# Parents LGBT+ en quête d'égalité, entretien avec Émilie Biland-Curinier
**Date de l'événement :** 11/05/2026
* Publié le 11/05/2026

### Date
12/05/2026

### Image récupérée automatiquement : à garder si les droits le permettent ou à remplacer ici*
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## Chapô
**À l'occasion de la journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie (17 mai), Conférence s'entretient avec Émilie Biland-Curinier, sociologue du droit et de la famille au Centre de sociologie des organisations de Sciences Po. Professeure des universités, elle vient de publier aux Presses de Sciences Po, [_Parents en quête de droits. Minorités de sexualité et de genre d'un continent à l'autre_](https://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100615350) (février 2026). Cet ouvrage s'appuie sur un projet de recherche que l'autrice a mené sur les parentés LGBT+ en France, au Québec et au Chili.**

> _« Il est important que les sciences sociales puissent – par leurs méthodes et outils – enrichir des controverses qui font souvent peu de place aux savoirs empiriques et qui négligent régulièrement le point de vue des personnes concernées. »_
> 
> Émilie Biland-Curinier

## Corps du texte
_**Pour analyser les transformations contemporaines du genre, de la sexualité et de la famille, vous introduisez le concept de « matrice de la parenté ». Pouvez-vous nous le présenter ?**_

**Émilie Biland-Curinier :** Ce concept s’appuie sur les analyses des philosophes M. Foucault et J. Butler. À leur suite, je considère que le genre, c’est-à-dire la dichotomie entre hommes et femmes, est produit par l’exigence de cohérence entre le corps – qui doit être indubitablement mâle ou femelle –, le sexe, dimension essentielle de l’identité juridique des personnes, et les désirs/plaisirs, réduits à l’hétérosexualité.

Intégrant les apports d’anthropologues, telles que G. Rubin, D. Schneider et F. Weber, j’ajoute que les normes relatives à la parenté structurent elles aussi le genre. Quatre d’entre elles sont centrales en Europe et dans les Amériques : la conjugalité (mariage impliquant cohabitation et monogamie) ; la procréation (féconder/accoucher) ; la filiation (entendue comme le lien légal entre parent et enfant) et la parentalité, soit les manières concrètes et quotidiennes d’élever les enfants. En somme, je parle de matrice de la parenté pour signifier que le genre est produit par la place occupée dans la famille.

Réciproquement, je soutiens que l’on ne peut penser ces liens familiaux sans prendre en compte leur caractère genré, sexué et sexualisé. Ainsi, les relations de parenté occupent une place plus importante pour assoir le statut social des femmes que celui des hommes. De surcroît, celles-là sont davantage assignées à la « nature » que ceux-ci, comme en témoigne la centralité de la grossesse et de l’accouchement dans la définition de la maternité.

Les personnes LGBT+, de même que les « parents solo » et les personnes qui ne disposent pas de capacités procréatives, sont marginalisées par ces normes. Mais elles font preuve d’agentivité individuelle et collective pour les transformer. Mon livre analyse quelles conditions permettent à leurs mobilisations d’aboutir ou, à l’inverse, les conduisent à échouer. En fait, les reconfigurations de ces normes ouvrent l’espace des possibles tout en permettant à la matrice de persister.

> ### « On ne peut penser les liens familiaux sans prendre en compte leur caractère genré, sexué et sexualisé. »

En France, il n’est plus nécessaire d’être marié·es pour être reconnu·es comme un couple, mais le couple reste la forme la plus légitime d’intimité entre adultes. D’ailleurs, on peut désormais devenir officiellement une femme après avoir été officiellement un homme, mais toujours pas passer de la catégorie de père à celle de mère (et inversement). Au cours des dernières décennies, la matrice s’est assouplie, mais certains de ses piliers demeurent contraignants.

**_Que change concrètement la reconnaissance juridique des parents LGBT+ dans leur vie quotidienne ?_** 

**_E. B-C. :_**  Le droit n’empêche ni les violences ni l’ignorance ni l’altérisation (c’est-à-dire, selon C. Guillaumin, la naturalisation de la différence) mais il procure des ressources symboliques et matérielles pour les contrer ou du moins les tempérer. Concrètement, être légalement le parent d’un enfant permet de lui transmettre son nom de famille et son patrimoine, d’obtenir des congés et des prestations sociales, d’accéder à un certain régime fiscal, etc. Cela permet également de saisir les tribunaux si des institutions ou des personnes apparentées (à commencer par l’autre parent) nient ses droits. Autrement dit, le « titre » de parent limite les contestations possibles de ce rôle. Ce statut juridique s’éprouve ici et maintenant, à la maison, au travail, dans les services publics ; il facilite aussi des projections plus sereines dans l’avenir, diminuant les risques de disqualification et de mise à l’écart en cas de maladie, de décès ou de séparation.

Toutefois, l’accès à ces droits, récents, incomplets et controversés, prend du temps, car il requiert des démarches dont les parents « majoritaires » sont dispensés. Les (futurs) parents LGBT+ doivent naviguer au sein des institutions administratives, médicales, scolaires, judiciaires et celles-ci peuvent faciliter ou au contraire entraver l’effectivité de leurs droits. Les interactions entre ces parents et ces professionnel·les restent très variables, de même que celles avec leurs proches, voire avec les personnes croisées dans l’espace public. L’homophobie et la transphobie intrafamiliales sont loin d’avoir disparu et la présomption d’hétérosexualité demeure prégnante : deux mères poussant un landau risquent d’être perçues comme des sœurs ou des amies et non comme des amoureuses… 

En fait, si le droit est une manière de rendre intelligibles des identifications et des relations minorisées, cette intelligibilité reste conditionnée à des écarts modérés à la matrice de la parenté. Exprimer ses sentiments homosexuels sans effusion en public, éduquer ses enfants à la binarité de genre, avoir l’air d’une femme quand on est enceinte sont autant d’attentes qui limitent les écarts acceptables.

Autrement dit, les effets de la reconnaissance ne sont ni univoques ni homogènes, et certaines configurations parentales restent marginalisées par le droit. En France, la pleine filiation ne peut être établie qu’envers deux parents, de sorte que les différents adultes des familles pluriparentales sont placées dans des positions inégales vis-à-vis de leurs enfants communs.

> ### « L’homophobie et la transphobie intrafamiliales sont loin d’avoir disparu et la présomption d’hétérosexualité demeure prégnante. »

Par ailleurs, le droit impose d’être désigné comme « père » ou comme « mère » à l’état civil ; les personnes trans, non-binaires ou intersexes qui se reconnaissent plutôt comme « parent » ne peuvent l’être officiellement. Enfin, le genre parental est déduit du rôle procréatif : un homme trans qui accouche est désigné comme mère sur les documents d’état civil. Imposant une contradiction entre le sexe et le genre parental, ces papiers dévoilent la transition et exposent ces parents et leurs enfants à la transphobie.  

_**De quelle façon diffère le droit s’appliquant aux familles homoparentales et transparentales entre le Chili, la France et le Québec ? Que dit-il de l’histoire, de la culture et de l’agenda politique de ces pays ?**_

**E. B-C. :** Par rapport au Québec et surtout au Chili, le système français de protection sociale réduit les inégalités économiques. En effet, il prend davantage en charge les couts de la procréation médicalement assistée (PMA) et des transitions médicales. Mais cette limitation des inégalités économiques est contrecarrée par le temps d’attente et par l’interdiction de nombreux arrangements procréatifs, non seulement la gestation pour autrui (GPA) mais aussi le don de sperme à la maison ou en médecine de ville. Dès lors, beaucoup de personnes qui en ont les moyens se rendent à l’étranger pour réaliser leur projet parental, tandis que d’autres, souvent moins dotées, renoncent à avoir des enfants ou optent pour des arrangements interpersonnels. En l’absence de protection juridique, certains protagonistes de ces arrangements peuvent être lésés. De plus, les procédures pour établir la filiation (adoption intraconjugale, exequatur, reconnaissance conjointe anticipée) sont plus lourdes qu’au Québec et au Chili, conduisant à une sélectivité accrue en termes de capital culturel et de capital social. 

En somme, le droit français se caractérise par la segmentation et la hiérarchisation des parents selon leur sexe, leur parcours procréatif et leur cadre relationnel. Cette segmentation perpétue la minorisation car elle construit les droits LGBT+ comme des exceptions, intrinsèquement différentes du cadre majoritaire. À l’inverse, au Québec et dans une moindre mesure au Chili, ces droits opèrent par élargissement de ce cadre majoritaire : ils sont ainsi plus accessibles et moins contestables. 

Ces différences entre États résultent des interdépendances entre mouvements sociaux, pouvoir judiciaire et pouvoir politique. En France, les droits LGBT+ et les droits reproductifs nourrissent des controverses multiples, que l’on pense à l’articulation entre droits conjugaux et droits parentaux, à la GPA, ou encore à l’accès des couples lesbiens puis des personnes trans à la PMA.

La liaison entre agenda féministe et agenda LGBT+, de même qu’entre droits LGBT+ et droits humains, est moins effective qu’ailleurs et l’expertise conservatrice reste puissante. Les formes visibles ou discrètes de politisation des métiers du droit comptent en la matière. Une pratique engagée et spécialisée sur l’homoparentalité s’est bien développée au sein du barreau français, mais ses protagonistes restent relativement isolés dans le champ juridique.

> ### « Le droit français se caractérise par la segmentation et la hiérarchisation des parents selon leur sexe, leur parcours procréatif et leur cadre relationnel. »

Peu investis dans la protection des droits, les tribunaux ne modifient que timidement les règles de la filiation. Il faut dire que le Parlement est prompt à contrecarrer leurs innovations judiciaires. Le pouvoir judiciaire français est relativement faible par rapport aux pouvoirs législatif et exécutif, si bien que la portée du « contentieux stratégique », entendu comme le recours militant aux tribunaux pour changer le droit, est limitée. 

L’extraversion juridique est un autre marqueur de ces différences nationales : les normes internationales sont plus influentes au Chili qu’en France. L’histoire politique et le développement économique du Chili importent ici, que l’on pense aux personnes exilées durant la dictature de Pinochet (1973-1990) ou aux financements internationaux des organisations non gouvernementales, dont celles qui portent la cause LGBT+, depuis les années 1990.

Côté français, à l’inverse, le droit reste une pièce maîtresse dans la délimitation des frontières nationales. En dépit de la jurisprudence européenne, une partie des politiques et des juristes le voient toujours comme un vecteur légitime de singularité nationale, ce qui justifie des normes restrictives en matière de procréation et de filiation.

**_Du recul de l’avortement aux États-Unis aux luttes autour du mariage gay au sein de l’Union européenne en passant par l’arrivée à la présidence du Chili du leader d’extrême-droite José Antonio Kast, le retour en arrière est-il une fatalité ?_**  

**E. B-C. :** Les États qui reconnaissent des droits aux personnes LGBT+ restent minoritaires à l’échelle mondiale, et les forces politiques qui s’opposent à ces droits s’y font de plus en plus entendre. Ces contre-mobilisations constituent des réseaux transnationaux, parfois liés aux États les plus répressifs.

Les personnes trans, adultes et enfants, sont en première ligne de ce ressac conservateur mais les risques de recul concernent aussi les couples de même sexe, dans plusieurs États républicains des États-Unis comme dans l'Église catholique : le Vatican vient [de rappeler à l’ordre l'Église allemande](https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/07/benediction-des-couples-homosexuels-le-vatican-rappelle-a-l-ordre-l-eglise-catholique-allemande_6686542_3210.html), estimant que les bénédictions de ces couples s’y rapprochent trop du rite du mariage.

Pour autant, les aspirations émancipatrices s’étendent ; elles sont d’ailleurs plus visibles que par le passé, notamment grâce aux réseaux sociaux – qui sont aussi des espaces de violences anti-LGBT. Les collectifs militants ont développé une expertise et des alliances qui leur permettent de peser sur les institutions.

> ### « Les États qui reconnaissent des droits aux personnes LGBT+ restent minoritaires à l’échelle mondiale, et les forces politiques qui s’opposent à ces droits s’y font de plus en plus entendre. »

Par exemple, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui intervenait peu sur ces enjeux jusqu’à récemment, a rendu en quelques mois deux décisions importantes, qui reconnaissent [la validité des mariages contractés dans les États de l’UE](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18670), de même que [les changements de sexe à l’état civil, dans les États qui refusent ces droits](https://www.france24.com/fr/europe/20260314-%C3%A9tat-civil-la-justice-europ%C3%A9enne-tranche-en-faveur-des-personnes-transgenres). Ces temps troublés rendent d’autant plus nécessaires les recherches scientifiques, qui abordent ces enjeux avec rigueur et raison.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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