# Élections en Argentine : le miléisme à l’épreuve des urnes
**Date de l'événement :** 21/10/2025
* Publié le 21/10/2025

### Date
21/10/2025

## Chapô
**Ce dimanche 26 octobre, Javier Milei affrontera son premier test électoral d’envergure depuis son arrivée au pouvoir. Les élections législatives de mi-mandat interviennent dans un contexte d’austérité brutale, de tensions monétaires et de scandales politiques à répétition. Entre promesses non tenues de dollarisation et affaires de corruption touchant son entourage, le président libertarien voit vaciller son image de sauveur de la nation argentine. David Copello, chercheur en science politique et spécialiste de l’Amérique latine, analyse ici les fragilités du miléisme.**

## Corps du texte
Les Argentins et Argentines retournent aux urnes ce dimanche 26 octobre, pour les premières élections nationales depuis l’arrivée au pouvoir du président Javier Milei en 2023 et la mise en place de son gouvernement d’extrême droite libertarienne en alliance avec la droite classique. Il s’agit d’élections législatives de mi-mandat, au cours desquelles la Chambre des Députés remet en jeu la moitié de ses sièges et le Sénat renouvelle un tiers de ses membres. Il est frappant de constater à quel point ces élections intermédiaires, certes importantes pour le pays mais somme toute assez mineures dans les équilibres mondiaux, ont suscité l’attention des observateurs internationaux au cours des dernières semaines. Ceci tient probablement autant aux affres personnelles du président Milei qu’au caractère inédit de cette présidence « libertarienne » initiée il y a près de deux ans. Que reste-t-il du programme de dollarisation de l’économie affiché par le candidat Milei lors de sa campagne victorieuse ? Comment passer du statut d’_outsider_ venu éradiquer la « caste » des politiciens corrompus à celui de représentant sortant ? Les résultats du processus électoral en cours pourront être lus à la lumière d’une série d’éléments de contexte incluant, au premier chef, la situation économique du pays, mais également les questions de probité dans l’exercice des fonctions publiques, le tout jouant un rôle crucial dans la capacité du président argentin à constituer des alliances politiques – qui lui seront nécessaires quels que soient les résultats.

Une économie sur le fil
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Si les promesses de dollarisation et de suppression de la banque centrale du candidat Milei n’ont nullement été tenues, sa présidence n’en est pas moins marquée par des coupes budgétaires drastiques, placées sous le signe d’un ultralibéralisme moins hétérodoxe que le « libertarianisme » affiché, mais néanmoins assumé. Un des principaux objectifs du gouvernement était de réduire l’inflation – qui avait atteint des sommets en 2023, avoisinant les 200 %. Celle-ci a effectivement été réduite à des niveaux bien plus raisonnables : la variation des prix a été de 32 % entre les mois de septembre 2024 et 2025. Outre le coût social de cette politique d’austérité tous azimuts (mais touchant prioritairement les secteurs _a priori_ les plus éloignés idéologiquement du gouvernement, comme l’éducation et la science), que n’ont pas manqué de souligner de nombreux observateurs, c’est toutefois sa solidité même qui est aujourd’hui remise en question.

Une des clefs pour éviter un dérapage de l’inflation consiste en effet à maintenir une monnaie argentine forte face au dollar – un accroissement du prix des produits étrangers entraînant mécaniquement une hausse de l’inflation, dans ce pays qui importe une grande partie de ses biens manufacturés. En cas de ruée vers le dollar (et elles sont récurrentes en Argentine), l’instabilité sur le marché des taux de change génère donc mécaniquement des tensions sur les réserves de la banque centrale : le maintien d’un peso fort implique donc des sacrifices difficilement tenables sur le long-terme. C’est ce dilemme qui a poussé le gouvernement argentin à se tourner, au cours des dernières semaines, vers les États-Unis, pour solliciter un prêt auprès de l’administration Trump – non pas pour investir ou développer le pays, mais simplement pour tenir des objectifs de maintien d’une monnaie forte. Le président étatsunien souffle depuis le chaud et le froid sur l’économie du pays, ainsi que sur sa campagne électorale. Des promesses ont été faites, suivies de multiples revirements portant à la fois sur les modalités (tantôt prêt ou échange de devises), sur les montants (tantôt 20 ou 40 milliards de dollars), sur le calendrier (tantôt avant ou après les élections) et sur les conditions politiques du prêt. Sur ce dernier point, Donald Trump a déclenché une certaine panique sur les marchés argentins en affirmant, à l’improviste, alors qu’il recevait Milei à la Maison-Blanche le 14 octobre, que le soutien étatsunien ne serait accordé qu’en cas de victoire aux élections législatives. En d’autres termes, l’économie argentine ne tient qu’à un fil, et ce fil est tenu par Donald Trump lui-même – dont les menaces habillées en promesses (ou vice-versa) constituent une intervention directe dans la campagne électorale. Le pays renoue ainsi avec les vieux démons de la dépendance, et rejoue le scénario fort classique que les critiques de l’impérialisme yankee ne manqueront pas de dénoncer.

Des affaires ubuesques  

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Cette impression d’un « air de famille » dans le déroulement de la campagne électorale, bien loin de la rupture politique avec l’histoire argentine que le gouvernement se targue d’avoir mis en œuvre, est redoublée par la succession des scandales judiciaires qui ont émaillé l’année 2025, et éclaboussé les principales figures du miléisme. Milei avait en effet promis de mettre fin à la « caste » qui s’enrichirait sur le dos des Argentins, qui plus est de façon frauduleuse. Cette posture avait toutes les chances de remporter un écho, dans une société où la corruption est, depuis les années 1990 au moins, un enjeu central, de la discussion publique, et _a fortiori_ depuis que l’ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner a été condamnée à une peine de 6 ans d’emprisonnement pour fraude dans l’attribution de marchés publics (peine qu’elle purge à son domicile depuis le mois de juin 2025).

Confortable, cette dénonciation de la corruption des autres l’était jusqu’à la multiplication des affaires touchant le gouvernement actuel, mêlant crypto-arnaque, rétrocommissions et narco-politique. Le 14 février 2025 à 19h01, sur ses réseaux sociaux, le président Milei célébrait en grande pompe la création de la cryptomonnaie $LIBRA trois minutes plus tôt, faisant grimper en flèche le prix de cet actif dans les minutes suivantes en encourageant les investisseurs à en acquérir. Mais quelques heures plus tard, la poignée de fondateurs du cryptoactif vendit massivement ses avoirs, empochant au passage des gains colossaux : mécaniquement toutefois, la valeur de $LIBRA s’effondrait aussitôt, provoquant des pertes de près de 250 millions de dollars pour environ 70 000 investisseurs. Plusieurs proches de Milei sont aujourd’hui suspectés d’avoir participé à cette escroquerie de type _rug pull_ à grande échelle, et font l’objet d’enquêtes parlementaires et judiciaires en Argentine et aux États-Unis.

Le 20 août 2025, la presse en ligne diffuse des enregistrements audio attribués à Diego Spagnuolo, ami du président et directeur de l’Agence Nationale du Handicap, dans lesquels celui-ci affirme que les achats publics de médicaments sont conditionnés par le reversement de certaines des sommes perçues par les laboratoires pharmaceutiques à diverses personnalités appartenant au gouvernement. La sœur du président, Karina Milei, qui est également secrétaire générale de la présidence, toucherait notamment 3 % sur ces ventes de médicaments. Dans les jours qui suivent, le  pays est tenu en haleine par la probable diffusion de nouveaux enregistrements, tandis que les _mêmes_ et détournements de standards musicaux visant la sœur du président deviennent viraux en ligne et dans nombre de manifestations publiques – la simple évocation des « 3% » est ainsi devenue un _instant classic_ de l’humour jaune argentin. Le gouvernement obtient néanmoins d’un tribunal complaisant l’interdiction de la diffusion de ces enregistrements audio – une décision dénoncée par plusieurs corporations de journalistes comme relevant de la censure, sans pouvoir empêcher toutefois la mise en place d’une enquête judiciaire, de perquisitions et la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Fin septembre, c’est au tour de José Luis Espert, tête de liste aux élections législatives pour le camp présidentiel, de passer sous le feu des projecteurs dans une nouvelle affaire. Dans le cadre d’un procès en cours aux États-Unis, un tribunal du Texas exhume les traces d’un transfert bancaire de 200 000 dollars dont il aurait bénéficié en 2019 de la part de Fred Machado, entrepreneur argentin soupçonné d’avoir pris une part active à un vaste réseau international de trafic de cocaïne et de blanchiment d’argent issu du narcotrafic, grâce à une société écran de location de jets privés. Machado aurait ainsi été le principal financeur de la campagne électorale de José Luis Espert, alors candidat à l’élection présidentielle, avant qu’il ne rejoigne le parti de Milei quelques années plus tard. Pris au dépourvu, Espert commence par nier maladroitement et pendant plusieurs jours. Le président prend même publiquement sa défense, contre l’avis de certains membres de sa coalition issus de la droite classique et de plusieurs ministres influents. Mais les documents incriminants continuent de s’accumuler : des vidéos montrent Espert devisant familièrement avec Machado au bord de la piscine de ce dernier, et on découvre par ailleurs qu’il aurait voyagé à 35 reprises dans un jet « prêté » par cet entrepreneur aux activités plus que douteuses. Espert finit par retirer sa candidature aux élections législatives, se met en retrait de ses activités de député et démissionne de la commission du Budget et des Finances – dont il était président.

Leader d’une rupture autoproclamée, Milei aura donc néanmoins contribué à la diffusion d’une image dégradée des élus à travers ces diverses affaires, dont l’ampleur, autant que l’amateurisme dans la façon dont elles sont gérées, confine souvent à la farce.

Des alliés de plus en plus introuvables
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C’est ce double fil narratif, alliant économie instable et succession de scandales judiciaires, qui aura caractérisé cette campagne électorale de mi-mandat. Quels que soient les résultats du processus électoral lui-même, ces événements n’en auront pas moins contribué à modifier les attentes, comportements et stratégies d’une diversité d’acteurs politiques – en particulier chez une partie des alliés du gouvernement dans la sphère parlementaire.

Une des caractéristiques centrales du miléisme réellement existant réside en effet (pour le moment), dans son caractère extrêmement minoritaire au parlement : le parti ne compte qu’une quarantaine de députés (sur 257) et 6 sénateurs (sur 72). Sa capacité à gouverner repose en grande partie sur l’alliance qu’il a su construire avec la droite classique (qui gravite autour de 45 députés et 15 sénateurs) et avec les gouverneurs des provinces (l’Argentine étant un Etat fédéral) qui contrôlent une partie du Sénat. S’il lui est très difficile de faire approuver des lois, et plus encore des budgets, les attributions du président lui permettent néanmoins de gouverner par décret « de nécessité et d’urgence » et d’apposer son véto aux lois votées par l’opposition parlementaire (qui détient une majorité relative), ces décisions présidentielles ne pouvant être annulées qu’à condition que les deux chambres parlementaires s’y opposent avec une majorité qualifiée des deux tiers. Autrement dit, jusqu’à une date récente, Milei était dans l’incapacité de faire voter des lois, mais il disposait néanmoins d’une minorité de blocage, liée aux alliances conclues avec la droite ou avec certaines forces politiques régionales, qui lui permettait de gouverner par décret et de bloquer les initiatives issues de l’opposition parlementaire.

Cette minorité de blocage, relativement fragile au départ, a eu tendance à se consolider dans la préparation des élections de mi-mandat. À cette occasion, le principal parti de la droite classique, Propuesta Republicana (PRO), dirigé par l’ancien président Mauricio Macri, placé sous la menace d’une défaite électorale suite à des scrutins intermédiaires peu concluants, avait accepté il y a quelques mois de nouer une alliance électorale dans les principaux districts du pays. La discipline parlementaire de ces alliés du gouvernement, pour partie proches idéologiquement et pour partie tacticiens, paraissait assurée.

Mais les déboires actuels du gouvernement semblent avoir altéré les calculs stratégiques de ces acteurs pourtant prêts à coopérer avec Milei. C’est ce que montre notamment l’accélération du traitement et du rejet par les deux chambres des décrets présidentiels : un seul décret avait été rejeté pour toute l’année 2024 (première historique) ; cinq décrets l’ont été pour le seul mois d’août 2025. Ceci signifie que, dans un contexte pré-électoral extrêmement tendu, le gouvernement n’est plus en mesure d’éviter l’indiscipline parlementaire de ses alliés les plus proches – même de la part de partis qui présentent pourtant des candidats communs aux élections à venir.

Or c’est sans doute dans ces relations entre alliés que se jouera l’interprétation des résultats électoraux. Il est en effet peu probable que les équilibres électoraux soient radicalement chamboulés par cette élection, qui n’est après tout que partielle. Même en cas de défaite cuisante, les troupes parlementaires du parti libertarien devraient par ailleurs croître, puisqu’il ne remet en jeu que 8 sièges de député, et aucun siège de sénateur – à l’inverse des partis plus anciens et plus grands, qui sont davantage menacés. Ce qui se jouera en revanche à travers ce test électoral, c’est le maintien (ou non) de la capacité des libertariens à (réap)paraître comme des alliés de convenance, certes « mal-éduqués » et brouillons mais néanmoins en capacité d’offrir des rétributions à leur partenaires de la droite plus classique en cas d’alliance électorale et parlementaire.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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