# Origines et actualité des camps de travail en Chine
**Date de l'événement :** 17/04/2026
* Publié le 17/04/2026

### Date
20/04/2026

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Couverture de Surveiller et Punir en Chine. Crédits : Ferdinand Cazalis pour La Découverte.

## Chapô
**Inspiré des goulags soviétiques, les laogai et laojiao ont, depuis leur création, mis au travail forcé des millions de chinois accusés de déviance. Quand et pourquoi ces dispositifs ont-ils été mis en place en Chine ? Dans un ouvrage récemment,** [_Surveiller et Punir en Chine_](https://www.editionsladecouverte.fr/surveiller_et_punir_en_chine-9782348081774 " Surveiller et Punir en Chine - ouverture en nouvelle fenêtre")**, le politiste et fin connaisseur de la Chine Jean-Philippe Béjà revient sur l’histoire de ces camps, de leur création avant même l’arrivée de Mao Zedong, au rôle joué par les nouvelles technologies dans la Chine actuelle.**

## Corps du texte
### Pouvez-vous nous présenter la méthodologie que vous avez adoptée pour cet ouvrage ? Pourquoi, notamment, avoir fait le choix du recueil de ces témoignages individuels ? 

Ce livre est né de la création de la série documentaire « Les Camps, secret du pouvoir chinois », diffusée sur Arte en mars 2023, que j’ai co-écrite avec la réalisatrice Tania Rakhmanova. Le directeur de la maison de production m’avait en effet demandé de concevoir un projet sur le laogai, la réforme par le travail, le système concentrationnaire chinois. Au cours des discussions préliminaires, Tania Rakhmanova m’a indiqué qu’elle ne souhaitait pas que les films documentaires que nous préparions comportent des interventions d’analystes. Nous avons donc décidé d’inclure uniquement des témoignages de victimes. 

La collaboration avec la réalisatrice Tania Rakhmanova, elle-même d’origine russe et qui a été élevée dans le système soviétique, a été très fructueuse pour moi. D’abord parce que sa familiarité avec ce système nous a conduits à faire de nombreuses comparaisons très éclairantes avec celui que nous analysions. Je pense donc que nos perspectives étaient complémentaires et que cela a permis d’apporter une certaine finesse au regard porté dans ce documentaire. Mais surtout, elle m’a convaincu qu’il était essentiel d’aborder ce sujet par l’analyse des itinéraires de « personnalités », ce qu’elle résumait de la manière suivante : « il faut présenter des « stories » pour permettre au spectateur de comprendre la « history ». 

La difficulté du documentaire, c’est qu’il fallait nécessairement avoir des images, et que je n’en avais pas. J’ai donc mobilisé mes réseaux de relations, et nous sommes partis aux États-Unis où nous avons interrogé une vingtaine d’anciens prisonniers politiques dont les peines se sont étendues sur 80 ans d’histoire de la République populaire, dans diverses provinces. 

De fait, au cours de ma carrière, je me suis beaucoup appuyé sur les récits d’itinéraires individuels pour aborder la question de l’opposition en Chine. Ceux-ci permettent en effet d’analyser le fonctionnement du régime, la manière dont il créé des dissidents, et l’invention des moyens de résistance. Rappelons que l’on ne peut accéder aux archives officielles du parti communiste, et que les documents, qu’il s’agisse d’ouvrages de sciences sociales ou d’histoire, n’abordent pratiquement jamais ces sujets tabous. La seule source disponible consiste donc dans les mémoires et les témoignages des opposants ou des anciens prisonniers. Sur 80 ans d’histoire, il en existe des dizaines de milliers, souvent publiés à l’étranger ou à Hong Kong. Dans le cadre de mes recherches, j’ai moi-même interviewé des dizaines d’acteurs du mouvement démocratique.

L’objectif de ce documentaire, et aujourd’hui de mon ouvrage Surveiller et punir en Chine, n’est naturellement pas de fournir une version exhaustive du laogai ou de la surveillance, mais de fournir divers angles d’approche sur ce système, en donnant à entendre les victimes. En outre, dans un documentaire, on ne peut diffuser que quelques minutes d’entretiens qui duraient pourtant à chaque fois deux ou trois heures. C’est de cette frustration qu’est née l’envie de rédiger ce livre. J’avais énormément de matériaux que je n’avais pu exploiter, et le livre permettait de le faire. Grâce au format écrit, j’ai pu davantage insister sur le contexte politique et sur les origines historiques du laogai. J’avais déjà écrit abondamment sur les instruments du contrôle social, et je voulais montrer que la techno-surveillance dénoncée par la presse aujourd’hui n’était qu’une « modernisation », une « industrialisation » de ces instruments.

### Venons-en au cœur du sujet abordé dans l’ouvrage, le laogai et le laojiao. Pouvez-vous nous indiquer rapidement les principales différences entre ces deux dispositifs?

Le laogai (Laodong gaizao, qui signifie littéralement « réforme par le travail ») concerne les personnes condamnées à une peine d’emprisonnement à l’issue d’un procès. Le laojiao (Laodong jiaoyang, signifie « rééducation par le travail ») vise quant à lui des « déviants », c’est-à-dire des personnes qui, théoriquement, conservent une partie de leurs droits et doivent toucher un salaire, ce qui n’est souvent pas le cas. 

Comme je le montre dans l’ouvrage, en principe, les camps de laogai et de laojiao sont séparés, mais dans les faits on observe souvent le contraire. 

Le laogai est inspiré du goulag soviétique, mais on y insiste davantage sur la nécessité de transformer la mentalité des détenus. Ce système a été inventé dans la base rouge de Yan’an, au Nord-Ouest du pays où le parti communiste s’était réfugié à l’issue de la Longue marche de 1934-35, et a été appliqué sur une grande échelle dès le « mouvement de rectification du style de travail », ou plutôt le « mouvement de sauvetage d’urgence » qui a abouti à l’enfermement de dizaines de milliers de « dissidents ». Nombre de ces derniers ont été soumis aux travaux forcés. 

En 1946, avec l’afflux de prisonniers du Guomindang en raison de la guerre civile, le PCC a largement développé les camps de travail, agricoles, industriels, de grands travaux, pour anéantir la capacité de nuisance de ces anciens soldats, et pour qu’ils participent à la production. 

Après la prise du pouvoir en 1949, les personnes condamnées à l’issue d’un procès étaient envoyées au laogai – c’est en 1951 que ce dispositif apparu en 1946 a été généralisé. Il s’agissait alors essentiellement d’anciens fonctionnaires ou de soldats du Guomindang, de propriétaires fonciers, de membres des partis politiques « réactionnaires » (y compris les trotskistes), de religieux, etc…

Le laojiao a été créé en 1957. Il a été surtout utilisé pour enfermer les droitiers qui, répondant pourtant à l’appel de Mao, avaient critiqué le Parti lors de la campagne des Cent fleurs(1) cette année-là. Là, pas besoin de procès : on peut y être envoyé par une simple décision de son unité de travail ou du comité de voisinage. La durée de la peine n’est pas spécifiée, le détenu n’est libéré que lorsqu’il a été « rééduqué », et seules les autorités du camp peuvent en décider. 

Que ce soit au laogai ou au laojiao, les détenus sont soumis à de très durs travaux et à des séances de critique et d’autocritique censées contribuer à leur rééducation.

Après la mise en œuvre du code pénal en 1980, le laojiao a été réformé : la peine maximale a été réduite à trois ans, quatre pour les cas considérés comme graves. Le dispositif a été officiellement aboli en 2013, mais il continue d’exister sous d’autres noms.

### Vous indiquez que la grande majorité des « pensionnaires » de ces deux dispositifs étaient des prisonniers politiques, sans toutefois qu’il s’agisse d'individus ayant ouvertement exprimé une opposition au parti communiste. Pouvez-vous nous éclairer sur ce qui était effectivement reproché à ces individus ?

Pendant le règne de Mao Zedong, notamment pendant les premières années du régime, il suffisait d’appartenir aux « classes ennemies » (propriétaires fonciers, capitalistes) ou d’avoir travaillé pour les régimes précédents, pour risquer d’être envoyé au laogai. On s’y retrouvait pour ce que l’on était, non pas pour ce que l’on avait fait. Et jusqu’en 1976, les « ennemis de classe » constituaient la majorité des détenus. Il n’y a eu que très peu d’opposition organisée pendant ces années et l’on pourrait dire que l’envoi au laogai était une mesure préventive qui permettait d’empêcher l’apparition de forces hostiles au régime. Le cas des droitiers est particulièrement révélateur : c’est Mao Zedong qui a appelé les citoyens à exprimer publiquement leurs désaccords avec le Parti afin que ce dernier puisse se réformer. Lorsque des critiques virulentes se sont exprimées, le mouvement anti-droitier lancé en juillet 1957 a abouti à l’envoi de centaines de milliers de personnes au laojiao, alors qu’elles n’avaient fait que répondre à l’appel du Grand dirigeant ! 

En fait, il suffit d’être considéré comme un « élément douteux », ou comme un « ennemi » par les autorités pour être envoyé en rééducation ou en réforme par le travail.

« Les camps sont la partie émergée de l’iceberg, l’élément punition du couple surveiller et punir », écrivez-vous. La surveillance est-elle alors ce qui soutient massivement ces camps de travail ?

L’essentiel est en effet l’instauration d’un système totalitaire où le Parti détient le monopole sur le champ social et le champ politique (également sur le champ économique pendant le règne de Mao). Pour que ce monopole soit effectif, le PCC a instauré un système de surveillance capillaire : dans les unités de travail, le service du personnel (qui fait partie du comité du Parti) détient un dossier sur chaque employé, dossier dans lequel sont consignées toutes ses actions, ses opinions, ses fréquentations. Par le biais du livret de résidence – le hukou – le Parti contrôle les déplacements et par conséquent, l’emploi de chaque habitant. Le comité de voisinage, également sous la direction du Parti, contrôle les allers et venues des citadins. Quiconque manifeste des désaccords, une forme de déviance, ou simplement déplaît aux cadres, peut être envoyé au laojiao, voire au laogai. Cette menace représente un moyen essentiel de mise en œuvre du conformisme.

D’autres formes de surveillance existent : notamment le « travail sous surveillance des masses » (Guanzhi) dans lequel le déviant est officiellement libre, mais doit demander l’autorisation au cadre de son village ou de son unité, pour toute action. Il est de plus soumis à de pénibles séances de critique qui peuvent s’avérer violentes.

Le laogai est un rouage essentiel du régime, mais il s’appuie sur un système de surveillance exhaustif qui s’est maintenu depuis la prise du pouvoir par le Parti.

Je crois que ce livre montre bien la continuité de l’existence de cet ensemble, quelle que soit la politique mise en œuvre par les dirigeants : pendant le maoïsme, mais aussi au plus fort des réformes, et, bien entendu, avec le grand bond en arrière de Xi Jinping. Ces deux éléments sont des aspects essentiels du régime politique mis en place en 1949.

### Quelle est donc la place de la délation dans ce système ? Est-elle nécessaire si la surveillance par la technologie est omnisciente ?

La délation reste très importante car elle permet de vérifier l’adhésion des citoyens au régime, et d’empêcher l’apparition de solidarités qui pourraient déboucher sur l’organisation de mouvements d’opposition. Elle contribue à l’atomisation de la société, qui constitue un élément essentiel de ce système. La surveillance technologique est naturellement très utile, mais elle ne suffit pas. La délation est considérée comme positive car elle permet de démasquer les « ennemis du socialisme ». De plus, elle tire parti des contradictions inhérentes à toute société. Elle se rencontre notamment dans les universités où, pour monter dans la hiérarchie du Parti, de nombreux étudiants n’hésitent pas à dénoncer les professeurs qui, par exemple, utilisent des textes étrangers dans leurs cours (c’est notamment le cas en science politique). Le Parti ne recule devant aucun moyen de contrôle.

Propos recueillis par Miriam Périer, pour le CERI.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Géopolitique` `#Numérique` 

**Langue :** `#Français` 



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