# Municipales 2026 : À Saint-Denis, la lutte pour sortir la jeunesse de l'abstention
**Date de l'événement :** 10/03/2026
* Publié le 10/03/2026

### Date
10/03/2026

## Chapô
**À Saint-Denis, commune du nord de Paris marquée par un fort taux d’abstention aux municipales de 2020, le collectif Des Terres Minées se mobilise pour inciter la jeunesse à faire porter leurs voix en vue des élections municipales de 2026. Eva van Dam, étudiante en journalisme à Sciences Po, est allée enquêter sur le terrain.** 

**Cet article s'inscrit dans une série d'articles consacrée aux élections municipales de 2026. Chaque publication associe un texte de chercheur et un reportage de terrain réalisé par un étudiant en journalisme. Le texte d'Eva van Dam accompagne [l'analyse du chercheur Luc Rouban.](https://conference.sciencespo.fr/content/2026-03-03/municipales-2026-du-desengagement-politique-a-l-autonomie-individuelle_WxZSsqJCkwIpHAfYPzvG)**

## Corps du texte
Vendredi 27 février, une soixantaine de jeunes se sont réunis à la Maison de la Jeunesse de Saint-Denis, au nord de Paris, pour débattre de l’importance du vote en vue des municipales 2026. Initiative lancée par le collectif [Des Terres Minées](https://www.desterresminees.fr/), l’objectif est de sensibiliser les jeunes des quartiers populaires aux enjeux démocratiques à l’approche des élections.

«  Qui ici est là pour la première fois ? », lance Ayoub Kacemi, fondateur du collectif, depuis l’avant de la pièce.

Dans la salle comble, plusieurs mains se lèvent. Pour le département de Seine-Saint-Denis, à la fois le [plus jeune](https://www.insee.fr/fr/statistiques/3277148#:~:text=Cette%20forte%20croissance%20d%C3%A9mographique%20serait,%C3%A2ge%20de%2038%2C3%20ans.) et le [plus pauvre de France](https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/12/01/inegalites-l-etat-n-est-pas-assez-au-rendez-vous-en-seine-saint-denis_6203316_3224.html), l’abstention est un véritable défi démocratique. Lors des dernières élections municipales de 2020, [58,4 % des Français](https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/06/29/abstention-aux-municipales-2020-qui-sont-les-maires-les-mieux-et-les-plus-mal-elus_6044608_4355770.html) ne s'étaient pas déplacés aux urnes. À Saint-Denis, le taux d’abstention avait atteint les [67,48 %](https://elections.bfmtv.com/resultats-municipales/seine-saint-denis-93/saint-denis/) : à peine un habitant sur trois avait voté,  un phénomène d’autant plus marqué chez les 18-34 ans.

Pour répondre à cet enjeu, le collectif Des Terres Minées, fondé en 2022 et officialisé en janvier 2023 à Pierrefitte-sur-Seine, au nord de Saint-Denis, a organisé une soirée de débats consacrée à la question du vote, portée par son pôle ‘Débathé’.

« Le but c’est de donner la parole aux jeunes dans un contexte apartisan pour qu’ils puissent exprimer leurs avis librement, de manière décontractée, afin de tisser des liens et un réseau”, explique Ayoub Kacemi. “On veut leur montrer qu’on peut tous parler des choses qui nous touchent et surtout apporter des solutions aux thématiques actuelles. Beaucoup se disent que rien ne va changer, que leurs voix ne comptent pas, mais en réalité, toutes nos voix comptent. »

Porté par l’idée que « des terres minées naissent des jeunes déterminés », le collectif se présente comme une structure par et pour les jeunes de quartiers populaires de la banlieue parisienne. Avec plus de 3 000 participants à ses événements par an, il développe ses actions autour de cinq pôles : Débathé, Innov’actions, Mines d’art, Grand air et Rallye Photo Europe. Son ambition est avant tout de donner la parole et les moyens aux jeunes de faire porter leurs voix.

« On parle de nous mais on n’est jamais au cœur du débat », affirme Hind Ayadi, directrice de l’association Espoir et Création dans le Val-d’Oise et cofondatrice du dispositif [Ma Cité Va Voter](https://www.instagram.com/macitevavoter/), lancé lors des législatives de 2024 avec Des Terres Minées. « Notre enjeu, c’est de mobiliser la banlieue à travers des ateliers et des échanges ».  
  
Le fonctionnement du débat est simple. Les participants, répartis par tables de six, ont quelques minutes pour discuter de plusieurs questions : « Nos élus doivent-ils être des exécutants ou des guides ? », « Le vote à 16 ans ou 21 ans ? », « La démocratie est-elle encore capable de relever les défis de notre génération ? ». Puis, à chaque coup de sifflet, les groupes tournent.

Des jeunes engagés souvent délaissés par les politiques 
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Pour certains groupes, les premiers participants sont un peu timides. C’est le cas de Hana Jeannot, 19 ans et venue de Bobigny. C’est la première fois qu’elle vient à l'atelier.

« Ce n’est pas forcément facile de débattre, de convaincre des personnes avec des avis opposés », dit-elle. « Mais je ne compte pas ne pas voter, c’est trop important. »

Après quelques rires nerveux, et des échanges de regards hésitants, les participants se lancent tour à tour pour faire part de leurs idées. Au bout de quelques minutes, un sentiment revient sans cesse : celui d’être tenus à l’écart des décisions locales. Souheil, 22 ans, originaire de la Courneuve en Seine-Saint-Denis, résume ce malaise.  
  
« Le problème c’est que les politiques élaborent leurs programmes entre eux, selon leur vision, sans jamais demander l’avis des habitants”, affirme-il. “Aucun représentant n’est venu pour nous demander ce que nous voulions voir figurer dans leurs programmes, il y a un délaissement politique énorme. Beaucoup ne vont plus voter parce qu’ils se disent que cela ne change rien. »

Ce sentiment d’abandon et de découragement est aussi partagé par Myriam Wadyl, 22 ans, originaire de Nanterre.

« La politique ça me saoule, je n’ai pas assez vu de conséquences”, dit-elle lors d’un premier débat. “Tout est budget et dans tous les cas le budget baisse. Parfois j’en ai marre de me battre. »

Elle estime cependant que voter demeure nécessaire pour faire entendre sa voix, et pointe un autre obstacle majeur à la mobilisation des jeunes : l’inégalité d’accès à l’information qui creuse un écart dans la compréhension des enjeux politiques.

« Pour celles et ceux qui grandissent dans des familles où l’on ne vote pas par choix ou parce que les parents n’ont pas la nationalité et donc pas le droit de vote, c’est plus difficile », explique-t-elle. « À l’école, le cours d’enseignement moral et civique, dit ‘EMC’, ne suffit pas : il faudrait des cours plus spécialisés sur le fonctionnement des institutions et sur le vote ».

Selon l’éducatrice, une fois que les jeunes atteignent l’âge adulte et quittent les structures éducatives et d’accompagnement, les écarts d’accès à l’information se creusent encore davantage.

« La plupart des antennes jeunesse n’accueillent plus les personnes majeures, moi notamment la mienne s'arrête à 17 ans », note-t-elle. « Entre 18 et 25 ans ils viennent moins, et pour toucher au-delà des 25 ans c’est encore plus dur. Les associations viennent jouer un rôle clé à ce moment-là. »

Premières municipales à Saint-Denis après la fusion de 2025
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Bien que le collectif reste apartisan, les jeunes constituent un point d’attention clé pour les campagnes municipales. Plusieurs personnalités politiques locales assistent au débat, représentant notamment la mairie actuelle et l’opposition. Ces élections sont les premières depuis la fusion de la ville de Pierrefitte-sur-Seine avec Saint-Denis en janvier 2025, qui fait aujourd’hui de Saint-Denis la deuxième commune d’Île-De-France, après Paris.  
  
« Il y a eu beaucoup d’interrogations autour de cette fusion, certains y sont opposés, d’autres y voient une opportunité », explique Ayoub Kacemi. « Tout va se jouer entre le 15 et le 22 mars, et cela aura un impact pour l’avenir des deux communes ».

Depuis le début des campagnes, Saint-Denis a régulièrement été présenté comme [le théâtre de la guerre des gauches](https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/seine-saint-denis/guerre-des-gauches-insecurite-fusion-avec-pierrefitte-a-saint-denis-des-elections-municipales-sous-tension-3284514.html). Le maire sortant Mathieu Hanotin du parti socialiste se présente pour un second mandat, face à une liste d’union regroupant les insoumis et les communistes. Et la question de la jeunesse est au cœur de cette bataille municipale. Bien que l'événement soit apartisan, plusieurs élus locaux sont présents lors du débat.

« S’il y a bien une politique publique que le maire Mathieu Hanotin a complètement délaissée, c’est celle de la jeunesse », affirme Sofia Boutrih, directrice de la Fête de l’Humanité et candidate PCF de l’opposition présente aux débats, faisant référence [au projet municipal de mutualisation de trois antennes jeunesse datant d’avril dernier](https://www.saintdenis.fr/nouvelle-ambition-espaces-jeunesse-commune-nouvelle-saint-denis), pour l’instant suspendu, qui avait suscité une [opposition locale](https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/ca-a-ete-benefique-pour-nous-les-ados-dans-la-rue-contre-le-projet-de-regroupement-des-espaces-jeunesse-24-04-2025-IQ6A627HKFFRPH5SO6YVJH3TM4.php). « Pourtant l’enjeu est énorme. Les garçons et les filles d’aujourd’hui sont les élus de demain. Il faut les éclairer, les accompagner, leur faire confiance ». 

Sonia Bennacer, adjointe au maire de Pierrefitte-sur-Seine depuis 2008 et candidate à la mairie de la commune déléguée aux côtés de Mathieu Hanotin, également présente vendredi soir, affirme que la priorité est de déployer et de diversifier les espaces et dispositifs destinés aux jeunes, afin de répondre aux besoins de publics d’âges différents. L’élue note aussi sur le rôle des associations pour faire vivre la démocratie locale.

« Le vote est essentiel, mais les espaces de conversations le sont aussi pour compter sur l’échiquier politique », dit-elle. « Les associations sont des structures extrêmement importantes qui nous permettent de tisser du lien, de stimuler la curiosité des jeunes, mais aussi de décrypter un peu nos politiques et peut-être de les rendre plus abordables ».

Une jeunesse qui compte tout de même se faire entendre
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Au terme de plus de trois heures d’échanges, les groupes se dispersent et les encadrants prennent la parole pour remercier les participants. Pour Yanis Iratene, 22 ans, et bénévole Des Terres Minées originaire de Sarcelles, ces espaces de débats montrent que les jeunes s’intéressent bel et bien aux enjeux politiques.

« On dit souvent que la jeunesse populaire n’est pas intéressée par la politique, mais avec des événements comme ça, on voit bien que ce n’est pas le cas », dit-il. « Les municipales c’est super important parce qu’on peut se dire nous aussi on va voter, nous aussi on représente un électorat. Si on commence à voter, forcément on va commencer à nous prendre au sérieux : on va nous écouter, et on pourra demander des politiques qui nous touchent ».

Avant que la salle ne se vide, Yanis Iratene décide de laisser partir les jeunes sur des mots forts.

« Ce qui nous lie, c’est n’est pas qu’on porte le voile, c’est n’est pas qu'on soit noirs ou arabes – c'est faux. Ce qui nous lie c’est qu’on vient d’endroits pauvres. Il faut qu'on essaye d'avancer tous ensemble pour essayer de combattre les inégalités qu'on subit et ça passe par des discussions, ce qu’on fait ce soir. C'est comme ça qu'on va pouvoir avancer socialement. »  
  
À Saint-Denis, les initiatives associatives apparaissent ainsi comme des espaces de mobilisation citoyenne, tissant un lien entre les jeunes. Elles rappellent que derrière les chiffres de l’abstention, il existe une forte volonté de participation des jeunes ; à condition qu’ils soient écoutés.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Municipales 2026` `#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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