# Une nouvelle lutte du Sacerdoce et de l’Empire ? Léon XIV face au gouvernement Trump 
**Date de l'événement :** 19/05/2026
* Publié le 19/05/2026

### Date
20/05/2026

## Chapô
Test

## Corps du texte
Les relations entre les États-Unis et le Saint-Siège ont longtemps été paradoxales. D’un côté, l’Amérique moderne, construite sur le rejet de la religion d’État et sur le principe de séparation, a refusé pendant tout le XIXe siècle la moindre relation officielle avec le Saint-Siège, alors doté d’un vaste territoire en Italie centrale. Plusieurs raisons successives expliquaient cette distance : le préjugé hérité des protestantismes anglais sur la nature obscurantiste et sanglante de l’Église catholique ; la fierté d’un régime sans religion officielle, face à l’intrication religieuse des puissances européennes ; la méfiance née des liens catholiques avec la Confédération sudiste pendant la guerre de Sécession ; ou encore les conflits de propriété autour des ordres catholiques à Cuba et aux Philippines après leur passage sous influence américaine.

D’un autre côté, la référence chrétienne n’a jamais cessé d’occuper une place centrale dans la définition morale et internationale de la puissance américaine. La Première Guerre mondiale puis l’après-guerre ont ainsi conduit les gouvernements américains à nouer des coopérations ponctuelles avec le Vatican et les évêques américains : aide humanitaire en Europe puis en Russie soviétique, soutien à la SDN, médiations diplomatiques au Mexique, etc. Sous Roosevelt, des relations informelles mais étroites furent entretenues avec Pie XII pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, la guerre froide et l’alignement idéologique qu’attendaient les Américains des religions du monde libre, empêchèrent la consolidation durable de cette entente, tandis que les relations se distendaient dans les années 1960 et 1970.  

### Une relation historiquement en tension  

L’établissement des relations diplomatiques officielles en 1984, sous Ronald Reagan et Jean-Paul II, aurait pu ouvrir une période privilégiée après la chute du bloc soviétique. Pourtant, cette proximité n’est jamais réellement advenue. La relation fut traversée de tensions croissantes à mesure que les États-Unis s’éloignaient du rôle de garants de l’ordre international qu’ils avaient contribué à bâtir. Alors que Washington devenait une puissance plus interventionniste et unilatérale, le Saint-Siège développait une diplomatie autonome du bien commun universel, sociale, politique, internationale puis environnementale où le maintien de la paix tient une place centrale. Ce décalage demeura relativement masqué sous les présidences démocrates, notamment celle de Joe Biden, catholique pratiquant et héritier de l’internationalisme rooseveltien. Sous Barack Obama, la médiation vaticane dans le rapprochement avec Cuba fut décisive, tandis que l’accord iranien de 2015 reçut le soutien du pape François.  

Les présidences républicaines affichèrent quant à elles une proximité de façade avec Rome — comme lors de la réception mémorable de Benoît XVI à la Maison Blanche en 2008 — alors même que les désaccords demeuraient nombreux : guerre « préventive » en Irak malgré tous les efforts du Saint-Siège, logique de guerre des civilisations, abandon de la pression diplomatique américaine dans le conflit israélo-palestinien ou réticence à renforcer les mécanismes de régulation internationale. Avec le premier mandat de Donald Trump, les différends avec François éclatèrent au grand jour : projet de mur avec le Mexique, séparation des familles de migrants, dérégulation économique ou rejet des politiques environnementales.  

### Donald Trump au point de rupture  

Cependant la confrontation entre Donald Trump et Léon XIV des 12-13 avril 2026 constitue une crise diplomatique des plus singulières. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine, un président américain a attaqué verbalement et publiquement le pape de la plus grande Église chrétienne, lui-même chef d’un État souverain reconnu par 183 pays. Trump a accusé Léon XIV d’être « liberal » et d’avoir des positions « catastrophiques » en politique étrangère. Il faut dire que le pape, avec une cadence de métronome, n’a fait que critiquer sa politique étrangère : son absence d’efforts pour une paix juste et durable en Ukraine, son projet d’annexion territoriale au Groenland, l’enlèvement de Maduro, les frappes aériennes sans sommation sur un territoire souverain et la menace d’anéantissement de la civilisation iranienne.  

Mais la crise dépasse peut-être l’antagonisme sur les positions internationales que D. Trump impose à son pays. Le Saint-Siège se trouve désormais confronté aux prétentions explicitement chrétiennes, revendiquées par le gouvernement américain, dont cette fameuse « consécration » nationale à Dieu, le 17 mai 2026. Et, il y a dans les déclarations du pape, un fond de querelle proprement théologique. Rome considère lesdites prétentions du gouvernement américain, comme un enrégimentement politique ET comme le fruit d’interprétations fondamentalistes. Au cœur du conflit se trouve ainsi la question de la subjugation du christianisme par le politique et celle, encore plus inattendue, de la « subjugation » de la foi chrétienne, par des sarments radicaux qui atteignent le pouvoir.  

### Le complexe du Pontife  

Léon XIV a ainsi multiplié les allusions au danger de « l’idolâtrie du pouvoir » et « du moi », visant implicitement Donald Trump. Il réactive les catégories classiques de la tradition catholique (et avant elle, antique) opposant bon et mauvais gouvernement : l’hybris, l’arbitraire et l’avidité du prince d’un côté, la sagesse, la justice et  la recherche du bien commun de l’autre.  

Mais ce qui suscite aussi sa critique vient peut-être de la manière dont Donald Trump se miroite comme une figure providentielle, investie d’une mission divine. Dans un article du Catéchisme catholique (l’article 675), il est fait allusion « à l’imposture religieuse suprême (…) celle d’un pseudo-messianisme, où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair ». Le spectacle du Président, entouré de pasteurs évangéliques et pentecôtistes qui appellent sur lui la bénédiction du Ciel, et le persuadent complaisamment qu’il est le « Chosen One », inquiète.  La pasteure Paula White-Cain, sa ‘conseillère spirituelle’ et responsable du Bureau de la foi de la Maison Blanche, chargé de la traque des biais anti-chrétiens dans les médias et les milieux culturels, participe de cette glorification. Elle affirme au Président, un vendredi saint, qu’il a souffert comme le Christ et comme lui triomphé des épreuves. Trump a tour à tour été comparé à Cyrus, à Moïse ou au roi David. Instrument de la volonté divine, il est le messager du Ciel, il est le nouveau Sauveur.  

Selon l’historien Matthew Avery Sutton, cette théologie politique déroute les codes classiques de l’exceptionnalisme américain, à la coloration biblique. Elle détourne la religion civile américaine décrite par Robert Bellah. Certes, les présidents américains invoquent traditionnellement Dieu et la Providence pour appeler à l’unité nationale. Mais Trump pousse cette logique jusqu’à la caricature, en se donnant le pouvoir symbolique de « consacrer » l’Amérique à Dieu. Ses mèmes religieux, le représentant en pape puis en figure christique puis en saint homme dans les bras du Christ, ne relèvent donc pas d’une erreur de communication : ils traduisent sa prétention nouvelle de Président Pontifex, directement en concurrence de légitimité avec Léon XIV. Le vice-président J.D. Vance, converti au catholicisme, est même allé jusqu’à demander au pape « d’être prudent quand il parle de théologie ». La remarque est renversante mais révélatrice.  

### Bellicisme  

Léon XIV a également critiqué les propos du Secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui se présente en Grand croisé ou en Chevalier du Ciel dans l’art de la guerre. Ancien présentateur conservateur devenu chef du Pentagone, Hegseth impose des prières publiques aux rassemblements militaires, cite les psaumes (le 144 dit psaume de David) pour justifier l’entrée en guerre contre l’Iran et certifier la victoire. Il présente son Armée comme un instrument de rétribution divine. Il invoque notamment Dieu afin que « chaque balle atteigne sa cible contre les ennemis de la justice ».  

Cette rhétorique a provoqué une réaction indignée du pape, réaction qui est aussi le fruit de son approche théologique. Léon XIV a rappelé la doctrine catholique de la guerre juste, proche des principes du droit international contemporain, afin d’exclure toute bénédiction divine de la violence. Il a multiplié les déclarations condamnant la logique de puissance : « Dieu ne bénit aucun conflit » ; « assez de la démonstration de puissance ! assez de la guerre » ; ou encore la dénonciation de ceux qui « instrumentalisent la religion pour justifier la violence », de ceux qui utilisent « le saint nom de Dieu… dans des discours de mort ».   

Auparavant, en janvier 2026, le pape avait fait un discours devant le corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, contre l’atmosphère de « War first » en train de contaminer les relations internationales. Le nonce apostolique Christophe Pierre avait alors été convoqué au Pentagone. Selon plusieurs sources, les responsables américains auraient dénoncé une ingérence du Saint-Siège.   

### Sionisme chrétien  

La critique pontificale recouvre aussi indirectement– même si le pape n’a jamais cité cette question – un autre volet des théologies défendues par le gouvernement américain qui affecte directement sa politique internationale, à savoir le sionisme chrétien. Cette mouvance, de théologie dispensationaliste, transforme les relations des Etats-Unis avec l’Etat d’Israël en impératif divin. Elle transforme leur aide financière et leur alliance militaire en commandement. Elle fait se confondre l’Etat d’Israël actuel avec un Royaume d’Israël parousiaque et millénaire, tiré de ses lectures littérales de l’Apocalypse, qui doit advenir. Elle converge avec le sionisme religieux et l’ultra-nationalisme qui animent le gouvernement israélien. Du point de vue catholique (Catéchisme, Ière partie, Deuxième section, Chapitre 2, article 7 sur le jugement dernier), mais aussi du point de vue chrétien œcuménique, les affirmations sionistes des dispensationalistes sont des falsifications dangereuses, qui favorisent une lecture irréductible des guerres d’Israël, empêchant le recul critique sur sa politique défensive et sécuritaire et sur le sort collectif des Palestiniens. Il va sans dire que l’Eglise catholique n’a pas plus de complaisance avec les positions ethno-islamistes du Hamas ou du Hezbollah ni avec leur terrorisme sacré.  

Dans les milieux chrétiens orientaux, la mouvance du sionisme chrétien est perçue comme un danger supplémentaire, représentée à Jérusalem par l’ambassadeur des Etats-Unis, Mike Huckabee. Elle diabolise les Palestiniens et demeure indifférente au sort des chrétiens locaux, en Galilée, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est ou au Liban Sud, alors qu’ils sont confrontés aux discriminations, aux violences (expulsions, agressions et profanations) et aux destructions militaires. C’est pourquoi, tous les patriarches et responsables chrétiens de Jérusalem — latin, grec-catholique, orthodoxe, arménien, syriaque, copte, éthiopien, anglican et luthérien — ont publié en janvier 2026 une déclaration commune dénonçant le sionisme chrétien comme une « idéologie nuisible », fondée sur de « faux enseignements » qui « pervertissent le message (apostolique) d’amour, de justice et de réconciliation » et qui contribuent à l’état de guerre.  

### Catholiques philo-papistes  

Tous les enjeux de cette crise trumpo-léonine n’ont pas nécessairement été perçus par les catholiques américains. En revanche, les attaques publiques du président contre le pape et ses selfies christiques 100% IA ont suscité leur réaction très largement négative. En représentant environ 22 % du corps électoral, les catholiques ont un rôle politique pivot aux Etats-Unis. Après avoir longtemps soutenu les démocrates, beaucoup ont glissé vers le conservatisme républicain. En 2020, ils ont voté à 50 % pour Joe Biden contre 49 % pour Trump. En 2024, Trump a obtenu 56 % de leur vote contre 43 % pour Kamala Harris.  

Cependant, ce soutien a reculé, avec les dérives de l’ICE et la querelle du Groenland. Un sondage Shaw & Company Research–Beacon Research réalisé en mars 2026, montrait que la popularité de Trump auprès des catholiques était tombée à 48 %, tandis que 52 % se déclaraient mécontents de son action. Seuls 23 % approuvaient fortement sa politique contre 40 % qui la désapprouvaient tout autant.  

La crise des 12-13 avril entre Trump et le pape a accentué cette défiance. Une enquête Reuters/Ipsos publiée le 21 avril 2026 montre que 60 % des Américains ont approuvé le pape, contre seulement 36 % Donald Trump ; chez les catholiques, ce soutien au pape est monté à 70 %. Une autre enquête Washington Post–ABC News–Ipsos, réalisée fin avril et publiée début mai, indique que 76 % des Américains ont désapprouvé les menaces formulées par Donald Trump contre l’Iran, tandis que 66 % ont soutenu les appels du pape en faveur de la paix, chiffre atteignant à nouveau 70 % chez les catholiques. Plus encore, 90 % des catholiques ont désapprouvé, selon ce sondage, les mèmes christiques du président.  

Ces chiffres traduisent donc la persistance, au sein du catholicisme américain, d’une sensibilité propre, hermétique à la religion nationale-messianique portée par Donald Trump et qui va se distinguant des courants radicaux de la droite chrétienne. Les catholiques se montrent aujourd’hui dubitatifs devant la « sagesse » internationale de leur Président et confiants dans leur pape. Cette évolution réduit leur polarisation interne. Elle pourrait fragiliser les ambitions de J.D. Vance ou de tout candidat républicain, s’il poursuit la même stratégie de confrontation ouverte avec Rome et de refonte chrétienne du politique. C’est pourquoi, les médias américains ont sans doute raison quand ils analysent la visite au Vatican de Marco Rubio, le Secrétaire d’Etat, comme une pénitence de Canossa. Même si le Secrétaire d’Etat est un faucon notoirement interventionniste, qui veut rétablir la domination des Etats-Unis sur l’ordre international, il est notoirement catholique et n’a pas défendu devant le pape la politique de son pays au nom de Dieu. Cela montre que, même si le pape « n’a pas de divisions » et qu’il garantit aussi l’interprétation catholique de la religion chrétienne en même temps qu’il défend la paix mondiale, le malmener dans sa fonction risque juste aujourd’hui de vous aliéner votre opinion nationale et l’opinion internationale.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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