# La crise sans fin de la droite française
**Date de l'événement :** 18/05/2026
* Publié le 18/05/2026

### Date
18/05/2026

## Chapô
**La droite française aborde la prochaine élection présidentielle dans un contexte de profondes recompositions politiques, marqué par la désignation de Bruno Retailleau comme candidat officiel des Républicains. Dans le prolongement de ses travaux sur les droites françaises, Vincent Martigny, Professeur de science politique à l'Université de Nice Côte d'Azur et à l'Ecole polytechnique, chercheur associé au CEVIPOF, revient sur les difficultés idéologiques, stratégiques et électorales auxquelles ce camp politique est confronté. La droite parviendra-t-elle à dépasser ses divisions pour construire un programme, une candidature et une stratégie cohérente d’ici à l’élection présidentielle ? Et pourra-t-elle résister à la tentation d’une alliance avec l’extrême droite ?**

## Corps du texte
**_Depuis la défaite de François Fillon en 2017, la droite française semble prise dans une crise dont elle n'arrive pas vraiment à sortir, la laissant incapable de gagner des grands scrutins nationaux. Comment saisissez-vous les différentes dimensions de cette crise ? Le mot « crise » vous paraît-il pertinent pour saisir l'état de la droite aujourd'hui ?_**  

**Vincent Martigny** : Le mot de crise est particulièrement pertinent pour définir la situation de la droite aujourd’hui. Cette crise n'a pas commencé avec l'échec de François Fillon à l'élection présidentielle ; elle remonte à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, faute d'un bilan assumé de ce qui avait fonctionné ou dysfonctionné pendant ce quinquennat. Elle a ensuite été entretenue avec la prise de direction des Républicains par Nicolas Sarkozy en 2015.  

Cette crise de la droite, qui dure depuis plus de dix ans, est d'une triple nature.  

Premièrement, c’est une crise idéologique : la droite ne sait plus quelle doit être sa ligne politique. Ce parti, apparu dans les années 2000 comme un bloc relativement unifié sous l'UMP, a éclaté en plusieurs familles partisanes : Renaissance, Horizon, Modem, UDI, LR, Reconquête, et jusqu'au RN pour une minorité. Cet éclatement a moins de conséquences pour les figures médiatiques qui disposent d’une certaine indépendance vis-à-vis des partis, que des élus de second rang, notamment les députés.  

De cet éclatement découlent trois lignes distinctes. D'abord, une ligne libérale progressiste, autour de Renaissance : libérale en économie, modérée sur les valeurs, mais proche de la gauche sur les avancées sociétales (PMA, fin de vie, immigration). Ensuite, un courant libéral identitaire, présent dans une partie de LR et dans les rangs de Reconquête !, partageant avec le RN un rapport dur au régalien (immigration, sécurité, défense des valeurs traditionnelles). Enfin, un bloc libéral conservateur, cœur de LR, mêle libéralisme économique et conservatisme avec une dimension catholique, et se trouve parfois plus à droite que le RN sur des enjeux sociétaux tels que la PMA, la reconnaissance de l'homosexualité ou le droit à mourir dans la dignité. Les figures de MM. Bellamy et Retailleau incarnent ce catholicisme conservateur ancré dans l'ouest de la France.  

Un courant historique majeur s'est effondré dans cette recomposition : le gaullisme social. Dans son enquête sur les [Droites en fusion](https://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100704880) (2012), Florence Haegel montrait que lors du congrès de l'UMP de 2004, la première sensibilité revendiquée par les congressistes était celle de « gaulliste ». Ce gaullisme – mélange de nationalisme, de sens social prononcé, de dépassement du clivage gauche-droite – a disparu de LR, qui s'assume désormais comme un parti de droite, voire très à droite, où la question libérale a supplanté la question sociale. Il ne subsiste plus qu'à travers quelques figures individuelles comme Xavier Bertrand, Aurélien Pradié ou Dominique de Villepin, qui ne sont plus membres de LR, et se trouve sans existence institutionnelle ni base militante réelle.  

Deuxièmement, la droite est confrontée à une véritable crise financière. Pour mener des campagnes et soutenir des candidats, il faut des ressources. LR est passé de 18 millions d'euros de dotations publiques en 2017 à 7-8 millions aujourd'hui, dont 60 % proviennent des financements publics. S'y ajoute un malus de 1,2 million d'euros lié au non-respect de la loi sur la parité. C'est un effondrement qui prive la droite de moyens d'action considérables.  

Troisièmement, la crise la plus visible est évidemment celle du leadership. La droite a toujours été composite, mais elle s'est retrouvée historiquement autour de la figure du chef, artisan de la victoire : de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Chirac. Le dernier fut Nicolas Sarkozy, figure tutélaire de 2002 à 2022, dont l'influence a longtemps été écrasante sur la droite, avant qu'il prenne ouvertement fait et cause pour Emmanuel Macron en 2022, puis dérive dans la période récente vers un adoubement de Jordan Bardella. Cette crise de leadership se manifeste dans la difficulté à trouver un candidat et des procédures de désignation légitimes.  

Après sa victoire à la primaire de la droite en novembre 2016, on a cru que François Fillon occuperait cette place, jusqu'aux affaires de 2017 ; Valérie Pécresse n'a jamais pu s'imposer en 2022, et s’effondre à la présidentielle, avec un score historiquement bas. Depuis lors, une guerre des chefs oppose plusieurs « candidats à la candidature » : Edouard Philippe, Xavier Bertrand, Bruno Retailleau, David Lisnard, voire Gabriel Attal si l’on considère Renaissance comme un parti de droite, tous candidats putatifs à la présidentielle, se battant pour être désignés et pour imposer leur ligne. Car la question de la ligne est indissociable de celle du candidat.  

Cette triple crise, on l’aura compris, ne se réduit pas à LR : elle touche toute la droite française, de Renaissance jusqu’à Reconquête. En revanche le vieux parti héritier du gaullisme est celui qui a subi l’effondrement le plus marqué. LR, lointain héritier du général de Gaulle puis de Chirac, est réduit à un groupe parlementaire de 39 députés, contre 136 en 2017 et 229 en 2012. Cet effondrement ne peut s'expliquer par la seule émergence du macronisme.

**_La désignation récente de Bruno Retailleau comme candidat LR et le refus de la primaire constituent-ils un premier signe de sortie de la crise de leadership ?_**  

**V. M** : Le rejet de la primaire est d'autant plus paradoxal que les partis existent précisément pour désigner des candidats. Pour reprendre la formule de Jean-Luc Mélenchon : « une campagne électorale, c'est un parti, un programme, un candidat ». À droite, c'est l'inverse : plusieurs partis, plusieurs candidats, plusieurs programmes.  

La désignation de M. Retailleau fin avril ne suffira probablement pas à l’installer comme le candidat incontesté de la droite classique. Il a obtenu 75 % des voix lors d'un congrès réunissant 40 000 à 45 000 adhérents, soit une trentaine de milliers de soutiens directs – quand LR revendiquait près de 230 000 adhérents il y a dix ans. Les modes habituels de légitimation sont inopérants ; M. Retailleau lui-même le sait : sa désignation n'est qu'une étape. On est loin de l'adoubement de Nicolas Sarkozy par un vote quasi-unanime de plus de 300 000 adhérents de l'UMP en janvier 2007. Il existe donc une probabilité qu’il ne soit finalement pas le candidat de la droite à la présidentielle, même s'il affiche son souhait d'aller jusqu'au bout. Tout le monde attend ses négociations avec MM. Philippe, Bertrand, Lisnard, ainsi que l’arbitrage des sondages.  

Aujourd'hui, ce qui est intéressant dans le paysage de la droite, c’est la coexistence de deux scènes de légitimation. L'une est institutionnelle : MM. Lisnard, Philippe, Retailleau ou Larcher négocient pour imposer un candidat. L'autre est médiatique : une droite radicale s'exprimant dans les médias de M. Bolloré, dans le Figaro Vox, ou à travers des journalistes/influenceurs politiques comme Alexandre Devecchio, Eugénie Bastié et Pascal Praud. Ces acteurs jouent un rôle central dans l'imposition de thématiques, forçant la dimension institutionnelle à se justifier par rapport à eux. Dans le passé, jamais le Figaro n'avait fixé la ligne du RPR, de l'UDF ou de l'UMP. Cette profusion de nouveaux médias détenus par des milliardaires, à commencer par M. Bolloré, impose une ligne parfois bien plus à droite que LR, voire plus à droite que le RN. À quoi s'ajoutent les réseaux sociaux, nouveaux acteurs contraignant les partis à de nouvelles épreuves de légitimation.  

_**Au vu des crises financière, idéologique et de leadership, pensez-vous que la droite pourra résister longtemps au projet d'union des droites ? Et comment les électeurs de droite modérée perçoivent-ils cette perspective ?**_

**V. M** : Jusqu'à présent, les appareils de droite ont bien résisté à la tentation de l'union des droites avec l'extrême droite. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ont résisté à toute forme d'union, une large part des Républicains ayant rejoint Renaissance, Horizon ou les partis du bloc présidentiel. En dehors de l'aventure ciottiste, la résistance de l'appareil à une fusion avec le RN reste forte. La raison est simple : les cadres de LR ont résisté au macronisme et à l'effondrement de 2022 ; ils ne souhaitent pas devenir les supplétifs de Mme Le Pen, sans aucune possibilité de reprendre le pouvoir à l'intérieur d'une coalition.  

Les grands rapprochements entre candidats LR et RN annoncés avant les municipales ne se sont pas matérialisés. En revanche, dans de nombreuses situations locales, des candidats RN ont compté des élus LR sur leurs listes, un rapprochement limité mais réel.  

Du côté des électeurs, la fluidité entre les partis est bien plus ancienne. Dès 2017, 40 % des électeurs de Fillon ont voté pour Marine Le Pen au second tour, un score déjà considérable. Cette fluidité dépend des scrutins, du sentiment d'urgence et de la volonté de faire barrage à la gauche. La question du front républicain ou de l'infréquentabilité du RN est désormais largement dépassée pour beaucoup d'électeurs de droite modérée. Or, le RN ne peut pas gagner seul : entre ses 42 % de 2022 et les 51 % nécessaires pour l’emporter à la présidentielle, il manque une dizaine de points que seul un apport de la droite modérée peut combler. Ce que fera la droite dans les prochains mois sera donc scruté avec attention.  

Mais un rapprochement dans l'autre sens est aussi nécessaire, du RN vers LR, pour décomplexer les électeurs modérés tentés de franchir le pas. Ce processus dépend du candidat qui se qualifiera au second tour face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen : face à un profil de type Philippe, il serait plus facile pour les électeurs de droite de rester fidèles à leur famille ; face à un candidat de gauche radicale, la tentation d'un basculement vers l'extrême droite serait bien plus forte.  

**_Y a-t-il, selon vous, une spécificité française dans les difficultés actuelles de la droite par rapport aux autres droites en Europe ?_**  

V. M. : La recherche en science politique montre que ce qui arrive à la droite française est arrivé à bien d'autres droites européennes. En Italie, le gouvernement Meloni repose notamment sur une alliance entre Fratelli d'Italia et Forza Italia. En Autriche, le parti conservateur s'est allié avec l'extrême droite pour prendre le pouvoir, comme aux Pays-Bas ou en Suède. Partout en Europe, la montée de l'extrême droite place les partis de droite traditionnels face à un choix cornellien : tenter l'aventure d'une coalition avec l'extrême-droite ou prendre le risque d'être marginalisé ou exclu du pouvoir dans les pays où celle-ci bénéficie d'une dynamique forte. Ce phénomène est analysé depuis une vingtaine d'années. [Les travaux de Hanspeter Kriesi](https://www.cambridge.org/core/books/west-european-politics-in-the-age-of-globalization/BBCBD1781B0D4C3D37CBA3799ABA1551) sur la vague populiste montrent que la mondialisation a introduit un nouveau clivage reposant sur les frontières, la souveraineté, les gagnants et les perdants de la mondialisation, auquel les partis traditionnels de droite comme de gauche peinent à répondre, les poussant à des alliances avec l'extrême droite.  

Mais la spécificité française tient toutefois au système électoral. Notre logique du « winner takes all », du fait de l'élection présidentielle suivie jusqu’à présent d'une majorité législative, diffère des systèmes parlementaires voisins. Dans ce cadre, une droite en coalition avec le RN ne pourrait pas facilement jouer le rôle de modérateur, le pouvoir dans sa globalité risquant de basculer à la force la plus dynamique. Il faut aussi rappeler que la France abrite le plus ancien parti d'extrême droite d'Europe (fondé en 1972) et le plus puissant en nombre d'adhérents. Ces facteurs font peser sur la droite française des menaces bien plus considérables que dans les pays voisins, où les forces d'extrême droite existent mais restent minoritaires et où les partis de droite se maintiennent en meilleur état. Ce qui va se jouer en 2027 n’est pas seulement une question de candidat victorieux, et l’élection aura des conséquences majeures pour la survie de cette famille politique sous sa forme actuelle.

_Pour approfondir la réflexion sur l'avenir de la droite française, nous renvoyons à la présentation du 4 mai des [Lundis du CEVIPOF, disponible en rediffusion](https://www.sciencespo.fr/cevipof/fr/evenements/les-replay-des-lundis-du-cevipof/)._

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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