# Volodymyr Zelenskyy à Sciences Po – « Une paix juste ne se résume pas à des kilomètres carrés. »
**Date de l'événement :** 13/03/2026
* Publié le 13/03/2026

### Date
13/03/2026

## Chapô
**Le 13 mars 2026, à l’occasion de sa visite en France, Volodymyr Zelenskyy, président de l’Ukraine, a été accueilli à Sciences Po pour une conférence exceptionnelle. Répondant aux questions d’Arancha González Laya, doyenne de la Paris School of International Affairs (Sciences Po), et des étudiants, il est revenu sur les enjeux de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, les défis humanitaires et militaires auxquels son pays est confronté, ainsi que sur l’importance du soutien européen et international.**

**Retrouvez aussi [notre dossier consacré à la guerre d'Ukraine](https://conference.sciencespo.fr/p/guerreukraine).**

**Vidéo :**
[Vidéo 1](https://www.youtube.com/watch?v=d1C6OIw6VkY) 

## Corps du texte
**Arancha González Laya (doyenne de PSIA)** : Monsieur le Président, vous étiez avec nous lorsque la guerre en était au 67e jour. Nous en sommes maintenant au 1 478e jour. Qu’est-ce qui a changé ? Et de quelle manière cette guerre a-t-elle changé l’Ukraine et vous a-t-elle changé, vous, en tant que président ?

**Volodymyr Zelenskyy** : Merci. C’est un honneur pour moi d’être ici.

Je voudrais d’abord vous remercier pour ces propos chaleureux à l’égard de notre État et de nos concitoyens. Je suis convaincu que les applaudissements du début étaient destinés aux Ukrainiens, profondément reconnaissants envers la France.

Je remercie le président, les citoyens et le peuple français pour leur soutien, qui est extrêmement important. On m’a récemment dit que c’était la seizième fois que je venais en France, dont douze depuis le début de la guerre. Au début de la guerre, je me suis adressé à vous en ligne. Depuis, nous avons pu organiser la défense de notre indépendance et de la liberté des personnes. Au fond, cette guerre est une guerre pour la vie.

Si je peux être venu ici douze fois et si notre pays a tenu, c’est parce que notre peuple a tenu. Au fil des années, nous avons construit des relations remarquables entre Ukrainiens et Français, à un niveau inédit. Je pense que nos valeurs communes et notre dialogue y ont largement contribué.

**« La guerre nous a incontestablement changés. » – Volodymyr Zelenskyy**

Je voudrais vous remercier pour le soutien constant de l’État français depuis le début de la guerre. Celle-ci n’est pas terminée, mais nous avons réussi à préserver notre indépendance. C’est déjà une grande victoire pour le monde, car c’est un exemple : celui d’un pays qui n’a pas été abandonné et qui a pu résister.

La guerre nous a incontestablement changés. Je ne parle pas des changements extérieurs, mais d’une transformation plus profonde. Elle a obligé les Ukrainiens à se concentrer sur l’essentiel : les valeurs fondamentales. Le prix de la liberté, de la démocratie et des droits humains n’est pas un simple mot : il se mesure en vies humaines.

L’Ukraine se distingue aujourd’hui par le prix élevé qu’elle a payé pour ces valeurs. C’est pourquoi les Ukrainiens en ont une compréhension particulièrement profonde. Nous les comprenions déjà avant la guerre, mais personne ne les ressentait avec autant de force et de douleur qu’aujourd’hui.

**Arancha González Laya** : Monsieur le Président, vous parlez très souvent de la nécessité que cette guerre se termine par une paix juste. Que signifie pour vous une paix juste ? Comment met-on fin à cette guerre ?

**Volodymyr Zelenskyy** : Dans une guerre longue que la Russie ne veut pas terminer, personne ne peut attendre d’elle un sens de la justice.

Une paix juste ne se résume pas à des kilomètres carrés. La lutte ne porte pas seulement sur les territoires : c’est notre terre, mais surtout la terre des gens. Nous nous battons pour les personnes qui vivent là, dans leurs maisons et leurs appartements, avec leurs familles, leurs proches, leurs souvenirs et toute leur vie.

Quand on vous prend votre maison, on vous prend tout. On vous enlève une part de votre identité : votre langue, vos proches, votre famille, votre choix de vivre là où vous êtes.

Peut-être que les jeunes ne le ressentent pas encore pleinement, mais il est essentiel d’avoir le droit de revenir sur la tombe de ses proches, de pouvoir rester ou partir librement, et de garder ce lien avec ceux qui ont disparu.

**« Une paix juste ne se résume pas à des kilomètres carrés. » – Volodymyr Zelenskyy**

Au fond, il s’agit des droits fondamentaux et de la vie humaine. C’est pour cela que nous nous battons : pour une paix juste, qui garantisse à chacun le droit de vivre selon son choix.

Concernant les territoires, aucune des parties n’a aujourd’hui une force suffisante pour imposer totalement sa volonté. Heureusement, la Russie n’a plus la capacité de nous occuper entièrement. De notre côté, nous nous sommes défendus, mais nous n’avons pas encore les moyens de chasser totalement les forces russes de notre territoire.

La guerre doit donc se terminer de manière à permettre, un jour, le triomphe de la justice. Cela signifie non seulement la restauration de l’intégrité territoriale, mais aussi la punition des criminels. Sans responsabilité pour les crimes commis, il ne peut y avoir de paix juste.

Or la justice est difficile à obtenir lorsqu’il y a tant de victimes. Cette guerre a fait de nombreux morts et disparus, ce qui est parfois encore plus douloureux, car les familles ne peuvent même pas dire adieu à leurs proches.

Même lorsque vient un cessez-le-feu, la justice n’arrive pas immédiatement. Le châtiment des crimes peut prendre des années, voire des décennies. L’histoire nous rappelle comment les crimes nazis ont été poursuivis dans le monde entier, longtemps après la fin de la guerre.

Ainsi, la paix juste est un processus long. Mais il est nécessaire d’atteindre un cessez-le-feu, de normaliser la vie, de reconstruire et d’avancer vers un règlement diplomatique. Tant que le régime russe restera en place, il faudra néanmoins poursuivre les efforts pour parvenir à une solution diplomatique à cette guerre.

**Arancha González Laya** : Monsieur le Président, ces dernières semaines, nous avons vu un autre conflit, un conflit régional majeur, éclater au Moyen-Orient. Qu’est-ce que cela signifie pour la guerre en Ukraine ?

**Volodymyr Zelenskyy** : Il n’y a jamais rien de bon dans une guerre. Elle provoque des victimes, étend les conflits d’un pays à l’autre et engendre une immense souffrance.

La guerre au Proche-Orient ne réjouit donc pas les Ukrainiens. Elle n’apporte rien de positif et cause des victimes civiles, quelles que soient leur religion, leur origine ou leur nationalité. Ce qui compte, c’est la vie humaine. La guerre est toujours une tragédie.

Cette situation a aussi des conséquences pour l’Ukraine. L’attention du monde se déplace vers le Proche-Orient, ce qui est problématique pour nous. L’Ukraine doit continuer à se défendre et a besoin de drones, de missiles et notamment de munitions pour les systèmes Patriot. Or ces ressources sont limitées et doivent désormais être partagées, ce qui réduit notre capacité à protéger le ciel ukrainien et les civils.

Le déplacement de l’attention ne concerne pas seulement les médias, mais aussi les États. Leur capacité de soutien est limitée, et cette aide est désormais divisée entre plusieurs conflits, ce qui signifie une diminution du soutien pour l’Ukraine.

**« La guerre d'aujourd'hui ne connaît plus la distance. » – Volodymyr Zelenskyy**

Cette situation profite aussi à la Russie, car la hausse des prix des hydrocarbures lui permet d’augmenter ses revenus, notamment lorsque certaines sanctions sont assouplies. Cela ne produit rien de positif et constitue un danger non seulement pour l’Ukraine, mais pour d’autres pays également.

La guerre ne connaît plus la distance. Les drones, dont on parle depuis des années, peuvent désormais parcourir 3 000 à 5 000 kilomètres, et probablement 10 000 à 12 000 kilomètres dans un avenir proche.

Aujourd’hui, l’Ukraine subit des attaques massives : jusqu’à 350 à 500 drones par nuit. Malgré plusieurs lignes de défense, il est impossible de tous les intercepter. Ces frappes visent des infrastructures civiles : écoles, universités, églises, réseaux d’énergie et d’eau. Parfois, les habitants ne disposent d’électricité que quelques heures par jour ; nous avons traversé tout un hiver dans ces conditions.

Je ne me plains pas : je souligne simplement que la guerre n’a plus de distance. Aucun continent n’est désormais totalement à l’abri, et cette menace se rapproche à l’échelle de quelques années, voire de quelques mois.

Dans ce contexte, des États nucléaires comme la Russie représentent un danger particulier. Un drone n’est qu’un vecteur : ce qu’il transporte peut être extrêmement destructeur, y compris potentiellement une arme nucléaire.

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## 
**Questions des étudiants**

**Question 1**  : La guerre en Iran met en lumière l’importance stratégique des drones, similaires à ceux utilisés par la Russie. Comptez-vous utiliser l’expertise de l’Ukraine dans ce domaine pour obtenir un soutien militaire plus important et durable, notamment de la part des États-Unis ?

**Volodymyr Zelenskyy** : C’est une question très sérieuse. Lorsque la guerre a commencé en Ukraine, je me souviens des premières frappes, des enfants qui pleuraient, des familles dans les rues. Nous étions seuls.

Je m’efforce toujours d’être honnête : dans ces moments-là, l’émotion la plus forte est ce sentiment de solitude. Notre priorité n’était pas de négocier des échanges ou d’obtenir des avantages, mais de tenir en tant que nation et d’aider notre population à survivre.

Aujourd’hui encore, cette expérience guide notre action. Pour comprendre ce que signifie cette guerre, il faut se souvenir du premier jour : du vrai visage de la Russie et de Poutine.

**« Lorsque la guerre a commencé, nous étions seuls. » – Volodymyr Zelenskyy**

Les civils d’autres pays qui subissent aujourd’hui des attaques ressentent des émotions similaires. Certains États du Golfe ne nous ont pas toujours soutenus dans les votes internationaux, mais face à ces menaces, ils ont demandé notre aide, notamment en matière d’expertise militaire.

L’Ukraine possède une expérience particulière face aux drones iraniens Shahed, utilisés massivement contre notre territoire. Nous avons donc décidé d’envoyer des équipes pour partager cette expertise ; les premières sont déjà au Proche-Orient.

Oui, cette coopération a été évoquée dans nos échanges avec les États-Unis. Mais notre aide ne vise pas à obtenir des avantages politiques : elle s’inscrit dans la solidarité née de ce que nous avons vécu dès le premier jour de la guerre.

**Questions 2** : Comment vous préparez-vous à d’éventuels changements politiques en Europe dans les années à venir, notamment avec l’approche des élections en France en 2027 et en Allemagne en 2029 ?

**Volodymyr Zelenskyy** : Il s'agit de votre choix. Ce que je peux dire, c’est que nous avons construit des relations étroites avec Emmanuel Macron. Pendant longtemps, les relations entre la France et l’Ukraine n’étaient pas aussi proches ; la guerre et les défis qu’elle a posés ont largement contribué à ce rapprochement.

Aujourd’hui, l’Union européenne se montre particulièrement forte face à cette guerre. Certains dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, ont joué un rôle important pour maintenir l’unité. Sans cette solidarité, il aurait été beaucoup plus difficile de faire face aux frappes et aux défis humanitaires.

Je suis également très reconnaissant envers la France d’avoir accueilli de nombreux Ukrainiens, notamment des étudiants, au début de l’escalade du conflit.

Nous avons travaillé comme une grande famille. Mais des élections auront lieu, et dans une démocratie, les citoyens décident. Nous travaillerons bien sûr avec tout président que les Français éliront. Même si la vision de l’Ukraine peut varier, nous ferons tout pour préserver ce qui a été construit ensemble.

Il est facile de détruire, mais beaucoup plus difficile de construire. J’espère donc que, avec le soutien de la société française, notre coopération restera solide.

Quant à l’Allemagne en 2029, ce sera peut-être davantage la question de mon successeur.

**Questions 3** : Depuis le début de votre mandat, les politiques et réformes qui visent à rapprocher l’Ukraine de l’Union européenne constituent un enjeu majeur. Comment ces réformes peuvent-elles aujourd’hui être mises en place dans le contexte de la guerre ? 

**Volodymyr Zelenskyy** : C’est une question difficile, car faire adopter ces réformes est déjà complexe, et leur application l’est encore davantage.

L’Union européenne nous accompagne dans ce processus. La Commission européenne nous indique clairement les réformes à adopter et à mettre en œuvre ; sans cela, l’Ukraine ne pourra pas rejoindre l’Union européenne.

**« Nos parlementaires votent parfois entre deux frappes de drones. » – Volodymyr Zelenskyy**

Dans un contexte de paix, ces réformes seraient déjà difficiles. Les mener en temps de guerre l’est encore plus. Pourtant, nous avons adopté l’ensemble des mesures demandées par la Commission européenne, et j’en suis très fier. Nos parlementaires votent parfois entre deux frappes de drones. Malgré ces conditions, nous continuons à adopter les lois nécessaires.

Pour l’Ukraine, l’Union européenne représente aujourd’hui bien plus qu’une simple perspective d’adhésion. C’est un choix stratégique et géopolitique : celui d’appartenir à l’Europe et non à la Russie.L’une des raisons de l’agression de Poutine est précisément d’empêcher ce choix européen. Mais l’Ukraine est un pays souverain et européen, et notre nation a décidé de suivre cette voie.

Ces réformes sont autant d’étapes vers l’Europe et font partie de notre lutte pour préserver notre indépendance. L’Europe est devenue une composante essentielle de cette indépendance.

**Question 4** : En tant que chef d’État, comment parvenez-vous à maintenir le fonctionnement de vos institutions et de votre administration alors que la majorité de votre énergie, de vos ressources, sont mobilisées par l’effort de guerre ? 

**Volodymyr Zelenskyy** : La priorité a été le ministère de la Défense. Durant les deux premières années, l’essentiel du budget a été consacré à l’armée. Nous n’avions ni les moyens ni même la possibilité de penser à la reconstruction des routes ou des infrastructures.

Heureusement, de nombreux partenaires et amis nous ont soutenus à travers des projets humanitaires liés à la sécurité : construction d’abris pour les écoles ou les crèches, protection des infrastructures essentielles. La guerre nous a obligés à réfléchir à des milliers de choses qui, en temps normal, ne se poseraient pas.

L’énergie est devenue une question vitale. Il ne s’agit pas seulement de production, mais de savoir si les gens auront de l’électricité. En hiver, lorsque les températures descendent jusqu’à -28 °C et que les infrastructures énergétiques sont visées par des missiles, il faut anticiper et renforcer la résilience du système.

La guerre a profondément transformé notre manière de concevoir les hôpitaux, l’énergie et les services publics. Certains hôpitaux sont désormais construits sous terre pour garantir leur sécurité.

**« L'énergie est devenue une question vitale. » – Volodymyr Zelenskyy**

À Kharkiv, grande ville universitaire proche de la frontière russe, environ 1,3 million de personnes vivent sous les frappes. Pour permettre aux enfants de continuer à apprendre, les premières écoles ont été installées dans le métro : chaque station est devenue une salle de classe. C’était une solution créative, mais essentielle. Les enfants peuvent ainsi continuer à étudier et à se voir, tandis que les parents peuvent travailler et payer leurs impôts, ce qui contribue au financement du budget national, notamment de l’armée.

Les armes fournies par nos partenaires ont constitué un soutien crucial, mais elles ne couvraient pas l’ensemble de nos besoins. Les salaires des soldats ont toujours été financés par notre propre budget ; nous n’avons jamais utilisé l’aide internationale à cette fin.

Les premiers mois ont été particulièrement difficiles. Avec mon gouvernement, nous sommes restés à Kyiv malgré les risques. Toutefois, pour assurer la continuité de l’État en cas d’attaque, une partie du gouvernement a été déplacée vers l’ouest du pays, près des frontières européennes, et certains systèmes essentiels, notamment bancaires, ont été temporairement sécurisés à l’étranger.

Aujourd’hui, toutes les institutions fonctionnent de nouveau dans la capitale. La gestion du pays est plus stable, même si nous restons en temps de guerre. La situation est désormais mieux organisée qu’au début du conflit

**Question 5** : Au début de l’invasion, vous avez parlé aux Russes, vous vous êtes adressé directement à eux, vous avez essayé de leur lancer un défi, de dénoncer la propagande russe, de leur donner une information alternative. Qu’est-ce que vous pourriez leur dire aujourd’hui, quatre ans plus tard ?

**Volodymyr Zelenskyy** : Aujourd’hui, il n’y a pas vraiment d’intérêt à s’adresser aux Russes, car la situation ne dépend pas d’une seule personne. La véritable question est de savoir s’ils sont prêts à ouvrir les yeux, à comprendre dans quel pays ils vivent et quel choix ils ont fait. Poutine a été leur choix.

Peu importe qu’il ait obtenu 70, 80 ou 50 % des voix : pendant des années, ils ont voté pour lui et ont accepté un système fondé sur la désinformation. Beaucoup ferment volontairement les yeux et les oreilles face à cette réalité.

Ce n’est pas une question de courage ou de force, mais de choix personnel : choisir d’être libre ou non. L’histoire nous montre que certaines personnes ont été plus libres en prison que beaucoup de Russes aujourd’hui dans leur propre pays.

**« Aujourd'hui, il n'y a plus vraiment d'intérêt à s'adresser au peuple russe. » – Volodymyr Zelenskyy**

J’ai longtemps voulu m’adresser à eux, car j’avais travaillé avec des Russes et j’en connaissais beaucoup. Je n’aurais jamais imaginé qu’ils réagiraient ainsi. Certains, que je connaissais bien, ont soudain eu peur de parler au téléphone.

Mais aujourd’hui, ils semblent accepter cette manière de vivre. C’est leur choix. La vraie question est de savoir s’ils sont prêts à changer leur vie et celle de leurs enfants, s’ils veulent réellement être libres.

S’ils sont prêts à entendre et à écouter, alors un dialogue sera possible. Mais pour l’instant, ils ne le sont pas.

**Question 6** : À partir de quand peut-on se dire que les Ukrainiens se sont sentis profondément européens et qu’ils ont décidé de s’émanciper du monde russe ?

**Volodymyr Zelenskyy** : Les Ukrainiens sont les Ukrainiens, ils ne sont pas les Russes. Ils se sont toujours sentis européens. L’Ukraine a parcouru un long chemin pour son indépendance, parfois en la perdant, mais toujours en continuant à se battre pour elle.

Dans l’histoire, le destin d’un pays dépend souvent du nombre de personnes prêtes à prendre les armes pour défendre leur liberté. Si toute l’Ukraine avait toujours combattu pour son indépendance, l’histoire aurait peut-être été différente. Mais dans chaque pays il existe aussi des divisions, des trahisons ou des intérêts divergents, qui peuvent conduire à l’isolement.

Malgré ces épreuves, l’Ukraine a traversé les siècles et continue aujourd’hui de se battre pour son indépendance. Pour la première fois depuis très longtemps, peut-être depuis des siècles, elle a toutes les chances de préserver durablement cette indépendance.

Car l’indépendance de l’Ukraine repose sur une réalité fondamentale : l’Ukraine est un pays européen.

**Question 7** : Depuis 2022, 2 800 écoles ont été endommagées ou détruites. De nombreux jeunes ont été déportés par la Russie. Quelles sont les perspectives pour ces enfants d’Ukraine ? Comment l’Europe peut-elle les aider ?

**Volodymyr Zelenskyy** : La question des enfants déportés est l’un des défis les plus graves de cette guerre. Selon les données recueillies par l’Ukraine et ses partenaires, environ 19 500 enfants ont été déportés de force des territoires occupés vers la Russie. Ce chiffre est probablement incomplet, car il est difficile de savoir combien d’enfants ont été transférés après l’occupation de certaines régions.

Sur les 19 500 enfants identifiés, environ 2 000 ont pu être ramenés en Ukraine. Ce chiffre reste faible face à l’ampleur du problème, mais de nombreux services et plusieurs pays travaillent activement pour retrouver ces enfants. Certains efforts passent par des contacts avec des écoles ou des orphelinats où se trouvent des enfants sans parents.

**« La question des enfants déportés est l'une des plus graves de cette guerre. » – Volodymyr Zelenskyy**

La situation est encore plus complexe dans les cas d’adoption. Certains enfants ont été déplacés, adoptés, leur identité et leur citoyenneté ont été modifiées. Les retrouver devient alors extrêmement difficile.

Contrairement aux prisonniers de guerre, les enfants ne peuvent pas faire l’objet d’un échange. Pour les prisonniers, un mécanisme existe : chaque camp peut échanger ses détenus. Pour les enfants, il n’existe pas de procédure comparable. Le principal défi est donc de les localiser, puis de les faire revenir. C’est une mission humanitaire à laquelle de nombreux pays peuvent contribuer. Certains le font déjà.

Un autre défi concerne les enfants qui grandissent dans les territoires occupés. Les autorités russes les exposent à la propagande et, une fois devenus plus âgés, certains sont envoyés combattre contre l’Ukraine. C’est une situation profondément tragique. La France, par exemple, peut aider notamment par le renseignement. Avant de ramener un enfant, il faut d’abord le retrouver. Nous transmettons des listes de noms à nos partenaires, qui cherchent à identifier les lieux où ces enfants pourraient se trouver.

Malgré toutes les difficultés, environ 2 000 enfants ont déjà pu rentrer en Ukraine. Cela montre que ces efforts peuvent porter leurs fruits, même si le chemin reste long.

**Arancha González Laya** : Monsieur le Président, nous arrivons au terme de notre rencontre et je voudrais vous donner la possibilité de laisser votre message. Quel serait ce message ?

**Volodymyr Zelenskyy** : Je vous remercie beaucoup tout d’abord pour cette rencontre. Mon message est : faites confiance aux Ukrainiens, soutenez les Ukrainiens. Nous nous battons pour la liberté de toute l’Europe, pas seulement de l’Ukraine. Évidemment, nous nous battons d’abord pour notre patrie, mais aussi pour l’Europe. Et je pense que l’Ukraine aujourd’hui demande votre soutien, vos émotions. Venez plus souvent en Ukraine, c’est aussi un signal important.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Europe` `#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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