passé](https://www.capterra.fr/blog/1941/65-pourcent-employes-aucune-formation-malgre-recents-defis-professionnels). 

La solution du « privé non lucratif » 
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Deux solutions directement actionnables permettraient d’améliorer l’accès aux services essentiels. La première est d’augmenter la part du Privé Non Lucratif (PNL), avec des autorités de contrôle privilégiant le critère non lucratif. La deuxième est d’introduire les logiques de service public et de rentabilité limitée chez les gestionnaires lucratifs de services essentiels.

*   **Augmenter la part des établissements « privés non lucratifs »**

Les hôpitaux associatifs sont une solution là où les cliniques lucratives ignorent les déserts médicaux. Les EHPAD non lucratifs répondent aux besoins que la bourse écarte en ne jugeant qu’à la rentabilité. Il en va de même pour tous les services sociaux et de soin, du handicap à la petite enfance. A l’heure où les dérives en EHPAD et crèches lucratifs sont révélées au grand public, notamment décrites par Victor Castanets respectivement dans _Les Fossoyeurs_ (Fayard, 2022) et Les Ogres (Flammarion, 2024), le modèle du PNL n’offre pas de garantie contre la maltraitance mais il empêche qu’elle survienne en raison d’une recherche effrénée de rentabilité au détriment des citoyens pris en charge.

L’économie sociale et solidaire est une solution trop ignorée, mais efficace là où l’Etat ne peut pas tout faire mais où le marché reste aveugle, qu’il s’agisse de territoires isolés ou de populations vulnérables. Elle est pourtant en recul depuis l’adoption de la loi Hamon en 2014 (9,9 % de l’emploi en France en 2014 vs. 9,4 % aujourd’hui).

A rebours des idées reçues, la France n’est pas toujours en avance sur ce champ. En matière de dépendance par exemple, on compte moins de 30 % d’EHPAD associatifs en France, quand ils sont plus de 50 % en Allemagne. Dans les hôpitaux français, seulement 14 % de lits d’hospitalisation sont PNL (62 % sont dans le public et 24 % en cliniques privées), quand ils représentent 70 % de la prise en charge en Belgique qui a proscrit les établissements lucratifs, et jusqu’à 100 % aux Pays-Bas.

*   **Aborder la question de l’efficience**

Alors que la vie politique est obsédée par le déficit public, il est indispensable de le mettre en relation avec la qualité de prise en charge des usagers. À cet égard, le concept de « frontière d’efficience », une méthodologie notamment employée par France Stratégie il y a 10 ans, permet d’évaluer l’efficacité et la qualité des politiques publiques au regard de leurs coûts.

En se basant sur les meilleures pratiques européennes apparaissent des « poches d’efficience » : pour un niveau de prise en charge donné, il convient de se rapprocher du modèle national qui y parvient de la manière la plus économe. Il en ressort que l’appui sur le privé offre parfois une solution efficiente. En matière de vieillesse, les Pays-Bas offrent un même degré d’efficacité pour des dépenses relatives deux fois moindre, notamment grâce à un recours partiel aux dépenses privées. Dans le champ sanitaire, la Suède offre une efficience des dépenses de santé comparable à celle de la France, mais avec un niveau de dépense moindre. 

L’adéquation du PNL est notamment dû à sa plus grande agilité. Les écoles, crèches, hôpitaux ou EHPAD gérés par des associations connaissent moins de difficultés d’absentéisme. On compte [14,5 jours d’absence pour raison de santé dans l’année par agent public contre 11,7 jours par salarié du secteur privé selon l’Inspection Générale des Finances en juillet 2024](https://www.igf.finances.gouv.fr/files/live/sites/igf/files/contributed/Rapports%20de%20mission/2024/Revue%20de%20d%C3%A9penses%20R%C3%A9duction%20des%20absences.pdf). Les acteurs privés jouissent aussi de circuits d’investissement et d’engagement de dépenses plus flexibles. Ils peuvent plus facilement adapter leurs grilles tarifaires, quand c’est permis. Il n’est pas rare que les dispositifs publics leur emboîtent le pas, comme avec le « surloyer solidaire » repris dans la Loi Bien Vieillir de mars 2024 après avoir démontré son efficacité dans les EHPAD non lucratifs du Groupe SOS.

Faire de l’entreprise un espace de bien-être
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Comment l’entreprise peut-elle favoriser la « satisfaction dans la vie » si dégradée chez les électeurs d’extrême-droite ? Nous passons un tiers de notre vie au travail, où les facteurs de bien-être sont nombreux : prend-on directement soin de moi ? me permet-on de prendre soin de moi ? favorise-t-on les comportement vertueux entre collègues ? favorise-t-on mon engagement au travail, mais aussi en dehors ?

L’engagement en entreprise ne se décrète pas mais il améliore son fonctionnement. La plus grande étude menée sur le sujet par le Gallup Institute montre les écarts entre les 25% des salariés les plus engagés et les 25% qui le sont le moins : [on observe 81% d’absentéisme en moins et +18% de productivité](https://www.gallup.com/workplace/349484/state-of-the-global-workplace.aspx). La clé est d’abord culturelle. Il s’agit davantage de promouvoir un modèle d’entreprise tenant compte du sens au travail et du management par la confiance, que de politiques économiques techniques. 

Il existe aussi des paramètres techniques d’amélioration au sein de l’entreprise, notamment dans la formation. Partir du socle du Compte Personnel de Formation permettrait d’anticiper et de favoriser les reconversions. L’abonder de la part des entreprises employeuses pourrait également donner lieu à des crédits d’impôts incitatifs, particulièrement pour les PME disposant de moins de ressources de formation interne.

Au-delà de l’enceinte de l’entreprise, les études démontrent les bienfaits du bénévolat sur le bien-être. La moitié des 12 millions de Français engagés qui déclarent que c’est d‘abord une source de plaisir pour eux selon une enquête IFOP de 2023. [Le principal frein à l’engagement est le manque de temps](https://harris-interactive.fr/opinion_polls/les-francais-et-les-associations/), pourtant chaque employeur peut encourager le bénévolat auprès d'associations du territoire, en aménageant le temps de travail ou en proposant du mécénat de compétence – dont il peut tirer un avantage fiscal.

Un élément clé : la participation des salariés au pouvoir et aux bénéfices
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Seulement 155 000 entreprises relèvent de l’ESS en France, avec une approche fondée notamment sur une gouvernance participative. [Il y a 120 000 associations, 24 000 coopératives, 7 000 mutuelles, seulement 400 société commerciales agréées solidaires d’utilité sociale (ESUS)](https://www.avise.org/comprendre-ess/economie-sociale-solidaire-ess-contexte)… Cela représente seulement 1 entreprise sur 10 – beaucoup moins à l’échelle des sociétés commerciales qui ignorent bien souvent l’existence du statut ESUS. L’écrasante majorité des entreprises n’ont donc pas forcément de cadre prévoyant de participation démocratique, en dehors des dispositifs légaux de représentation du personnel.

Rares sont les aventures de bascule en modèle à gouvernance partagée, comme la reprise fortement médiatisée de Duralex sous format de société coopérative par ses salariés en septembre 2024. Aujourd’hui, seules 8 % des Scop sont le fruit d’une reprise d’entreprise en difficulté et 13 % d’entreprise saine. Prévoir la démocratie en entreprise ne doit donc pas être l’apanage d’un petit club de coopératives, mais devenir une boussole pour toute l’économie.

Le nuancier du partage de la gouvernance et de la valeur dépasse largement les statuts de l’ESS : c’est de la transformation de la totalité des entreprises françaises dont il s’agit. Cela se traduit par de fortes attentes, d’autant que le chantier du partage de la valeur, souvent annoncé par le gouvernement ces dernières années, n’a pas toujours été conduit à terme.

Une avancée est que les PME françaises de moins de 50 salariés doivent désormais proposer à leurs salariés au moins un dispositif de partage de la valeur « à titre expérimental et pendant une durée de cinq ans » pour se conformer à la loi sur le partage de la valeur votée en novembre 2023. Elles n’étaient que [4,1 % à le faire par des accords de participation et 9,2 % par des accords d’intéressement en 2021](https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/lepargne-salariale-en-2021). Il n’est pas acquis que ces dispositifs soient généralisés, puisque les employeurs peuvent choisir l’emploi de Primes de partage de la valeur (PPV) plus simples et discrétionnaires : il suffit d’une décision unilatérale de l’employeur, toutefois décorrélée de la performance de l’entreprise. Les PPV n’incluent donc pas réellement les salariés dans le partage des bénéfices.

Vers des modèles plus vertueux : trois pistes de solutions concrètes
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Afin de construire un modèle d’entreprise plus vertueux et qui inclue concrètement les salariés dans l’espace politique qu’est l’entreprise, trois pistes de solutions méritent d’être évoquées.

1.  **Conditionner les aides** :  Certaines formes d’entreprises peuvent bénéficier de dispositifs incitatifs, qu’ils relèvent de fiscalité positive ou encore de marchés publics réservés ou favorisés. Mais d’une part, dans bien des cas, l’incitation associée ne suffit pas à les rendre attractifs, d’où leur faible mobilisation. D’autre part, une carence notable réside dans la non conditionnalité d’un nombre d’aides destinées aux sociétés. Par exemple, être inclusif vis-à-vis de ses usagers et de ses salariés n’est pas un critère pris en compte pour bénéficier du Crédit d’impôt Recherche, qui représente près de 7 milliards d’euros pour l’État.
2.  **Améliorer les incitations existantes** : si le principe pollueur-payeur ne permet pas de réduire les actions néfastes et d’encourager les marchés vertueux, c’est que les montants sont trop faibles – quand bien même la « tuyauterie administrative » fonctionne bien. Il y a matière à multiplier significativement les redistributions concernant l’insertion professionnelle, le handicap, le reconditionnement et le recyclage, ou encore les émissions de gaz à effet de serre. 
3.  **Lever les barrières bureaucratiques** : si l’actionnariat salarié ne s’élève qu’à 3 % en France, c’est aussi en raison d’une barrière administrative à l’entrée. Nombre de dispositifs requièrent de mandater des avocats, des auditeurs, des recrues dédiées à l’implémentation de changement de statuts, de reportings extra-financiers ou encore de gestion de gouvernance mobilisant de plus nombreuses parties prenantes à de plus nombreuses occasions.

Dans le nuancier de la participation en entreprise, il faut souligner le statut de Société Anonyme à Participation Ouvrière (SAPO). Il permet facilement de confier des « actions de travail » aux employés, qui se voient donc distribuer une partie des dividendes. On estime qu’il n’y a qu’une poignée de SAPO en France, pourtant le modèle ne requiert pas d’alourdissement administratif majeur. En prévoyant une incitation ambitieuse, un grand nombre de sociétés pourraient adopter une participation ouvrière et ainsi associer leurs salariés au fruit de leur travail.

Rendre l'entreprise vertueuse : un investissement rentable
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L’adoption de dispositifs inclusifs pour les usagers et les salariés ne relève pas de la charité. Le retour sur investissement des solutions sociales, solidaires et écologiques est bien souvent positif. La recherche scientifique s’est développée en la matière, notamment avec la méthodologie anglo-saxonne de Social return on investment (SROI) et l’ouverture de laboratoires pionniers comme celui de l’ESSEC en France. Jusqu’à la création du [Sommet de la mesure d’impact](https://www.sommetdelamesuredimpact.fr/) – colloque scientifique sur les bienfaits d’initiatives souvent hybrides, privées mais d’intérêt général – où les dirigeants de grandes entreprises assument chaque année leur rôle politique.

Ces dispositifs permettent d’attirer et de fidéliser les salariés. Dans son rapport sur l’engagement des entreprises dans les territoires, le rapporteur de l’Impact Tank Timothée Duverger, chercheur spécialisé en ESS, [démontre que les entreprises ne peuvent pas simplement se servir des territoires, mais qu’elles doivent être à leur service](https://impact-tank.org/ressources/publications/rapport-engagement-des-entreprises-dans-les-territoires-V2-Impact-Tank.pdf). Sur les 3,6 milliards d’euros consacrés au mécénat l’entreprise en 2021, les mécènes ont pour principale motivation le désir d’exprimer, d’incarner les valeurs de l’entreprise (49% des entreprises répondantes) notamment auprès des 96 % des Français (leurs clients, fournisseurs et salariés) qui estiment que les entreprises doivent avoir une responsabilité territoriale.

L’inclusion améliore la performance de l’entreprise mais aussi les finances publiques. Le retour sur investissement des financements d’insertion, par exemple, a été étudié par Ashoka avec McKinsey en 2011, avec une approche mise à jour par le Mouvement Impact France et le BCG en 2024.  

La première étude démontrait que pour 1euro d’argent public confié à l’association d’insertion Acta Vista, le retour pour la puissance public s’élevait à 1,5 euros, en comptabilisant les coûts évités, notamment ceux de l’inactivité des employés des chantiers d’insertion qui étaient très éloignés de l’emploi, mais aussi en cotisations versées – cela sans compter la consommation des ménages bénéficiant d’un revenu supplémentaire, ni le retour à long-terme des publics sur le marché de l’emploi, ni les impacts intangibles de la confiance en soi et de l’apaisement d’une personne dans sa famille et son quartier.

La deuxième analyse porte notamment sur le modèle des Cafés Joyeux, qui emploient et forment en milieu ordinaire près de 200 personnes en situation de handicap. Elle fait état d’un [SROI de 640 %](https://cdn.prod.website-files.com/6155b8373b8e8c838c39bf8a/66cdd0efb2a1a9cdfc046245_Rapport_Licornes%20a%CC%80%20impact_compressed.pdf) (un euro public rapporterait donc 7,4 euros à la puissance publique). Un résultat remarquable, à prendre avec les pincettes requises pour cette méthodologie qui quantifie en euros des bienfaits non financiers tels que l’amélioration du bien-être ou encore le changement de regard sur le handicap.

**Contre l’extrême droite, l’entreprise est incontournable** : elle est un espace politique qui peut exclure ses usagers comme ses salariés. L’effet produit se retrouve dans les bulletins d’extrême droite dans les urnes. Il existe pourtant des dispositifs, simples à mettre en place, pour favoriser la solidarité et l’inclusion. Ils offrent un retour positif aux employeurs et à la puissance publique. 

Pour être efficace, il convient de miser sur ceux qui concernent un bassin d’entreprises large et non une niche restreinte de statuts complexes à adopter – en leur réservant des incitations financières significatives.

L’entreprise est un espace politique et le nouveau gouvernement doit bâtir avec. Si l’on continue à ignorer les ressorts profonds du vote d’extrême-droite, ils continueront à s’exprimer dans les urnes.

**Licence :** `#` 

### Thématique
`#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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