# Derrière les municipales, l’importance discrète des intercommunalités
**Date de l'événement :** 12/03/2026
* Publié le 12/03/2026

### Date
12/03/2026

## Chapô
**Derrière les élections municipales, se joue une bataille bien plus stratégique : celle du pouvoir intercommunal. Métropoles, communautés d’agglomération ou de communes pilotent aujourd’hui l’essentiel des politiques publiques locales. Pourtant, ce niveau de décision reste largement absent du débat électoral. Tommaso Germain, docteur en science politique (CEE, Sciences Po), analyse les enjeux liés à l'intercommunalité.**

**Cet article s'inscrit dans une série d'articles consacrée aux élections municipales de 2026. Chaque publication associe un texte de chercheur et un reportage de terrain réalisé par un étudiant en journalisme. Aux côtés du texte de Tommaso Germain, retrouvez [le reportage de notre étudiant Eliott Nail consacré à la métropole toulousaine.](https://conference.sciencespo.fr/content/2026-03-12/pas-david-contre-goliath-la-metropole-toulousaine-et-les-intercommunalites-voisines_E8vnCmRXAmeVpJUyNmrH)**

## Corps du texte
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont l’occasion de prendre la température politique du pays. Elles remettent sous le projecteur le système communal français, le pouvoir des maires et de leurs adjoints pour éclairer le choix des électeurs. Mais il existe un enjeu plus discret, moins visible et moins discuté dans l’opinion publique, pourtant directement dépendant de ce scrutin. En effet, les municipales de 2026 ne désigneront pas seulement 35 000 maires. Elles détermineront en réalité qui gouvernera les grandes politiques publiques locales pour les six prochaines années. Car derrière le scrutin communal se joue une bataille bien plus décisive : celle du pouvoir intercommunal.

Les intercommunalités, institutions discrètes mais décisives
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Le pouvoir intercommunal renvoie aujourd’hui à une capacité d’action et à un impact sur le quotidien des électeurs largement supérieurs à ceux des communes seules. Hormis quatre petites communes insulaires bretonnes, toutes les 34 875 communes de France participent désormais à une intercommunalité. Il s’agit d’un instrument institutionnel permettant l’efficacité de la coopération entre communes et souvent d’autres acteurs publics divers, qu’on appelle établissement public de coopération intercommunale (EPCI). Historiquement, ces fonctions étaient centrées sur la gestion de réseaux, qui logiquement dépassent la géographie administrative des simples communes. On en dénombre aujourd’hui presque 3 000, ces intercommunalités pouvant être de plusieurs types, selon des paramètres démographiques. 

En milieu rural, il s’agit des communautés de communes (« comcom ») à ressources fiscales propres, on en dénombre 990 en 2024. Rappelons ici que 52% des communes françaises comptent moins de 500 habitants, une spécificité bien française, et bénéficient largement à être incluses dans ces modèles de coopération. 

Les communautés d’agglomération doivent regrouper 50 000 habitants a minima. Leur intégration est plus poussée, avec 10 compétences obligatoires complétées par des compétences facultatives. 

Les communautés urbaines enfin, créées en 1966 déjà et renforcées par la loi Chevènement de 1999, doivent compter au moins 250 000 habitants. Elles ont plus d’une vingtaine de compétences et peuvent également en recevoir du département par délégation, comme les transports scolaires. On en compte 14 en 2024. 

90% des compétences sont gérées à l’échelle intercommunale, alors même que les élections restent ancrées dans le narratif de la « proximité » : les électeurs pensent voter pour un maire abordable, familier, ils votent en réalité pour un système complexe duquel dépendent la plupart des politiques publiques. Plus encore, les intercommunalités représentent une part toujours croissante de l’investissement public local et des recettes fiscales, mutualisées. Un récent rapport d’Intercommunalités de France soulignait que les intercommunalités avaient de plus en plus tendance à investir les politiques sociales, traditionnellement réservées à la commune et surtout au département. On voit ainsi que les compétences sociales exercées sont de plus en plus structurées, que les intercommunalités s’outillent et que la cohésion sociale est perçue comme l’élément principal du mandat 2026-2032 à venir. Et ce paramètre intercommunal est d’autant plus important pour les plus grands des EPCI, les métropoles. 

Les métropoles de France, une action d’envergure conditionnée aux élections municipales et pourtant (très) faiblement politisée 
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Il existe aujourd’hui en France 21 intercommunalités qui ont le rang institutionnel de métropole. Ces formes juridiques créées en 2010 par la loi de réforme des collectivités territoriales (loi RCT du 16 décembre 2010) et généralisées en 2014 (loi MAPTAM du 27 janvier 2014) renvoient à des intercommunalités intégrées, aux compétences étendues, qui doivent compter au moins 500 000 habitants. Leur action dépasse largement le cadre communal et détermine amplement les conditions socioéconomiques et d’équipement d’un territoire, ainsi que sa capacité compétitive en termes de développement et d’attractivité. Leur organe délibératif est élu indirectement, à travers les élections municipales. Pourtant, depuis 2014, la politisation de ces élections demeure faible, l’intercommunalité demeurant une « invitée discrète ». En 2020, alors même que l’intercommunalité devenait un fait social plus impactant, producteur de politiques publiques, cet enjeu a été complètement mis de côté dans un contexte de crise sanitaire, ne suscitant que l’intérêt des spécialistes de l’action publique. En 2026, il serait logique que la taille des enjeux stratégiquement gérés par les métropoles soit discutée par les électeurs, dans une conscience plus grande de ce niveau d’action, au-delà de leur commune.

Les trois exceptions métropolitaines à l’heure des élections
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Trois exceptions sont à noter, questionnant largement la démocratie locale. 

D’abord, le cas de la Métropole du Grand Paris, créée par la loi du 3 juin 2010. Largement sous-investie alors qu’il s’agit d’un pôle urbain majeur en Europe avec Londres et Moscou, découpée en établissements publics territoriaux (EPT), la Métropole du Grand Paris est souvent critiquée comme une « coquille vide », qui ferait doublon avec la Région Île-de-France de surcroît. Pourtant, elle regroupe plus de 7 millions d’habitants et 130 communes sur 815km² et il y a fort à parier qu’une intégration métropolitaine (voire seule cette intégration) permettrait d’adresser des enjeux de taille pour les habitants de cette vaste agglomération, qu’il s’agisse des transports, du développement économique ou de l’aménagement. La composition de son conseil métropolitain et de son assemblée des maires dépend directement des élections municipales, qui façonneront les équilibres politiques et donc d’action, au sein de la grande métropole parisienne pour les six années à venir. En l’état, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé en février 2026 consacrer l’un des trois textes de sa réforme de décentralisation à cette métropole, afin d’en revoir le périmètre.

Le cas de la Métropole d’Aix-Marseille est la seconde exception au droit commun. Là, l’institution regroupe 92 communes et 1,9 millions d’habitants sur une zone géographique large, de 3 150 km². Gouvernée par un exécutif appuyé sur un conseil de métropole large, comptant 240 conseillers, la métropole est ancrée au centre-droit, aux antipodes de la ville de Marseille dont l’organe délibératif est marqué à gauche. Les intercommunalités produisent des majorités élargies, gestionnaires, supplantant la figure du maire autrefois centrale. La cohérence de l’action métropolitaine et de l’action municipale est cruciale pour de nombreuses politiques publiques, et ces équilibres ressortiront discrètement, mais directement, des élections municipales de mars 2026. 

Le dernier cas particulier est celui de la Métropole de Lyon, qui regroupe 58 communes et 1,3 millions d’habitants sur une zone concentrée de 538km². C’est sans doute le plus important en termes de forme institutionnelle, son modèle tendant à ressembler à un Etat-providence local aux compétences et aux budgets étendus. Mais c’est aussi le plus important en termes démocratiques et nous renvoie directement aux élections prévues dans quelques semaines. En application de la loi MAPTAM, cette collectivité territoriale au statut particulier reconnu par la Constitution voit son organe délibératif, le Conseil de métropole, être élu directement par les citoyens. Le scrutin est organisé par circonscriptions métropolitaines, mais peine encore à être différencié du scrutin pour la commune. 

Ces trois exceptions se doublent d’une autre exception, celle des communes de Paris, Lyon et Marseille. S’y déroulent en réalité deux élections : une élection par arrondissement (ou secteur pour Marseille) et une élection « centrale », pour la mairie. Depuis la loi du 11 août 2025, les deux élections sont nettement séparées. 

Conclusion : appréhender ce déplacement silencieux
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Au-delà de ces cas spécifiques, il apparaît clairement que de façon générale, alors même que le maire est la figure et l’échelon administratif en lesquels les citoyens ont le plus confiance, la question intercommunale, souvent oubliée, minorée voire purement inconnue des électeurs, est paradoxalement bien celle qui aura le plus d’impact réel à l’issue de ces élections. 

Ainsi les élections municipales apparaissent comme un scrutin à double détente : localement personnalisé et visibilisé autour du maire, mais structurellement et stratégiquement intercommunal. Ces équilibres serviront largement de baromètre au projet de décentralisation présenté par le Premier ministre. Finalement, à mesure que les métropoles deviennent des centres de décision budgétaire et sociale, l’enjeu démocratique se déplace sans que le débat public ne suive. Les élections de 2026 diront si les électeurs prennent conscience de ce déplacement silencieux du pouvoir local.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Municipales 2026` `#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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