# Comment mes amis sont devenus trumpistes – Entretien avec Max Laulom
**Date de l'événement :** 20/01/2026
* Publié le 20/01/2026

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### Date
20/01/2026

## Chapô
**Un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis apparaissent plus polarisés que jamais. Max Laulom, journaliste et ancien étudiant de Sciences Po, a consacré une mini-série documentaire sur le sujet. Intitulée « [High School Radical](https://www.arte.tv/fr/videos/RC-026860/high-school-radical/) », la série suit son retour dans une petite ville de l’Oklahoma, dix ans après y avoir passé une année d’échange. Max Laulom essaie de comprendre comment ses anciens amis sont devenus des partisans de Trump. Nous l’avons interrogé.**

## Corps du texte
_Avec votre série documentaire, vous offrez une porte d’entrée rare et inédite dans la tête de jeunes américains qui, en dix ans, sont devenus de fervents défenseurs de Donald Trump. Est ce que vous avez le sentiment d’avoir compris les raisons de leur évolution et le moteur de leur vote trumpiste ?_ 

**Max Laulom** : J’ai compris les raisons de leur évolution, mais je ne sais même pas, pour être honnête, s’il s’agit véritablement d’une évolution. Il y a dix ans, on ne parlait pas beaucoup de politique entre nous. Toute la question est donc de savoir s’ils ont changé ou s’ils étaient en réalité déjà dans cette mouvance là. L'interprétation que j'en fais, c'est que non. A l’époque, ils s’inscrivaient peut-être, pour certains, dans une mouvance conservatrice mais ils n’étaient pas positionnés aussi loin sur l’échiquier politique. Toute l’époque se radicalise, ce qui est acceptable dans le discours politique évolue et le débat public revêt des formes plus outrancières : ils sont le reflet de ces évolutions.

Leurs raisons sont à mon avis multiples et variées selon les personnes, mais j’identifie trois portes d'entrée dans le trumpisme.

Celle qui m'a été le plus souvent citée, c'est le déclassement économique et l'impression d'être devenus les laissés-pour-compte de la société. D’une manière assez difficilement explicable à des non-Américains, ils ont une foi inébranlable en la capacité de Donald Trump à sauver le système et sauver leur confort de vie. Cela s'explique en partie par la série télé The Apprentice : pour un certain nombre de gens, Trump est le type qui règle les problèmes, qui sait gérer l'argent et qui est devenu milliardaire. 

Ensuite, quand on creuse un peu, les supporters de Trump expriment quelque chose qui s’apparente à une panique xenophobe. Dans les raisons de voter pour lui, on retrouve donc souvent ses prises de position anti-immigration. 

Enfin, troisième élément explicatif : les électeurs de Trump évoquent une compétition entre eux et les minorités, qui bénéficieraient de traitements de faveur. Elles auraient davantage la parole, bénéficieraient de plus d’aides financières et de plus d’opportunités. Ce sentiment d’être en compétition et d’être moins bien traités masque difficilement l’homophobie latente de leurs discours. 

Ces trois moteurs du vote Trump sont évidemment indissociables de la polarisation du débat, alimentée par les déclarations de Trump qui ne cesse d’ouvrir la fenêtre d’Overton, et de la packagisation de l'idéologie conservatrice radicale sur les réseaux sociaux. On l'a vu avec Charlie Kirk notamment, les réseaux sociaux permettent une polarisation extrême du discours politique, à la fois américain mais aussi chez nous.

_Dans votre documentaire, on voit deux tendances. D'un côté, le vote trumpiste semble puiser sa source dans une forme de dépolitisation, voire de désespoir de la classe moyenne américaine. De l'autre, on voit apparaître des marqueurs idéologiques forts (les costumes nazis dans la foire aux armes par exemple). Le vote Trump est-il l'expression d'une adhésion idéologique, ou juste d'un désarroi démocratique ?_

**M. L.** : C’est une question très intéressante. Il y a en effet une dépolitisation totale des conséquences du vote. Ceux qui votent pour Donald Trump d’un côté politisent à fond leur propre condition mais de l’autre dépolitisent les conséquences de leur vote. Je vous donne un exemple : quand je parle à mes amis trumpistes de l'exemple de Sarah, cette immigrée mexicaine qui vit cachée comme si elle était Anne Franck, ils me disent « oh mon dieu, mais c'est horrible, la pauvre », etc. Ils ne prennent pas du tout conscience que leur vote contribue à ce genre de situations.

La source du trumpisme, qui est un désespoir immense de la classe moyenne américaine, souffle tout sur son passage. Quand je suis allé au meeting de Donald Trump, les gens pleurent tellement ils sont fatigués, tellement ils se sentent usés, tellement ils ne se sentent plus vus, plus entendus, plus privilégiés... Donc quand Trump arrive, en présentant un programme grâce auquel ces gens-là s'en sortiraient mieux, les émotions explosent, ce sont des cris, des pleurs. Il y a un immense espoir qui est placé en Trump, un espoir à la hauteur du désespoir dans lequel ces personnes se trouvent. Cette catégorie de personnes, pour moi, est plutôt composée de gens qui sont perdus politiquement.  
  
D’un autre côté, chez une autre catégorie de trumpistes, on retrouve des marqueurs idéologiques extrêmement forts, par exemple les costumes nazis. Ces gens-là s’inscrivent probablement dans ces mouvances politiques depuis des années, mais ce qui a changé c’est qu’aujourd’hui ils se sentent légitimes à davantage s’exprimer, à assumer des positions beaucoup plus radicales.

Il y a donc clairement plusieurs strates de votants pour Trump : d’une part ceux qui sont hardcore racistes et depuis très longtemps, et d’autre part ceux qui sont perdus. Par exemple, la majorité des trumpistes que j'ai interviewés l'année dernière, ont voté pour Obama et seraient à même de voter de nouveau pour un candidat démocrate à l'avenir. Ce n’est évidemment pas le cas de la frange de votants qui adhèrent à une idéologie extrême, qui n’a jamais voté pour Obama et ne le ferait jamais.

_On parle beaucoup en France de la polarisation des opinions et des rapports humains brutaux qui en découlent. Dans votre série, cette dimension est portée à un stade extrême : les partisans de Trump sont dans une logique guerrière, essentiellement contre leurs ennemis de l’intérieur (opposants démocrates, mouvements pour les droits civiques etc…). Il reste trois ans de mandat au président Trump. Etes vous inquiet pour la suite ? Ou voyez-vous des raisons d’espérer un apaisement ?_

**M. L.** : Il est aujourd’hui difficile de trouver des raisons d'espérer un apaisement, quand on voit l'escalade de la violence, entre les assassinats politiques, notamment celui de Melissa Hortman, la représentante démocrate du Minnesota tuée en raison de son soutien à l’IVG, ou celui de Charlie Kirk, les affrontements entre manifestants anti-ICE et agents de l’ICE… L’escalade continue, et je suis inquiet pour la suite.

Certains font énormément pour lutter contre la montée de la violence : je pense par exemple à More Perfect Union, un collectif de journalistes sur YouTube qui fait beaucoup et a beaucoup d’audience. Mais j'ai quand même l'impression qu'on est dans un engrenage inarrêtable, et si au début je ne croyais pas vraiment à cette menace de guerre civile, la déshumanisation de l'autre, l’affrontement violent des deux camps, me font peur et me rendent très fataliste. 

_Avec votre série documentaire, vous incarnez une nouvelle forme de journalisme – mêlant professionnalisme et culture vlog. Dans quelle mesure le fait d’avoir des liens personnels avec vos sujets d’étude a pu affecter votre approche du vote trumpiste ?_ 

**M. L.** : Sur cette série-là, je n'ai pas vraiment travaillé sous ma casquette de journaliste, parce que je fais partie du sujet. Je n'avais pas assez de recul sur mes propres émotions, mes propres sentiments, mes propres opinions, donc j’ai plutôt travaillé comme auteur-réalisateur sur cette série. 

Le fait d'avoir des liens amicaux avec mon sujet d'étude m’a forcé à m’éloigner des visions caricaturales du trumpisme. Mes liens avec ces personnes m’ont permis de voir l'extrême droite américaine pour ce qu’elle est, c'est-à-dire moins comme des fous qui adorent se déguiser en Trump aux abords des meetings, que comme des monsieurs et madames tout-le-monde qui amènent le fascisme au pouvoir. 

C'est une sorte d'alerte à la fois nous en France, mais aussi pour toutes celles et ceux qui regarderont cette série, de se dire : « les Trumpistes, c'est nous, ce sont nos voisins, nos oncles, nos cousins, ce sont des gens normaux, sensés et même gentils ». Les présenter comme des fous revient à mettre les vrais problèmes sous le tapis. C’est la même chose pour l’extrême droite en France : à mon sens, il faut arrêter de disqualifier ces électeurs et plutôt chercher à les comprendre.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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