# Municipales 2026 : Que peuvent vraiment promettre les candidats ? Petit guide à l’usage des électeurs
**Date de l'événement :** 03/03/2026
* Publié le 03/03/2026

### Date
03/03/2026

## Chapô
**À l’approche des élections municipales, les électeurs sont confrontés à une avalanche de promesses dont la faisabilité interroge. Certaines propositions, en effet, ne relèvent ni des compétences ni des moyens réels des communes. Adrien Lehman, inspecteur au sein d’une institution publique, enseignant à Sciences Po et auteur de [_Services publics, l’urgence d’agir_ (De Boeck Supérieur, 2025)](https://www.librairie-sciencespo.fr/livre/9782807368149-services-publics-l-urgence-d-agir-sante-education-securite-culture-economie-des-solutions-existent-adrien-lehman/), propose une mise au point salutaire pour aider à distinguer les engagements réalistes des annonces hors de portée.**

## Corps du texte
En ce mois de mars 2026, les Français reçoivent dans leur boîte aux lettres les professions de foi des candidats aux élections municipales. Dans les plus grandes villes, les médias ont relayé durant des semaines les propositions des candidats, permettant un minimum de débat contradictoire, mais dans l’immense majorité des cas, les candidats comptent plutôt sur les réseaux sociaux et ce document traditionnel, au format papier, pour présenter aux électeurs les principales mesures qu’ils souhaitent mettre en œuvre s’ils sont élus. Parmi ces propositions, on retrouve classiquement des idées relatives au logement, à la propreté, à l’éducation, à la culture ou encore à la sécurité.

D’une élection à l’autre, les électeurs peuvent être désorientés par des propositions incohérentes ou peu vraisemblables, ce qui abaisse la qualité du débat public. Les dernières élections municipales, en 2020, offrent un aperçu de ce décalage entre les propositions et ce qu’il est possible de faire. Un candidat parisien voulait, par exemple, déplacer le terminal des trains Eurostar de la gare du Nord à celle de Saint-Denis. C’est une idée qui pourrait avoir son intérêt, mais qui n’est pas de la compétence de la mairie de Paris, et dont le coût astronomique est difficilement chiffrable. A Lyon, un candidat proposait de planter 60 000 arbres (LaREM) pendant la mandature à venir, un autre 500 000 (LR) et un troisième 18 000 (EELV). Si le souhait de verdir la ville est partagé, des différences d’objectifs aussi spectaculaires interrogent. C’est comme si la question des moyens humains et financiers effectivement disponibles n’était pas réellement prise en compte. À Marseille, les différents candidats formulaient, quant à eux, des propositions en matière de sécurité, mais avec des chiffres qui semblaient surtout relever du slogan. L’un proposait également de recruter 600 policiers municipaux (RN), quand une autre proposait le chiffre de 420 (liste citoyenne) et une troisième (LR) suggérait d’en embaucher 1000. Surtout, la police municipale a des compétences limitées, loin des promesses de protection affichées par les candidats. Au fond, tout se passe comme si certaines propositions étaient formulées indépendamment de toute réflexion économique et financière et sans prendre en compte la réglementation. 

Cet écart entre les propositions formulées par certains candidats et ce qu’il sera possible de mener à bien pendant le mandat explique probablement une part du malaise démocratique. Quoi qu’il en soit, il appartient aux électeurs de séparer le bon grain de l’ivraie, en analysant les programmes des candidats.

Pour porter un jugement sur une proposition d’un candidat, on propose au lecteur un test en trois étapes : parmi les différentes collectivités, la commune est-elle la plus pertinente pour la mettre en œuvre ? Cette proposition relève-t-elle clairement d’une compétence de la commune ou est-elle rattachée artificiellement ? La commune aura-t-elle les moyens de la mettre en œuvre ? On présentera successivement la place des communes dans l’organisation administrative territoriale française, avant d’évoquer précisément leurs compétences et enfin d’évoquer les moyens dont elles disposent – ils ne sont, sans surprise, pas infinis.

Les villes ne peuvent pas tout
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Les communes françaises correspondent à l’échelon le plus local de l’action publique, le maire est à la portée des citoyens. Pour autant, cette action s’inscrit dans le respect des autres acteurs locaux que sont les régions et les départements et même l’État. En effet, les services déconcentrés de l’État, placés sous l’autorité des préfets, représentent 95 % des agents de la fonction publique d’État, laquelle est donc loin d’évoluer uniquement en administration centrale. Les collectivités territoriales ont fait l’objet de réformes successives pour parvenir à l’organisation actuelle, centrée autour de trois blocs.

Tout d’abord, les communes et leurs établissements de coopération intercommunaux (EPCI), assurent les services de proximité, avec une clause générale de compétence, dès lors qu’un intérêt public local existe. Les EPCI peuvent prendre différentes formes selon l’organisation territoriale, la communauté de communes étant la plus courante d’entre elles. Ensuite, les départements mettent l’accent sur la solidarité et la cohésion territoriale. Ils prennent ainsi en charge l’aide sociale à l’enfance (ASE), la protection maternelle et infantile (PMI) ou encore la gestion du revenu de solidarité active (RSA). Enfin, les régions sont désormais considérées comme l’échelon pertinent en matière de développement économique du territoire. Pour ce faire, leurs compétences demeurent larges, touchant aussi bien au logement et aux politiques de la ville qu’à la culture, l’éducation et la science.

Dans l’examen des programmes des candidats, les électeurs peuvent évaluer si telle ou telle proposition relève bien de la commune. Par exemple, à Paris, tous les candidats formulent des propositions relatives au métro, lequel relève pourtant d’Ile-de-France Mobilités (IDFM) et donc de la région Ile-de-France. Si la ville de Paris siège bien dans la gouvernance de cet organisme, le futur maire ne pourra toutefois pas décider lui-même de sa politique. Il est donc dommage de consacrer une partie du débat public municipal à des questions qui devraient être traitées lors des élections régionales.

Il est vrai que cette organisation appelle à des débats fréquents sur le modèle idéal et sur les règles de coopération entre ces structures. Le nombre élevé de communes par rapport à nos voisins européens a été mis en cause. Si les uns le considèrent comme un facteur de démocratie et de proximité, les autres y voient un frein à la modernisation des services publics et la source de doublons coûteux. Les réformes engagées tentent de préserver cet équilibre. Il existe désormais moins de 35 000 communes en France, du fait des différentes incitations à la fusion : en 2025, elles étaient 34 875, avec 1 254 EPCI adossés.

Ce dernier échelon est souvent critiqué et perçu comme bureaucratique ; il correspond pourtant bien aux modes de vie des Français. Ainsi, l’Insee dénombre 1 707 bassins de vie sur le territoire, c’est-à-dire le plus petit territoire sur lequel les habitants ont accès aux services habituels (commerces, écoles, banque, station-service, médecins, poste, piscine, etc.). Dès lors, l’existence de collectivités calibrées à cette échelle demeure pertinente. Pour ce qui est des territoires les plus urbanisés, le statut de métropole a été créé par la loi. Il s’agit de la forme la plus intégrée de coopération intercommunale. Il en existe 21, de Nice-Côte d’Azur, créée en 2012, à Saint-Étienne Métropole, créée en 2018.

Les communes françaises restent très nombreuses : 49,6 % d’entre elles comptent moins de 500 habitants et 71,6 % moins de 1 000 habitants. Nos voisins européens sont parvenus à conduire des réformes de rationalisation efficaces. En effet, une commune italienne compte en moyenne 7 960 habitants, une commune allemande 7 450 habitants, quand une commune française en compte 1 891. Cette masse critique permet de rendre de meilleurs services aux citoyens, tout en préservant la démocratie locale.

Compétences et incompétences
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Si la proposition faite par un candidat relève effectivement de l’échelon des communes, il convient ensuite de vérifier que la proposition appartient bien au cœur de métier de la collectivité et ne s’y rattache pas de manière trop indirecte, ce qui expose à une action plus cosmétique qu’efficace.

Les communes disposent d’un ensemble de compétences identifiées par la loi et la réglementation qui structurent leur action. L’urbanisme en constitue un domaine central : elles interviennent dans la planification et la maîtrise des sols à travers l’élaboration du plan local d’urbanisme (PLU), bien que cette compétence soit de plus en plus transférée aux EPCI ou aux métropoles. Elles conservent néanmoins un rôle déterminant dans la délivrance des autorisations d’urbanisme, notamment les permis de construire.

En matière de logement, les communes peuvent autoriser, soutenir ou subventionner des opérations d’aménagement visant à développer le parc locatif social, contribuant ainsi à la mixité sociale et à la satisfaction des besoins en logement. L’action sociale relève également de leur champ d’intervention, par l’intermédiaire des centres communaux d’action sociale (CCAS), qui assurent des missions d’aide et d’accompagnement. 

Surtout, les communes jouent un rôle en matière d’éducation : elles sont responsables des écoles maternelles et élémentaires, dont elles possèdent les infrastructures et assurent l’entretien. Il s’agit d’une compétence historique.  En 1833, la loi Guizot impose à chaque commune de plus de 500 âmes d’ouvrir une école de garçons. La loi Falloux de 1850 étend ce principe à toutes les communes. Il faudra attendre 1867 pour que Victor Duruy étende ces obligations aux jeunes filles pour les communes de plus de 500 habitants. 

De nos jours, les communes se chargent aussi des activités périscolaires, dont la place ne cesse de se renforcer. La prise en charge de la petite enfance illustre aussi la montée en puissance de leurs responsabilités. En effet, elles doivent recenser les besoins des familles et informer les usagers sur les modes d’accueil existants. Celles de plus de 3 500 habitants ont en outre l’obligation de planifier le développement de ces modes d’accueil et d’en soutenir la qualité.

De surcroît, les communes interviennent dans des domaines variés tels que la culture, la valorisation du patrimoine, le tourisme et le sport, à travers la gestion d’équipements (campings, installations sportives, offices de tourisme). Par exemple, en matière culturelle, l’État est loin d’être le seul à agir. Les collectivités locales, et en particulier les villes, financent près de la moitié de l’effort, en investissant dans les musées, médiathèques, théâtres et conservatoires. Cette diversité est l’expression du rôle polyvalent de la commune dans la vie quotidienne. C’est aussi cela qui fait que de nombreuses propositions peuvent être portées lors des élections municipales.

Au demeurant, on l’a vu, une clause générale de compétence confère aux communes une capacité d’initiative étendue. Elle ne saurait justifier une intervention sans limites, car l’action municipale doit toujours répondre à un intérêt public local.  Pour autant, l’existence de cette clause générale ne devrait ainsi pas être utilisée pour doublonner les politiques mises en œuvre par différentes collectivités ou générer une forme de concurrence entre elles. Ce sont autant de tensions qui rendent l’action publique illisible pour le citoyen.

Sur le temps long, les compétences utiles se démarquent d’elles-mêmes. C’est alors le législateur qui prend le relai pour définir le cadre applicable. Prenons l’exemple de la sécurité, avec un peu de recul historique. Les municipalités n’ont cessé de renforcer leur rôle en la matière, ce qui reflète les préoccupations des électeurs et les débats locaux. S’il existe des polices municipales depuis l’Ancien Régime, elles ont pris des visages différents selon les époques. Désormais, leur rôle consiste principalement à assurer une présence et à rendre compte aux officiers de la police nationale ou de la gendarmerie des infractions qu’ils constatent. Le débat porte sur la nécessité d’armer ou non les 28 000 policiers municipaux employés par les 4 500 communes qui en disposent et plus globalement d’élargir leurs prérogatives (fouilles, contrôles d’identité, etc.).

Des compétences au moins limitées par les moyens à disposition
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Indépendamment du cadre réglementaire applicable ou de la répartition des compétences entre collectivités, le véritable juge de paix permettant d’apprécier la pertinence de la proposition d’un candidat à une élection municipale est la question des moyens humains et matériels. En effet, les dépenses déjà engagées par les villes limitent d’elles-mêmes les marges de manœuvre. Par exemple, depuis le milieu des années 1990, les effectifs de la fonction publique ont crû d’environ un million d’agents supplémentaires, soit une hausse de 23 %, supérieure à celle du secteur marchand, nettement portée par les collectivités territoriales, où la hausse est de 47 %, chiffre qui est retraité des transferts de compétences de l’État.

En 2024, selon les dernières données disponibles, le déficit de l’ensemble des administrations a atteint 169,6 milliards d’euros, pour 5,8 % du produit intérieur brut (PIB). Les collectivités territoriales ne contribuent qu’à une part limitée de ce déficit. Néanmoins, leur situation s’est dégradée : après avoir été excédentaires en 2021 et 2022, elles ont enregistré un besoin de financement de 5,0 milliards d’euros en 2023, lequel a plus que doublé en 2024 pour s’établir à 11,4 milliards d’euros, soit 0,4 % du PIB. En effet, les charges de fonctionnement des collectivités (220,5 Md€) ont progressé plus rapidement (+ 4,1 %, après + 5,9 % en 2023) que leurs produits réels (+ 2,7 %, après + 3,4 %), ce que les recettes – principalement les impôts locaux – n’ont pas pu compenser. Les collectivités ont utilisé les impôts directs liés à la détention (taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties) ainsi qu’à l’usage des biens fonciers (cotisation foncière des entreprises, taxe d’habitation sur les résidences secondaires et sur les logements vacants) pour un montant total de 56,0 Md€, soit une hausse globale de 5,3 % en 2024. 

Dans l’actuel contexte économique et social, une progression générale des produits des impôts locaux apparaît difficilement soutenable. Dès lors, en l’absence de ressources nouvelles, les projets d’infrastructures proposés par les candidats ou de rénovation de la voie publique devront prendre en compte que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, d’autant plus que l’État, dans le cadre de ses propres plans d’économie, mettra nécessairement à contribution les collectivités. Pour autant, des investissements demeurent indispensables pour accélérer la transition écologique et favoriser un équilibre des territoires, reposant sur des fondamentaux solides en matière d’éducation ou de santé. Loin des coups de rabots brutaux, chaque projet doit donc être évalué soigneusement à l’aune de ces objectifs. Notre capacité collective à les atteindre dépendra de notre aptitude individuelle, en tant qu’électeurs, à faire des choix avisés. Pour ce faire, construire un débat public fondé sur des faits reste la meilleure des recettes.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Municipales 2026` `#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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