# Quel rôle pour les politiques “symboliques” dans la lutte contre le dérèglement climatique ? 
**Date de l'événement :** 10/04/2026
* Publié le 10/04/2026

### Date
10/04/2026

## Chapô
**Les politiques climatiques peinent souvent à être acceptées par les populations. De nombreux mouvements se structurent ainsi pour dénoncer une répartition jugée inéquitable des coûts de la lutte contre le dérèglement climatique. Des politiques ciblant les responsables publics et les plus fortunés, malgré une incidence limitée, peuvent-elles renforcer l’acceptabilité de l’effort pour la majorité moins favorisée ?**

**C'est l'hypothèse de recherche que trois doctorants du [Centre d'études européennes et de politique comparée](https://www.sciencespo.fr/centre-etudes-europeennes/fr/) de Sciences Po ont proposé d'explorer dans un récent article publié dans la prestigieuse revue [American Political Science Review](https://www.cambridge.org/core/journals/american-political-science-review/article/more-than-symbols-the-effect-of-symbolic-policies-on-climate-policy-support/0696A233FB56D440A47A15E2EBB958E7). Ils reviennent dans cet article sur leur démarche et leurs conclusions, en montrant l'importance des mesures symboliques pour stimuler l'adhésion aux politiques climatiques.**

## Corps du texte
Interdire les jets privés, obliger les ministres à prendre le train, ou encore débattre au Parlement de propositions citoyennes… Ces mesures sont souvent qualifiées de “symboliques”. Trop symboliques, même, pour certains : inefficaces, anecdotiques, voire cosmétiques. Mais et si leur rôle était ailleurs ?

Dans un travail de recherche que nous publions dans l’_American Political Science Review_, nous démontrons que ces politiques dites “symboliques” peuvent jouer un rôle décisif précisément car elles reposent sur des symboles : elles augmentent significativement le soutien à des politiques climatiques pourtant coûteuses et contraignantes. 

Les résistances aux politiques climatiques
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Depuis plusieurs années, un constat s’impose : les politiques climatiques ambitieuses peinent à être acceptées. Réduire la vitesse sur autoroute, interdire certains vols ou introduire une taxe carbone : ces mesures sont efficaces, mais elles impliquent des coûts pour les citoyens – qu’ils soient financiers (baisse du pouvoir d’achat, hausse des prix) ou comportementaux (contraintes sur les mobilités, les habitudes de consommation). Et ces coûts alimentent des résistances, parfois importantes, comme l’a montré le mouvement des Gilets jaunes.

Face à cela, la réponse classique consiste à compenser : redistribuer, indemniser, atténuer les pertes pour les groupes les plus affectés. Une grande partie de la recherche s’est ainsi concentrée sur ces mécanismes de compensation, avec des résultats prometteurs mais mitigés.

Mais ces solutions ne suffisent pas toujours. Pourquoi ? Parce que l’opposition aux politiques climatiques ne tient pas uniquement à leur coût matériel. Elle tient aussi à la manière dont ces politiques sont perçues et interprétées : qui est mis à contribution, qui ne l’est pas, et si l’effort apparaît comme juste ou imposé d’en haut. Autrement dit, les citoyens ne réagissent pas seulement à ce que les politiques font, mais aussi à ce qu’elles signifient.

La portée symbolique des politiques publiques
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Notre étude se fonde ainsi sur un argument simple : les politiques publiques ne sont pas seulement des instruments techniques, elles envoient aussi des messages. Qui doit faire des efforts ? Les élites sont-elles concernées ? Le gouvernement est-il crédible ?

Autrement dit, les politiques publiques ont toujours une dimension matérielle (les coûts, les contraintes qu’elles imposent) mais aussi une dimension symbolique : ce qu’elles donnent à voir, ce qu’elles signalent, ce qu’elles racontent de l’ordre social. Or, ces dimensions symboliques sont souvent négligées. Pourtant, elles structurent profondément la manière dont les citoyens perçoivent l’action publique. C’est là qu’interviennent les “politiques symboliques”.

Nous les définissons plus précisément comme des mesures qui reposent principalement sur leur dimension symbolique plutôt que sur leur impact matériel. Elles affectent peu de personnes, ou produisent peu d’effets directs, mais elles véhiculent des messages forts – sur la justice des efforts, le comportement des élites ou le sérieux de l’action publique.

Par exemple, limiter l’usage des jets privés ou imposer aux ministres de voyager en train ne réduit pas massivement les émissions à elles seules. Mais ces mesures rendent visibles des principes : que les élites doivent montrer l’exemple, que l’effort doit être partagé, que le gouvernement prend la transition au sérieux. Et c’est précisément ce registre symbolique – plus que leur effet direct – qui peut transformer la manière dont les politiques climatiques sont perçues.

Une expérience simple, des résultats frappants
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Pour tester cette idée, nous avons mené plusieurs enquêtes expérimentales en France, complétées par 53 entretiens qualitatifs. Le principe expérimental est simple : les participants à notre enquête par sondage sont invités à se prononcer sur des politiques climatiques contraignantes – par exemple la réduction de la vitesse sur autoroute ou l’interdiction de vols court-courriers. Certains répondants évaluent ces mesures seules, tandis que d’autres les évaluent accompagnées de “politiques symboliques”, comme l’interdiction des jets privés ou l’obligation pour les ministres de voyager en train. Cette comparaison permet d’isoler l’effet propre des politiques symboliques : les coûts des politiques testées restent strictement identiques, seule leur mise en contexte change.

Le résultat est sans ambiguïté : le soutien augmente fortement lorsque des politiques symboliques accompagnent les mesures coûteuses. Dans certains cas, le soutien à une mesure passe d’environ 50 % à près de 75 %. Autrement dit, la même politique devient beaucoup plus acceptable – sans que ses coûts changent – simplement parce que le cadre dans lequel elle est présentée, et donc le “message” qu’elle envoie, est différent.

Dans une troisième étude, nous testons également un autre type de “politique symbolique”, centré non plus sur les élites mais sur la participation citoyenne. Nous introduisons par exemple un débat parlementaire consultatif sur des propositions issues des citoyens. Bien que cette mesure n’ait aucun effet contraignant, elle augmente néanmoins le soutien à une politique pourtant très coûteuse et controversée : la taxe carbone.

Pourquoi ça marche ?
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Les entretiens, associés à une enquête expérimentale complémentaire, permettent de comprendre les mécanismes en jeu. Les politiques symboliques n’agissent pas sur les coûts des politiques climatiques, mais sur la manière dont elles sont perçues. Quatre ressorts principaux apparaissent : 

1.  **Un sentiment de justice renforcé** : Lorsque des mesures ciblent explicitement les “gros émetteurs” – par exemple en interdisant les jets privés – elles signalent que l’effort est mieux réparti. Les citoyens ont davantage le sentiment que “tout le monde fait sa part”, ce qui atténue les perceptions d’injustice.
2.  **Une transformation du regard porté sur les élites** : Les politiques symboliques donnent à voir des élites qui participent à l’effort et répondent aux attentes des citoyens. Elles réduisent ainsi un ressort central de la défiance : l’hypocrisie perçue – ou l’idée que les règles s’appliquent aux autres, mais pas aux dirigeants.
3.  **Un sentiment d’inclusion dans la décision** : Des dispositifs comme des débats parlementaires sur des propositions citoyennes, même non contraignants, donnent le sentiment d’être pris en compte. Ils renforcent la légitimité des politiques. Ce type de dispositif renforce le sentiment d’être entendu et améliore la légitimité des politiques.
4.  **Une action publique perçue comme plus crédible** : Enfin, ces mesures agissent comme des signaux visibles d’engagement. Elles rendent l’action climatique plus cohérente et plus sérieuse aux yeux des citoyens, en montrant que les efforts demandés s’inscrivent dans une démarche plus large. Elles agissent comme des “preuves” visibles de volonté politique.

Au-delà du climat : le rôle des symboles dans l’action publique
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Ces résultats invitent à revoir une opposition classique entre “vraies” politiques (efficaces mais coûteuses) et “symboliques” (inefficaces et superficielles). Les politiques symboliques ne remplacent pas les politiques structurelles. Mais elles peuvent en être un complément essentiel. Elles ne changent pas les coûts, elles changent leur signification.

Et dans un contexte où les résistances aux politiques publiques sont souvent nourries par des perceptions d’injustice, de distance ou d’incohérence, ce levier est loin d’être secondaire.

Plus largement, cette recherche rappelle que l’acceptabilité des politiques ne dépend pas uniquement de leur contenu matériel, mais aussi de la manière dont elles s’inscrivent dans un récit collectif : celui de l’effort, du partage, et de la crédibilité. Autrement dit, gouverner, ce n’est pas seulement redistribuer des ressources. C’est aussi produire du sens.  

_Pour approfondir : Tallent, T., Jan, M., Sattelmayer, L. (2026). “[More than Symbols: The Effect of Symbolic Policies on Climate Policy Support](https://www.cambridge.org/core/journals/american-political-science-review/article/more-than-symbols-the-effect-of-symbolic-policies-on-climate-policy-support/0696A233FB56D440A47A15E2EBB958E7)”, American Political Science Review, 1-21. https://doi.org/10.1017/S0003055425101408._

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Environnement` `#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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