# La politique de l’abandon progressif des énergies fossiles
**Date de l'événement :** 04/05/2026
* Publié le 04/05/2026

### Date
04/05/2026

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## Chapô
_[This article is also accessible in English.](https://conference.sciencespo.fr/content/2026-05-04/the-politics-of-phasing-out-fossil-fuels_rrOJWqROmg8mlRJzYznN)_ 

**La guerre en Iran et le blocus du détroit d'Ormuz ont mis en lumière la fragilité géopolitique de la dépendance aux combustibles fossiles, accélérant les appels à une transition énergétique mieux coordonnée. Alors que les gouvernements jonglent entre sécurité à court terme et transformation à long terme, le défi central n'est plus de fixer des objectifs, mais d'organiser un basculement maîtrisé hors des énergies fossiles. Dans le contexte de la conférence de Santa Marta en Colombie, Emmanuel Guérin, vice-doyen de la Paris Climate School de Sciences Po, propose une analyse des conditions nécessaires à une telle transition. Comment les gouvernements peuvent-ils aligner efficacement le déclin des combustibles fossiles avec l'essor rapide des systèmes bas-carbone ?**

## Corps du texte
La guerre en Iran et le blocus du détroit d'Ormuz ont déclenché ce qui constitue sans doute le choc énergétique le plus important de l'histoire moderne. [Environ 25 % de la consommation mondiale de pétrole](https://www.iea.org/about/oil-security-and-emergency-response/strait-of-hormuz) — soit quelque 20 millions de barils de brut par jour — transitent normalement par ce point de passage stratégique. Sa perturbation a eu des conséquences immédiates sur les marchés mondiaux, les balances commerciales et l'inflation.  

Les gouvernements ont réagi de [manière multiple et souvent contradictoire](https://www.iea.org/data-and-statistics/data-tools/2026-energy-crisis-policy-response-tracker) : libération coordonnée de réserves stratégiques de pétrole, soutien d'urgence aux prix de l'essence, et — simultanément — efforts renouvelés pour accélérer l'électrification des systèmes énergétiques. Cette réponse est indéniablement désordonnée, reflet des tensions entre les impératifs immédiats de sécurité énergétique et la transformation structurelle de long terme.  

Ce qui apparaît de plus en plus clairement, en revanche, c'est que les combustibles fossiles sont désormais perçus non seulement comme un risque climatique, mais comme une [vulnérabilité stratégique](https://www.theguardian.com/environment/2026/apr/24/global-oil-crisis-changed-fossil-fuel-industry-for-ever-iea-chief-fatih-birol). Leur exposition aux perturbations géopolitiques, à la volatilité des prix et à la concentration des approvisionnements renforce les arguments en faveur d'une accélération de la transition. En ce sens, le choc est susceptible d'accélérer le déclin à long terme des énergies fossiles, même s'il en accroît temporairement l'importance stratégique.  

La question centrale n'est donc pas de savoir si la transition aura lieu, mais comment elle se déroulera : à quelle vitesse, avec quelle équité, et de manière plus ou moins ordonnée.  

Ce sont précisément ces enjeux qui sont au cœur de la [conférence de Santa Marta](https://transitionawayconference.com/) (24–29 avril 2026), qui a réuni 57 pays représentant environ un tiers du PIB mondial, aux côtés d'une large coalition d'acteurs publics, privés et de la société civile. Plutôt que de renégocier de nouveaux objectifs, la conférence s'est concentrée sur une question plus difficile : comment opérationnaliser l'engagement, pris à la COP28 à Dubaï en 2023, de « sortir des combustibles fossiles ».  

### Le rythme de la transition : plus rapide en théorie qu'en pratique  

La vitesse à laquelle les combustibles fossiles doivent être abandonnés est bien établie. Selon le scénario Zéro Émission Nette de l'Agence internationale de l'énergie, l'utilisation du charbon dans le secteur électrique doit diminuer [d'environ 90 % d'ici 2050](https://www.iea.org/reports/coal-in-net-zero-transitions/executive-summary), avec un recul marqué de la production d'électricité à partir de charbon non adossé à des dispositifs de captage de carbone (dit unabated en anglais) dès les années 2020.

Pour le pétrole et le gaz, l'ajustement est tout aussi profond. Dans une trajectoire compatible avec un réchauffement de 1,5 °C, la demande de pétrole diminue [d'environ 75 % d'ici 2050](https://iea.blob.core.windows.net/assets/063ae08a-7114-4b58-a34e-39db2112d0a2/NetZeroby2050-ARoadmapfortheGlobalEnergySector.pdf) et celle [de gaz d'environ 55 %](https://iea.blob.core.windows.net/assets/063ae08a-7114-4b58-a34e-39db2112d0a2/NetZeroby2050-ARoadmapfortheGlobalEnergySector.pdf). Cela implique qu'aucun nouveau projet à long terme n'est nécessaire, et qu'une partie de la production existante devra être arrêtée prématurément.

Du côté de la demande, l'électrification est le principal moteur de cette transformation. La demande mondiale d'électricité croît nettement plus vite que la demande énergétique globale, et en 2025, [la quasi-totalité (99 %) de la croissance de la demande d'électricité](https://ember-energy.org/latest-insights/global-electricity-review-2026/) a été couverte par les énergies renouvelables.

Ces trajectoires sont cependant plus faciles à définir qu'à mettre en œuvre. Comme le souligne l'AIE, la transition sera probablement « volatile et agitée », reflétant des décalages entre la demande en déclin, les cycles d'investissement et les chocs géopolitiques. Pour les économies dépendantes des énergies fossiles, les enjeux sont particulièrement élevés : dans un scénario de neutralité carbone, les revenus pétroliers et gaziers par habitant pourraient chuter de plus de [60 % d'ici 2030](https://www.iea.org/reports/the-oil-and-gas-industry-in-net-zero-transitions). Gérer ce déclin relève donc non seulement d'un défi énergétique, mais aussi macroéconomique et politique.

### La géopolitique d'une double transformation énergétique  

La transition n'est pas une substitution linéaire d'un système par un autre. Elle se comprend mieux comme un « [messy mix](https://www.jstor.org/content/pdf/oa_book_monograph/jj.25968895?refreqid=fastly-default%3A9482ee940de7e8fa8bd6d24d6be4f7a6&ab_segments=&initiator=&acceptTC=1) » (mixte énergétique désordonné), où les systèmes fossiles en déclin et les systèmes bas-carbone en expansion coexistent et interagissent sur une longue période. Cette coexistence engendre une double transformation géopolitique.  

Du côté de l'offre, la géopolitique des combustibles fossiles reste très prégnante. La Russie continue d'utiliser les hydrocarbures comme levier géopolitique. Les producteurs du Golfe conservent la capacité d'influencer les marchés mondiaux. Les États-Unis, malgré leur leadership dans les technologies propres, se comportent de plus en plus comme un État pétrolier, en développant leur production d'hydrocarbures tout en contestant des pans essentiels de la transition vers les énergies propres. Pour de nombreux pays producteurs, dont le Nigeria, le défi est celui d'une adaptation maîtrisée, avec des efforts actifs pour réduire la dépendance fiscale aux revenus pétroliers.  

Du côté de la demande et des technologies, un nouveau paysage géopolitique se dessine. La Chine domine des segments clés des chaînes de valeur des technologies propres, de la fabrication solaire à la production de batteries en passant par le traitement des minéraux critiques. L'Union européenne cherche à y répondre par des cadres réglementaires et des [politiques industrielles](https://single-market-economy.ec.europa.eu/publications/industrial-accelerator-act_en), tandis que les États-Unis adoptent une approche plus protectionniste. L'Inde reste tiraillée entre la nécessité de développer les énergies propres et celle de maintenir un accès abordable aux combustibles fossiles.  

Ces systèmes se superposent. Le contrôle du pétrole et du gaz est de plus en plus complété par la maîtrise des chaînes de valeur, des infrastructures et des normes. L'interdépendance ne disparaît pas ; elle devient plus complexe et plus conflictuelle.

### Gouverner la transition : aligner le déclin et la montée en puissance

Le défi central de gouvernance est donc d'aligner le déclin des systèmes fossiles avec la montée en puissance des systèmes énergétiques bas-carbone. Du côté de la demande, une Alliance mondiale pour l'électrification propre pourrait apporter une réponse structurée aux principaux goulets d'étranglement qui freinent la transition. Une telle alliance viserait à coordonner les investissements et à dérisquer le capital à grande échelle, en s'appuyant sur les efforts multilatéraux et nationaux existants tout en réduisant la fragmentation entre les initiatives. Elle contribuerait également à sécuriser et à diversifier les chaînes d'approvisionnement en technologies et matériaux critiques, tout en promouvant des normes communes et l'interopérabilité entre réseaux électriques, mobilité électrique, systèmes de stockage et cadres de comptabilité carbone.  

Elle soutiendrait en outre l'intégration de systèmes électriques de plus en plus complexes, en particulier dans les pays confrontés à des contraintes structurelles pour déployer réseaux et capacités de stockage. Elle améliorerait également la disponibilité des données, la transparence et la redevabilité en matière de transformation des systèmes. Plus fondamentalement, elle offrirait une plateforme de coordination géopolitique, contribuant à faire évoluer le schéma actuel d'interdépendance instrumentalisée vers une organisation plus maîtrisée et mutuellement bénéfique des chaînes de valeur mondiales.  

Du côté de l'offre, un cadre complémentaire est nécessaire pour gouverner ce qui constitue actuellement un processus de déclin non maîtrisé. Une Alliance mondiale pour le déclin maîtrisé des combustibles fossiles pourrait aider à coordonner la réduction progressive de la production grâce à une plus grande transparence sur les plans d'investissement et de production, ainsi qu'à un dialogue structuré entre producteurs et consommateurs. Son objectif serait de réduire les risques liés à des ajustements de marché désordonnés — tant les flambées que les effondrements de prix —, susceptibles de déstabiliser les économies et les systèmes énergétiques.  

Une telle alliance soutiendrait aussi la diversification économique et la transition fiscale des économies dépendantes des énergies fossiles, aidant les gouvernements à anticiper la baisse des revenus et à développer des sources alternatives de croissance. Garantir une transition juste pour les travailleurs et les territoires serait un volet central, de même que le suivi des risques d'actifs échoués et des expositions financières à l'échelle mondiale. Plus largement, elle fournirait le maillon institutionnel manquant pour aligner la dynamique de l'offre sur le rythme de réduction de la demande, transformant une contraction non coordonnée en un processus plus prévisible et gouvernable.

### Santa Marta : de l'engagement à la mise en œuvre  

La conférence de Santa Marta (24–29 avril 2026), organisée par la Colombie et les Pays-Bas, a marqué une étape importante dans cette évolution. Réunissant 57 pays et un large éventail de parties prenantes, elle n'a pas cherché à renégocier des objectifs, mais à répondre à une question plus opérationnelle : comment mettre en œuvre l'engagement de sortir des combustibles fossiles.  

[Ce qui ressort de Santa Marta](https://static1.squarespace.com/static/68dc91a7e566d74a91e8e22d/t/69f2979327f294060a2cb53d/1777506195819/TAFF+Conference_Co-host+Takeaways_DEF.pdf), c'est une compréhension plus claire de la nature du défi.  

Premièrement, la transition n'est pas avant tout un problème de substitution technologique. C'est un problème de transformation des structures économiques. Les participants ont souligné que la dépendance aux combustibles fossiles est enracinée dans les systèmes fiscaux, les structures de dette et les modèles de développement. La surmonter exige de passer d'un enfermement fiscal vers ce que l'on pourrait appeler une capacité souveraine de transition.  

Deuxièmement, l'alignement entre réduction de la demande et déclin de l'offre demeure un écart central. Si l'électrification et l'efficacité énergétique peuvent réduire la demande, la réduction progressive de la production exige une planification explicite, des signaux politiques crédibles et une coordination entre producteurs et consommateurs. Santa Marta a mis en évidence la nécessité de cadres intégrés reliant les décisions d'extraction aux trajectoires de demande et au déploiement des infrastructures.  

Troisièmement, la transition est fondamentalement territoriale et sociale. Les discussions ont porté sur des instruments concrets — plans de transition régionaux, mécanismes de participation des travailleurs et systèmes énergétiques communautaires —, soulignant que la mise en œuvre se jouera in fine à l'échelle des travailleurs, des régions et des économies locales.  

Quatrièmement, et de façon plus cruciale, la conférence a identifié l'architecture financière internationale comme un goulot d'étranglement central. Les contraintes d'endettement, le coût élevé du capital et les incitations mal alignées limitent la capacité d'action de nombreux pays, en particulier dans le Sud global, où les marges de manœuvre budgétaires sont réduites et l'accès à un financement abordable reste limité.  

Mais le problème ne se limite pas aux économies émergentes et en développement. Dans les économies avancées, les capitaux sont abondants mais souvent mal alloués : les cadres d'investissement restent façonnés par des évaluations de risques à court terme, la fragmentation réglementaire et une incertitude politique persistante, tandis que les actifs fossiles continuent de bénéficier d'avantages financiers et fiscaux bien ancrés.  

Selon le [Fonds monétaire international](https://www.imf.org/en/publications/wp/issues/2025/12/20/underpriced-and-overused-fossil-fuel-subsidies-data-2025-update-572729), les subventions explicites ou fiscales aux combustibles fossiles s'élevaient à 725 milliards de dollars (0,6 % du PIB) en 2024 à l'échelle mondiale. Les subventions implicites, principalement liées à la sous-tarification des coûts environnementaux, atteignaient 6 700 milliards de dollars (5,8 % du PIB). Les systèmes financiers peinent à intégrer correctement les risques liés à la transition et à orienter les capitaux à l'échelle et à la vitesse requises. Les solutions proposées à Santa Marta — notamment les échanges dette contre climat, les fonds souverains de transition, la réforme des banques multilatérales de développement et un meilleur alignement de la réglementation financière sur les objectifs de transition — pointent vers un besoin plus large de réorientation des systèmes financiers : non seulement pour mobiliser davantage de capital, mais pour le diriger de manière plus efficace.  

Enfin, Santa Marta a lancé un processus plutôt que de déboucher sur un résultat négocié. Trois axes de travail — sur les feuilles de route de transition, la transformation macroéconomique et financière, et l'alignement producteurs-consommateurs — structureront la coopération dans les années à venir, avec une deuxième conférence prévue en 2027 à Tuvalu. Cette démarche traduit un glissement vers des formes de gouvernance plus opérationnelles et fondées sur des coalitions, en complément du processus formel de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

### Orchestrer la transition  

La transition hors des combustibles fossiles est souvent présentée comme une histoire d'accélération technologique. En réalité, c'est un double processus : la montée en puissance rapide de nouveaux systèmes énergétiques et le déclin maîtrisé des systèmes existants. Ce que le moment présent révèle — à travers les chocs géopolitiques comme à travers des initiatives telles que Santa Marta — c'est que le défi principal n'est plus de définir le cap de la transition, mais de l'organiser.  

Cela exige d'aligner trois dynamiques trop souvent traitées séparément : la réduction de la demande, le déclin de l'offre et la transformation des systèmes économiques dépendants des énergies fossiles. Cela exige aussi un changement de gouvernance. La négociation universelle reste indispensable pour la légitimité, mais elle est insuffisante pour la mise en œuvre. Ce qui émerge à la place, c'est un paysage plus fragmenté, mais potentiellement plus efficace, de coalitions, d'axes de travail et de plateformes opérationnelles.  

Dans ce contexte, le succès de la transition dépendra moins du rythme du changement technologique que de la capacité des gouvernements à gérer l'interdépendance, à coordonner l'action et à repenser les fondements économiques de leurs systèmes énergétiques.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Environnement` `#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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