# Élections en Bolivie : fin d’un cycle ou éternel recommencement ?
**Date de l'événement :** 23/10/2025
* Publié le 23/10/2025

### Date
23/10/2025

## Chapô
**Les récentes élections présidentielles boliviennes marquent la fin d’une ère : pour la première fois depuis vingt ans, le Mouvement vers le socialisme (MAS) est écarté du second tour. En retraçant les transformations sociales initiées sous Evo Morales et les causes multiples du recul du parti, le chercheur Pablo Barnier-Khawam analyse la recomposition du paysage politique bolivien.**

## Corps du texte
Nous sommes indéniablement à la fin d'un cycle. Au premier tour des élections présidentielles boliviennes, le 17 août 2025, aucun des candidats apparentés à l’héritage du Mouvement vers le socialisme (MAS), au pouvoir depuis 2006, ne passait au second tour. Le candidat de centre-droit, Rodrigo Paz, y affrontait un candidat de droite, voire d’extrême-droite, Jorge Quiroga. Deux mois plus tard, la victoire de Paz, avec plus de 54 % des voix, a confirmé le succès de sa campagne.

Cependant, derrière ce résultat, plusieurs dynamiques doivent être prises en compte pour comprendre et nuancer la défaite politique du MAS. Le cas bolivien soulève ainsi des interrogations plus larges concernant les capacités d’un gouvernement de gauche à agir dans un contexte marqué par la pauvreté économique.

Comment le MAS a-t-il pu alors subir une défaite aussi importante après 20 ans au pouvoir ? Pourquoi la Bolivie traverse actuellement une crise économique majeure, malgré ses réserves importantes en gaz et lithium ?

20 ans de changement social et symbolique
-----------------------------------------

Pour comprendre les résultats de ces élections, un retour sur les changements sociaux et symboliques dont le MAS est à l’origine depuis 2006 est nécessaire. Avec 53 % des voix au premier tour des élections présidentielles de 2005, l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales entame un « [processus de changement](https://books.openedition.org/iheal/6535) ».

Les élections présidentielles de 2009, 2014 et 2020 confirment ce soutien populaire aux politiques du MAS avec à chaque fois la réélection au premier tour d’Evo Morales, à l’exception de l’échéance électorale de 2020 au cours de laquelle l’ancien ministre de l’Économie d’Evo Morales, Luis Arce, est élu président.

Le MAS met en œuvre des politiques en rupture avec les réformes néolibérales des années 1990. [Parti-mouvement](https://www.cambridge.org/core/books/when-movements-become-parties/F06BEE9DEA9BA4E7DCFBD9A87266FAB8) par excellence, il s’appuie sur une diversité de syndicats et d’organisations issues des mouvements sociaux. Ce soutien crée les conditions nécessaires à l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2009, qui transforme l’État bolivien en un État plurinational.

La reconnaissance de la diversité ethnique et politique de la Bolivie rompt symboliquement avec l’exclusion des classes paysannes et autochtones, qui sont démographiquement majoritaires, du champ politique. Ces classes peuvent également prétendre à des fonctions politiques avec des sièges réservés pour les peuples autochtones au Congrès et un mode de sélection des candidat·es au sein du MAS qui favorisent les dirigeant·es des mouvements sociaux. Le parti-mouvement appelle ainsi à la décolonisation de l’État.

Sur le plan social, les gouvernements d’Evo Morales réduisent la pauvreté de 25 %, dans un pays qui connaissait 38 % de pauvreté extrême en 2005 et un des coefficients de Gini les plus importants du continent. Ils redistribuent les ressources de l’État grâce, entre autres, à des campagnes d’alphabétisation, des subventions pour la scolarisation et la création d’un système de retraite par répartition.

Des critiques portant sur le [clientélisme](https://www.cairn.info/la-gauche-en-amerique-latine-1998-2012--9782724612707-p-175.htm), ainsi que la difficulté à combler les déficits structurels passés limitent cependant les effets redistributifs de ces politiques. Malgré cela, la politique nationaliste et souverainiste du MAS fait de l’État un organe redistributeur. Ce retour de l’État en termine avec le « projectorat », selon le terme d’[Antonio Rodríguez-Carmona](https://traficantes.net/libros/el-proyectorado), des années 1990. La Bolivie recevait alors l’équivalent de 10 % de son PIB en aide internationale sans que cet afflux de ressources contribue à construire des institutions plus solides.

L’exploitation des ressources naturelles du pays se substituent à l’aide internationale au cours des gouvernements du MAS et rend possible les politiques sociales redistributives. Des débats sur la soutenabilité de ce modèle et son impact écologique annoncent cependant les difficultés économiques futures du MAS et le résultat des élections présidentielles de cette année.

Malédiction des ressources ou dépendance extractiviste
------------------------------------------------------

La guerre de l’eau en 2000, puis celle du gaz en 2003, opposent l’État bolivien à des mouvements sociaux mobilisés contre la privatisation des ressources naturelles. Ces mobilisations jouent un rôle déterminant dans l’ascension politique du MAS. La question de la gestion des ressources naturelles était donc au cœur de la politique bolivienne avant qu’Evo Morales ne devienne président.

Une forte croissance économique, autour des 5 %, caractérise la Bolivie au cours des trois premiers gouvernements du MAS. La nationalisation des matières premières, l’augmentation de leur imposition et la renégociation des contrats d’exportation vers le Brésil et l’Argentine conduisent à quadrupler le budget national entre 2006 et 2013.

Depuis 2024, la situation économique est tout autre avec moins de 1 % de croissance, un déficit à 10 % du PIB et une inflation de 25 %, qui grimpe jusqu’à 50 % pour les produits essentiels. Les pénuries d’essence freinent également l’activité de l’économie informelle, qui représente 80 % de l’économie bolivienne.

En science politique, la thèse de la malédiction des ressources condamnerait les pays du Sud et riches en ressources naturelles à la récession. La mauvaise gestion de mannes financières subites et la corruption qui s’ensuivrait expliqueraient l’absence de développement. Remise en cause dans l’étude de la construction de l’État en Amérique latine par [Marcus Kurtz](https://doi.org/10.1017/CBO9781139019668), cette thèse a coalisé l’opposition au MAS. Le candidat Jorge Quiroga a ainsi accusé le parti d’Evo Morales d’avoir construit un État corrompu et trop volumineux.

Une autre [critique](https://doi.org/10.3917/pal.081.0101) du MAS souligne la dépendance du modèle économique bolivien à l’exportation de matières premières. Par l’actualisation des théories de la dépendance des années 1960, les travaux sur le [néo-extractivisme](https://doi.org/10.3917/ripc.283.0007) dénoncent les conséquences écologiques de la politique nationaliste d’Evo Morales. Cette critique tend cependant à [négliger](https://www.contretemps.eu/extractivisme-amerique-latine-poupeau-mariette-socialisme/) l’action régulatrice de l’État et transformations contemporaines des modèles extractivistes.

Loin d’une malédiction des ressources, les résultats économiques négatifs du mandat de Luis Arce (2020-2025) trouvent leurs causes dans la dépendance persistante au gaz et le manque de changement de la matrice productive depuis l’arrivée au pouvoir du MAS. Des facteurs conjoncturels sont aussi déterminants, comme l’épuisement des réserves de gaz, la perte des contrats avec l’Argentine et le Brésil et le manque d’investissements.

Le lithium pourrait alors représenter une source de croissance économique. Les deux candidats au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2025 ont souligné l’atout économique que représente le nouvel « or blanc ». La Bolivie fait partie du triangle du lithium, avec l’Argentine et le Chili, qui concentre 65 % des réserves mondiales, dont 20 % se trouvent sur le territoire bolivien. Nécessaire à la construction des batteries électriques, le minerai acquiert un statut stratégique dans le cadre de la transition énergétique.

L’extraction du lithium soulève toutefois plusieurs défis pour la Bolivie. Le pays ne dispose pas de l’expertise technique nécessaire à la transformation du lithium en batteries, et sa capacité de production de carbonate de lithium reste limitée malgré l’importance des réserves. Dans ces conditions, le lithium ne peut constituer un véritable levier pour soutenir l’économie nationale, d’autant qu’il n’alimente pas la consommation intérieure, à la différence du gaz ou du pétrole. Par ailleurs, son prix sur les marchés internationaux est extrêmement instable, ayant chuté de 80 % au cours des deux dernières années. L’exploitation du lithium engendre, de plus, des impacts environnementaux majeurs sur les communautés autochtones vivant dans le Salar d’Uyuni, principal site d’extraction du pays.

Enfin, cet « or blanc » maintient un modèle extractiviste et une dépendance internationale. L’engouement autour du lithium est largement soutenu par des entrepreneurs de la Silicon Valley, qui promeuvent une [vision du futur](https://www.ucpress.edu/books/extracting-the-future/paper) fondée sur l’idée d’une surconsommation « propre », présentée comme écologiquement neutre grâce aux technologies dites vertes.

La crise économique actuelle a ainsi favorisé l’arrivée au pouvoir de la droite. Mais cette alternance s’explique aussi par des facteurs politiques.

Entre instabilité politique et fracture territoriale
----------------------------------------------------

Luis Arce a été élu en octobre 2020, après une année d’intérim sous la présidence de Jeanine Áñez. L’arrivée au pouvoir de cette dernière s’est déroulée dans des conditions contestées, qui s’apparentent à celles d’un coup d’État. À la suite de soupçons de fraude lors des élections présidentielles de 2019, Evo Morales, qui briguait un quatrième mandat, a démissionné sous la pression conjointe de la rue et des forces militaires. Le retour du MAS au pouvoir avec l’élection de Luis Arce a témoigné de la popularité encore importante dont jouit ce parti-mouvement.

Les causes de la défaite du MAS aux élections de 2025 résident principalement dans les divisions politiques survenues durant le mandat de Luis Arce. Le parti s’est fragmenté entre les partisans du président en exercice et ceux d’Evo Morales, qui avait choisi de se représenter. En 2023, le Tribunal constitutionnel plurinational a annulé la possibilité de réélections à durée indéfinie, disqualifiant ainsi la candidature d’Evo Morales. En réaction, ses soutiens ont organisé des blocages en 2024 et 2025, contribuant à la déstabilisation de l’économie nationale.

Au premier tour des élections présidentielles, le soutien électoral du MAS s’est divisé en trois. Le candidat officiel du MAS, Eduardo del Castillo, n’a obtenu que 3 %. Andrónico Rodríguez, perçu comme l’héritier d’Evo Morales mais n’ayant finalement pas bénéficié de son soutien, a recueilli 8,5 %. Enfin, Evo Morales avait appelé à voter nul et a revendiqué un soutien important avec 19,8 % de votes nuls dans un pays où le vote est obligatoire. Cumulés, ces votes représentent près de 30 % pour le MAS et conduisent à nuancer le désaveu vis-à-vis du parti.

La perte progressive du lien avec les mouvements sociaux, l’usure du pouvoir et les changements sociologiques de la population bolivienne expliquent les 20 % manquants par rapport aux résultats du MAS les années précédentes. Tout d’abord, une technicisation progressive des gouvernements du MAS se produit avec une représentation moindre des dirigeant·es des mouvements sociaux en 2010, malgré une diversité toujours importante au sein de l’Assemblée législative plurinationale. L’usure du pouvoir se reflète ensuite dans un rejet de la figure d’Evo Morales et de sa volonté de rester au pouvoir.

Enfin, l’ascension sociale d’une classe paysanne et autochtone au cours des gouvernements du MAS s’est accompagnée d’une urbanisation croissante et de l’émergence d’une classe moyenne. La captation de cet électorat a permis à Rodrigo Paz de remporter l’élection face à Jorge Quiroga, qui incarne une droite plus radicale et liée aux politiques néolibérales des années 1990. En adoptant un discours qui ne rejette pas en bloc l’héritage du MAS, Paz a su séduire une partie des électeurs déçus par le parti. Ce résultat est clairement visible dans la distribution géographique des résultats électoraux.

Une fracture territoriale structure le vote en Bolivie. L’opposition historique entre les terres hautes, l’ouest du pays qui correspond à l’altiplano, et les terres basses, à l’est, principalement la partie amazonienne, s’est accentuée sous les gouvernements du MAS. Les acteurs politiques de la ville amazonienne Santa Cruz représentent les intérêts des classes aisées, dont les revenus proviennent en grande partie de l’agro-industrie. Les votes en faveur de Jorge Quiroga correspondent ainsi à la « demi-lune » – expression qui permet aux Boliviens de se référer aux départements de l’est – alors que ceux de Rodrigo Paz sont davantage ancrés dans l’altiplano. Cette fracture territoriale ne se résorbera pas les prochaines années au vu des forts intérêts divergents qui divisent les populations concernées. Le programme de Rodrigo Paz, qui propose une forte décentralisation de l’État, ne suffira probablement pas à apaiser ces tensions.

Un retour en arrière ?
----------------------

L’exclusion du MAS au deuxième tour de l’élection présidentielle a conduit certaines analyses, comme celle de [Pablo Stefanoni](https://nuso.org/articulo/bolivia-vuelve-a-los-90/), à s’interroger sur un possible retour de la Bolivie aux années 1990 et à une « démocratie pactée ». Après la transition démocratique au début des années 1980, une série de gouvernements boliviens qui partagent la même idéologie néolibérale se succède au pouvoir.

Le candidat de droite à ces élections, Jorge Quiroga, a ainsi été président de 2001 à 2002 à la suite de la mort d’Hugo Banzer, dictateur de 1971 à 1978 puis élu président en 1997. Rodrigo Paz, quant à lui, est le fils de l’ancien président Jaime Paz Zamora, au pouvoir de 1989 à 1993. Ce retour d’une classe politique népotique laisse présager une politique de privatisation et de réduction des aides sociales peu favorable aux classes populaires. Toutefois, la victoire de Rodrigo Paz nuance cette thèse d’un retour en arrière.

Alors que les sondages du premier tour positionnaient Rodrigo Paz en quatrième position et que ceux du second tour lui attribuaient dix points de retard sur Jorge Quiroga, il a à deux reprises trompé ces prédictions. Plusieurs facteurs expliquent ce succès. Le premier est le rejet de Jorge Quiroga et des politiques néolibérales des années 1990 par l’ancien électorat du MAS qui reste majoritaire. La fracture territoriale des résultats électoraux le représente bien.

Ensuite, la campagne à bas bruit et de terrain de Rodrigo Paz a séduit les populations de l’altiplano. Son slogan de campagne, qui promettait « un capitalisme pour tous », a visé l’ancien électorat du MAS qui s’est enrichi au cours des mandats d’Evo Morales. Rodrigo Paz se présentait enfin pour la première fois aux élections présidentielles, alors que Jorge Quiroga et Samuel Doria Medina, arrivé en troisième position, en étaient à leur quatrième campagne.

Le succès de la campagne de Rodrigo Paz revient également à la popularité de son binôme, candidat à la vice-présidence. Grâce à TikTok, l’ancien capitaine de police, Edmand Lara s’est construit une réputation de probité en dénonçant la corruption dans la police et en incriminant ses supérieurs. Son discours sur les réseaux sociaux joue de la proximité avec le quotidien des Bolivien·nes et manie les références religieuses.

La campagne de Rodrigo Paz a donc su éviter la polarisation entre le MAS et la droite de Santa Cruz, entre l’étatisme et le néolibéralisme. Elle a pu séduire grâce à sa nouveauté et mobiliser un registre populiste au centre de l’échiquier politique, comme l’analyse [José Luis Exeni Rodríguez](https://nuso.org/articulo/Bolivia-fin-de-ciclo/).

Enfin, l’exercice démocratique d’un deuxième tour, une première depuis la fin de la dictature en 1982, et l’absence de fraudes, malgré les manifestations des partisan·nes de Jorge Quiroga qui refusaient d’accepter la défaite de leur candidat, pourraient favoriser une consolidation des institutions boliviennes. Les premières priorités du président bolivien seront avant tout de stabiliser la situation économique.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



---
### Navigation pour IA
- [Index de tous les contenus](https://conference.sciencespo.fr/llms.txt)
- [Plan du site (Sitemap)](https://conference.sciencespo.fr/sitemap.xml)
- [Retour à l'accueil](https://conference.sciencespo.fr/)
