# Politiques climat-santé à l'échelle mondiale : progrès, disparités et recommandations
**Date de l'événement :** 20/05/2026
* Publié le 20/05/2026

### Date
20/05/2026

## Corps du texte
Le changement climatique constitue une menace sans précédent pour l’humanité. Selon le sixième [rapport de synthèse du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat](https://www.ipcc.ch/report/ar6/syr/downloads/report/IPCC_AR6_SYR_LongerReport.pdf), les impacts du changement climatique sur la santé humaine sont déjà bien documentés : augmentation des maladies et des décès liés aux vagues de chaleur, aggravation de l’insécurité alimentaire et hydrique, progression des maladies à transmission vectorielle, et multiplications des phénomènes météorologiques extrêmes. Aujourd’hui, plus de trois milliards de personnes vivent dans des zones classées comme très vulnérables aux effets du climat.

### L'adaptation des systèmes de santé comme nouvel enjeu face au dérèglement climatique

Lors de la 30ème Conférence des Parties (COP30), la communauté internationale a identifié [l’adaptation des systèmes de santé](https://unfccc.int/documents/655037) – c’est-à-dire l’anticipation et la préparation de nos sociétés aux changements inévitables aux changements du climat afin d’en réduire les dommages – comme un objectif prioritaire. La santé doit devenir [un pilier central de toute stratégie nationale](https://apps.who.int/gb/or/f/f_wha77r1-Int.html) d’adaptation au changement climatique, car ce dernier provoque et aggrave directement la mortalité et la morbidité à grande échelle, exerçant ainsi une pression considérable sur les systèmes de santé. L'intégration de la santé permet d'améliorer la préparation aux situations d'urgence, de protéger les populations vulnérables, de lutter contre les maladies liées au climat et de maximiser les avantages connexes provenant d'autres secteurs. Une intégration efficace nécessite la présence d’analyses et objectifs clairs en matière de santé ; l’identification et la prise en charge de groupes touchés de manière disproportionnée par les changements climatiques ; l’inclusion de mécanismes d’implémentation et de suivi pour soutenir des systèmes de santé fonctionnels.  

Un groupe international de chercheurs, comprenant des étudiants de Sciences Po sous la direction du Dr Ilan Cerna-Turoff – maître de conférences en épidémiologie dans le domaine de la médecine d’urgence à la faculté de médecine de l’université Cornell, Weill Cornell Medicine – a mené une analyse mondiale des politiques nationales d’adaptation au changement climatique de 198 pays et de l’Union Européenne. L’étude a examiné le contenu de chacune d’entre elles, afin d’identifier les analyses et mesures sanitaires présentes et futures ; les structures institutionnelles au niveau national ou infranational ; les mécanismes de financement ; les indicateurs de suivi et évaluation. Au cours de nos travaux de recherche, nous avons identifié des lacunes récurrentes dans les politiques d’adaptation nationales au changement climatique, ainsi que des pistes d’amélioration pour l’élaboration des politiques futures.  

Notre analyse révèle qu’à l’échelle mondiale, les politiques nationales d’adaptation au changement climatique intègrent de plus en plus la santé et les systèmes de santé. En dépit de cette évolution notoire, ces mêmes documents manquent fréquemment de mentionner avec précision des risques sanitaires et des pathologies spécifiques. Bien que les maladies à transmission vectorielle, les maladies infectieuses et les maladies non-transmissibles sont mentionnées dans plus de la moitié des politiques nationales d’adaptation au changement climatique, les références qui y sont faites sont souvent générales et floues, sans description précise des risques auxquels la population nationale est confrontée. Par ailleurs, peu de références sont faites à la santé mentale (217 politiques, 42 %), aux droits sexuels et reproductifs (206 politiques, 39%), aux allergies (107 politiques, 20%), aux blessures (178 politiques, 34%) et à la violence (87 politiques, 17%) induites par les changements climatiques.  

### Les multiples effets du dérèglement climatique sur la santé humaine et le bien être

Or, il est essentiel de prendre en compte ces domaines pour appréhender [les effets réels des changements climatiques sur le bien-être des populations](https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S0140-6736%2825%2901919-1). Par exemple, les catastrophes naturelles peuvent gravement affecter la santé mentale des populations touchées, générant anxiété, stress post-traumatique et dépression. De même, la violence – qu’elle soit domestique, communautaire ou liée aux conflits – peut s’intensifier sous l’effet des stress climatiques et des pressions sur les ressources. Par ailleurs, les blessures augmentent lors d’évènements extrêmes (tempêtes, canicules prolongées) ou de dégradations environnementales. Aussi, peu de documents mentionnent l’intersection entre changements climatiques, santé humaine et contextes humanitaires. Pourtant, les migrations dues au climat ou aux conflits de nature humaine (mentionnées dans respectivement 30% et 12% des documents) exacerbent les vulnérabilités sanitaires en fragilisant les systèmes de soins et en augmentant les risques d’exposition aux maladies. [La santé et les droits sexuels et reproductifs sont menacés par l’insécurité alimentaire](https://bmjpublichealth.bmj.com/content/2/2/e001090), la raréfaction de l’eau et les déplacements forcés, qui réduisent l’accès aux soins et augmentent les risques maternels. Enfin, les allergies, quant à elles, [tendent à s’aggraver](https://www.who.int/publications/i/item/B09412) avec la hausse des températures et la prolongation des saisons polliniques.   

Si un nombre conséquent de pays identifient des groupes particulièrement vulnérables face aux impacts des changements climatiques, seule une minorité dispose ou prévoit de mettre en place des mécanismes solides pour associer ces groupes à la prise de décision de politiques sanitaires les concernant. Les enfants, adolescents et jeunes adultes (185 pays, 94%), les femmes (181 pays, 92%), les personnes âgées (163 pays, 83%), les groupes autochtones (101 pays, 51%), les populations déplacées (107 pays, 54%), les populations à faibles revenus (137 pays, 70%) et les personnes handicapées (137 pays, 70%) sont identifiés de manière consistante à l’échelle mondiale comme étant des groupes touchés de manière disproportionnée par les changements climatiques. S’agissant des mesures de santé pensées pour un groupe en particulier, 161 pays (82%) possèdent ou prévoient la mise en place de politiques tenant compte du facteur genre. L’Afrique Subsaharienne est la région la plus engagée dans ces questions de genre, avec 46 pays (96%) planifiant des politiques différenciées entre hommes et femmes pour mieux répondre aux besoins de chacun. À l’échelle mondiale, les stratégies de santé spécifiques à chaque tranche d’âge restent cependant marginales, et seulement 21 pays (11%) en mentionnent. Par ailleurs, à l’échelle mondiale, seuls 24 pays (12%) intègrent au moins l’un de ces groupes à leur processus décisionnaire en matière de santé.

Cela signifie que les populations vulnérables bénéficient d’une faible inclusion au sein des processus de décision visant à définir la manière dont les programmes de santé sont structurés à leur intention. Les problèmes spécifiques de ces populations sont moins bien identifiés, donc moins bien adressés par les politiques de santé publique. Faute de pouvoir faire entendre leur voix et partager leur expérience vécue, [les besoins les plus urgents risquent d'être négligés ou mal compris par les décideurs](https://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA77/A77_R2-en.pdf). En conséquence, les inégalités en matière de santé ont toutes les chances de s'aggraver.  

Nous avons aussi remarqué que si les pays font globalement preuve de cohérence vis-à-vis des différentes politiques en matière de santé, peu de mécanismes sont en fait mis en place pour s’assurer de leur intégration et de leur bon fonctionnement, notamment au niveau local. Les documents analysés sont souvent généralistes, et seule une moitié de pays disposent déjà (100 pays, 51%) et/ou prévoient (113 pays, 57%) d’adopter des systèmes de santé décentralisés. Pourtant, un programme de santé décentralisé permet une meilleure adaptation aux réalités locales et une réponse plus rapide aux besoins spécifiques des populations. Ce système favorise une mise en œuvre plus efficace et une meilleure appropriation par les acteurs de terrain. L’Europe et l’Amérique du Nord, l’Asie Centrale et du Sud, ainsi que l’Asie de l’Est et du Sud-Est sont les régions qui ont le plus tendance à structurer leurs systèmes au niveau infranational. Le taux de plans d’adaptation spécifiques pour les zones urbaines et/ou rurales est également hautement disparate, allant de 56% (9 pays) en Asie de l’Est et du Sud-Est à 6% (2 pays) en Amérique Latine et Caraïbes. La moyenne mondiale est de 32 pays, soit 16%.  

Afin de s'assurer du bon fonctionnement d'une politique nationale d'adaptation au changement climatique, deux autres conditions sont essentielles : d'une part, des mécanismes de suivi et d'évaluation (S&E) capables de mesurer les progrès et d'ajuster le tir en continu et d'autre part, un budget clairement identifié et fléché vers la santé, sans lequel aucune mesure ne peut être durablement mise en œuvre. Or, si deux-tiers des pays (131 pays, 66%) mentionnent des mécanismes de suivi et d'évaluation, seuls six pays (3%) détaillent avec précision le budget alloué aux politiques sanitaires. Aucun pays d'Asie Centrale et du Sud, d'Asie de l'Est et du Sud-Est ou d'Océanie n'a défini de budget consacré à la santé ou de mécanismes de financement dans ses Communications nationales au titre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).  

### Quatre recommandations pour les décideurs politiques

Bien que les politiques nationales d’adaptation au changement climatique fassent de plus en plus référence aux systèmes et concepts de santé, des lacunes subsistent en matière d’intégration de la santé. En s’appuyant sur les conclusions de notre étude, nous formulons quatre recommandations principales à l'intention des décideurs politiques :  

Premièrement, nous avons relevé que la plupart des documents manquaient de spécificité dans leur description de la santé, ainsi qu’une sous-représentation de certaines maladies et de certains domaines de la santé. Nous enjoignons les décideurs politiques à mentionner davantage et de manière plus explicite les maladies et problèmes de santé spécifiques auxquels la population nationale est confrontée. Une intégration réussie des enjeux de santé passe par l’identification précise des pathologies locales et des risques sanitaires prioritaires. Nous avons également constaté que moins de 30% des pays de chaque région définie par les Objectifs de Développement Durable (ODD) disposent d’un Plan National d’Adaptation du Secteur de la Santé (PNASS). Ce faible taux de couverture représente une lacune structurelle majeure, car les PNASS constituent une voie prometteuse permettant aux pays d’élaborer des politiques de santé intégrées et spécifiques, ainsi que de définir une réponse aux lacunes observées au sein des politiques climatiques. Enfin, nous avons pu évaluer que certaines pathologies et domaines de santé demeurent systématiquement sous-représentés dans les politiques nationales d’adaptation au changement climatique. C’est notamment le cas de la santé mentale, des droits sexuels et reproductifs, des blessures, des allergies et de la violence induites par les changements climatiques. Il est essentiel de mieux établir les impacts potentiels du climat sur ces domaines afin de les adresser correctement. Il en va de même pour l'intersection entre les changements climatiques, les crises humanitaires et la santé, une dimension encore trop souvent négligée.

Deuxièmement, si les politiques nationales d'adaptation au changement climatique reconnaissent que les changements climatiques affectent certains groupes (par exemple, femmes, personnes âgées, jeunes) de manière disproportionnée, un travail intensif doit encore être réalisé pour inclure ces populations dans le processus décisionnel. Les récemment adoptés Plan d’action de Belém pour la santé (2026-2034) et le Plan d’action mondial de l’OMS sur le climat (2025-2028) établissent l’importance de la prise en compte et de l’implication de ces populations à chaque niveau d’autorité, afin de mieux adresser les problématiques spécifiques auxquelles elles sont confrontées.

Troisièmement, il existe un déficit majeur dans la définition des structures nécessaire à une planification efficace. L’adaptation aux changements climatiques ne se fera pas uniquement via une réforme des systèmes de santé nationaux. Plutôt, l’adaptation nécessite une approche transdisciplinaire, et une coordination à tous les niveaux (secteurs, acteurs et échelles géographiques). Pour atteindre les objectifs climat-santé, il faut une mobilisation gouvernementale et société globale, car les actions de secteurs comme l’agriculture ou les infrastructures impactent directement la santé humaine. La santé doit être prise en compte à toutes les étapes de la planification, ce qui pourrait être rendu plus aisé avec l’inclusion systématique des décideurs politiques en matière de santé (ministères de l’Environnement, de la Santé et du Climat) dans l’élaboration des politiques nationales d’adaptation au changement climatique. La décentralisation du processus décisionnel permettrait d’identifier plus aisément les acteurs locaux, de favoriser leur adhésion et implications dans les projets liés au climat et à la santé, afin d’adapter ces politiques aux spécificités locales avec différents profils épidémiologiques.

Enfin, pour évaluer les progrès en matière de politiques nationales d’adaptation au changement climatique, il est urgent que les gouvernements développent des cadres de suivi et d’évaluation en collaboration avec des experts, en mesurant notamment les bénéfices indirects pour la santé dans d’autres secteurs. Ces objectifs ne sauraient être atteints sans budget suffisants et sources de financement dédiées, mêlant fonds publics nationaux, aides bilatérales et financements multilatéraux. Si la création d’une coalition de bailleurs à la COP30 avec 300 millions de dollars est prometteuse, une augmentation substantielle des financements reste indispensable, en particulier pour venir en aide aux pays les plus vulnérables.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Environnement` 

**Langue :** `#Français` 



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