# Après la reconnaissance de l’État de Palestine
**Date de l'événement :** 29/09/2025
* Publié le 29/09/2025

### Date
29/09/2025

## Chapô
**Alors que la reconnaissance internationale de l’État de Palestine s’est accélérée avec la dernière Assemblée des Nations Unies, cette dynamique reste confrontée à de nombreux obstacles. Entre l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne, la persistance du Hamas et le refus catégorique du gouvernement israélien, la perspective d’un véritable État palestinien demeure fragile. Alain Dieckhoff, directeur de recherche au CERI, analyse la situation.**

## Corps du texte
Alors  que la France, le Royaume Uni, le Canada et sept autres pays ont reconnu officiellement l’Etat de Palestine à l’occasion de la 80e assemblée générale de l’ONU, quel bilan tirer de ces reconnaissances en cascade ? Et surtout quelles perspectives ouvrent-elles ? 

Commençons par dire que le pari de la France, co-présidente avec l’Arabie Saoudite de la conférence sur la mise en oeuvre de la solution à deux États, d’entraîner avec elle un nombre significatif de pays de « l’arc occidental » a fonctionné puisque désormais seuls deux pays européens majeurs demeurent en retrait, l’Italie et l’Allemagne. Parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, seuls les États-Unis rejettent cette reconnaissance d’un État de Palestine que le Président Trump, fidèle à sa subtilité coutumière, a réduit à une « récompense » pour les atrocités commises par le Hamas. 

Les deux enjeux de la reconnaissance de l’État de Palestine
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L’objectif de la reconnaissance est en réalité double. D’une part, elle réaffirme solennellement le droit à l’autodétermination du peuple palestinien dans les territoires occupés par Israël en 1967 (bande de Gaza et Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est). Dans son avis de juillet 2024, la Cour internationale de Justice a clairement affirmé que la présence continue de l'État d’Israël dans ces territoires est illicite et qu’elle contrevient à la réalisation du droit à l’autodétermination des Palestiniens. La réaffirmation de ces principes de droit international ne va pas changer la réalité sur le terrain entre une bande de Gaza ravagée par une guerre sans fin et une Cisjordanie minée par la colonisation où une chétive Autorité palestinienne tente de maintenir un  
semblant de pouvoir.   

C’est là que le second versant de la reconnaissance prend son sens : elle doit servir à impulser une dynamique diplomatique nouvelle qui conduise à terme à la création en bonne et due forme d’un État palestinien aux côtés d’Israël.

Quelles en seraient les étapes théoriques précisées dans la déclaration de New York (fin juillet)? D’abord, un cessez-le-feu immédiat à Gaza permettant la libération des derniers otages israéliens et l’acheminement de l’aide humanitaire à une population palestinienne exsangue avant d’envisager une reconstruction progressive. Ensuite, la fin du contrôle par le Hamas de la bande de Gaza et son désarmement au profit d’une Autorité palestinienne revigorée.  

Lors de cette phase, une mission internationale de stabilisation placée sous l’égide de l’ONU, avec des troupes émanant des Etats membres, assurerait la transition politique. Enfin, la troisième étape, la plus vague dans ses modalités concrètes, devrait faire pleinement advenir l’Etat palestinien comme réalité souveraine, après relance des négociations israélo-palestiniennes. 

L’Autorité palestinienne, le Hamas et Israël
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L’acteur sur lequel la communauté internationale a le plus de pouvoir d’action est l’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, qui dépend de l’aide extérieure.  La mise en œuvre de réformes pour améliorer la gouvernance et la transparence comme l’organisation d’élections législatives et présidentielles (les dernières remontent à 2005-2006) sont dans l’intérêt de l’Autorité palestinienne, émanation de l’OLP, reconnue comme seul représentant légitime des Palestiniens par la communauté internationale.

Que le Hamas, à l’origine des attaques terroristes du 7 octobre qui a précipité la région dans un  nouvel épisode guerrier, sorte du jeu relève de l’évidence mais, même fortement diminué, rien ne dit qu’il ne conservera pas une capacité de nuisance qu’il n’hésitera pas à réutiliser pour faire dérailler tout processus diplomatique, comme il l’avait fait après 1994 en sabotant les Accords d’Oslo. À cet égard, le président français a eu raison de souligner, contre ses différents détracteurs, que la solution à deux Etats n’est en aucune manière une « prime » donnée à un Hamas qui a toujours rejeté cette solution qualifiée de capitulation.      

Reste Israël auquel, outre l’arrêt des combats à Gaza, il est demandé de cesser toutes ses activités de colonisation pour s’engager résolument dans la concrétisation de la solution à deux États.  Peut-on sérieusement espérer une conversion du gouvernement actuel à une logique pareille ? La réponse est clairement, sans surprise,  négative, Benjamin Netanyahou ayant annoncé, en réaction à la vague de reconnaissance, « qu’il n’y aura pas d’Etat palestinien à l’ouest du Jourdain ». La relance récente du projet de colonisation E1 (à l’est de Jérusalem) a même spécifiquement pour objet de couper le sud et le nord de la Cisjordanie (qui devrait être la base territoriale principale de l’Etat palestinien). Rappelons également que dès juillet 2024, la Knesset avait voté une déclaration indiquant son opposition à l’établissement d’un Etat palestinien et qu’en juillet 2025 le même parlement adoptait une autre déclaration considérant « la Cisjordanie comme une partie inséparable de la terre d’Israël ». Ajoutons enfin que le soutien à la création d’un Etat palestinien parmi les Juifs israéliens est faible : 19,5% sont pour, 72,9% contre (Peace index, mars 2025, Tel Aviv University).    

La solution à deux États : une chimère ?
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Comment dès lors espérer faire avancer les choses ? L’action ne peut venir que de l’extérieur. Malheureusement, il n’y a sans doute pas grand chose à attendre des États-Unis de Donald Trump qui ont donné un blanc seing au gouvernement Netanyahou qui, au nom de sa lutte contre le leadership du Hamas, est allé jusqu’à bombarder Doha, la capitale du Qatar où l’armée américaine dispose de la plus grande base au Moyen-Orient. Et l’Europe ? Avec l’extension des pays reconnaissant l’État de Palestine, elle dispose maintenant d’une plus grande légitimité pour utiliser des moyens de pression sur Israël. En effet, si l’État en question n’est pas en mesure d’exercer sa pleine souveraineté, la puissance occupante (en l’occurrence Israël) peut être sanctionnée. Jusqu’à présent, les mesures unilatérales adoptées par certains pays ont été réelles mais assez modestes (interdiction d’entrée sur leur territoire pour les ministres israéliens d’extrême-droite, embargo sur des composants militaires…). Ellespourraient se renforcer, comme le souhaite la Commission européenne, si la suspension partielle de l'accord d'association sur les questions commerciales est adoptée par le Conseil européen (suspension fondée sur la violation des obligations en matière de droits de l’homme).   

Une chose est sûre : sans volontarisme politique, l’État de Palestine, même reconnu par 158 États, demeurera une coquille vide et la solution à deux Etats plus que jamais une chimère.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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