# Un voyage à Pékin
**Date de l'événement :** 20/05/2026
* Publié le 20/05/2026

### Date
20/05/2026

## Chapô
**Xi Jinping a reçu Donald Trump et sa délégation avec tous les égards de la grande diplomatie. Alors que la rivalité sino-américaine polarise le nouvel ordre international, cette rencontre était lourde d'enjeux : guerre en Iran, question taïwanaise, équilibres commerciaux, batailles technologiques. Avons-nous assisté à une forme de stabilisation de la compétition entre les deux géants ? Si oui, au bénéfice de qui ? Zaki Laïdi, directeur de recherche à Sciences Po et co-auteur de [_The Hedgers. How The Global South Navigates the Sino-America__n Competition_](https://www.cambridge.org/gb/universitypress/subjects/politics-international-relations/international-relations-and-international-organisations/hedgers-how-global-south-navigates-sino-american-competition), décrypte les ressorts de cette rencontre et met en lumière ce qu'elle révèle en creux : une marginalisation silencieuse de l'Europe.**

## Corps du texte
L’ampleur de la couverture médiatique accordée à la visite de Donald Trump à Pékin confirme, s’il en était besoin, la centralité des rapports sino-américains dans l’ordre international. Les enseignements de ce voyage sont fort nombreux, tant pour ses dits que pour ses non-dits. Nous en privilégierons trois : la dimension interpersonnelle des rapports entre Trump et Xi Jinping ; l’évaluation politique des résultats de cette visite au regard des attentes des deux parties ; enfin, l’analyse des conséquences de cette dynamique pour l’Europe, qui se trouve clairement prise dans la nasse d'une nouvelle bipolarité aux effets peu rassurants pour elle.

La relation Xi Jinping – Trump
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La dimension interpersonnelle des liens entre dirigeants est trop souvent sous-estimée. Soit  parce qu’elle est considérée comme trop psychologisante, soit parce qu’elle est perçue comme secondaire au regard des rapports structurels qui déterminent les relations entre États. Pourtant, en l’espèce, elle est absolument essentielle : d’une part, au regard de la personnalité de Donald Trump, qui paraît à la fois imprévisible et très souvent décalé par rapport à la vision de l’establishment américain sur la Chine ; d’autre part, en raison de la méfiance qui s’installe de plus en plus dans les relations entre les deux pays. Arrivée à Pékin munie de simples téléphones jetables, la délégation américaine n’a pu réembarquer à la fin du séjour dans l’avion présidentiel qu’après s’être dûment débarrassée de tous les cadeaux offerts par la délégation chinoise. Les services de renseignement américains ne souhaitaient apparemment pas que ceux-ci puissent prendre place à bord d’Air Force One.

Dans un tel contexte, les relations interpersonnelles sont importantes, car elles contribuent soit à creuser cette méfiance lorsqu’elles ne sont pas bonnes, soit à la contenir quand elles sont meilleures. Or, sur ce point, on peut, sans paradoxe, considérer que la relation personnelle entre Trump et Xi Jinping exerce un effet stabilisateur sur les rapports sino-américains ce qui peut paraître étonnant au regard de la personnalité de Donald Trump.

Lors de son premier mandat, Trump n’avait pas les faveurs de Pékin. Élu sur un agenda anti-chinois, il prit des mesures tarifaires importantes, mit en place des outils de contrôle des exportations technologiques vers la Chine et restreignit l’accès des infrastructures américaines aux investissements chinois, notamment dans le domaine des télécommunications.

En réalité, Trump, par la force des choses, s’aligna pendant son premier mandat sur une position classique qui faisait de la Chine le premier rival des États-Unis : un rival qu’il fallait, d’une certaine manière, contraindre, et dont il importait de bloquer l’ascension, comme le suggérait la National Security Strategy de 20171. Or, l’une des raisons pour lesquelles il ne parvint pas, à cette époque, à bâtir une relation interpersonnelle forte avec Xi Jinping vint du fait que son entourage était très largement dominé par un establishment républicain classique et anti-chinois, avec lequel il ne s’entendait pas. Pour preuve, la valse des conseillers à la sécurité qu’il connut alors : quatre en quatre ans.

Depuis le début de son second mandat, la position interne de Trump a singulièrement changé. Il est désormais entouré de proches qui lui doivent tout et dont beaucoup sont extérieurs à l’establishment. Le fait que Marco Rubio concentre entre ses mains les postes de secrétaire d’État et de conseiller à la sécurité montre le peu de confiance que Trump accorde à la bureaucratie américaine. Le National Security Council, censé procéder à la coordination de la politique étrangère américaine, s’en trouve marginalisé, au même titre, d’ailleurs, que le département d’État, où, sur 195 postes diplomatiques, 115 sont vacants, et où 90 % des nominations d’ambassadeurs sont faites en dehors du service diplomatique de carrière2.

De fait, Trump a les coudées plus franches pour conduire une politique étrangère personnelle. Face à la Chine, son positionnement est inspiré par trois éléments : une fascination indiscutable pour Xi Jinping en tant que leader incontesté d’un régime fort et d’un pays très puissant ; un respect réel pour ce que la Chine a pu accomplir aussi rapidement ; enfin, la volonté de s’arranger avec elle, tout en jugeant la compétition entre les deux États à la fois naturelle et inévitable.

Cette vision darwinienne de l’ordre mondial, Xi Jinping la partage amplement. Il ne nourrit aucune illusion sur la perspective d’un rapprochement sino-américain. On peut même considérer qu’il ne le souhaite pas, puisque, à terme, son objectif stratégique est de découpler la Chine des États-Unis. Mais, en attendant d’y parvenir, il a besoin que les relations sino-américaines soient stabilisées et encadrées — d’où le recours à la formule de la « stabilité stratégique constructive » qu’il a défendue pendant la visite de Trump et que ce dernier n’a pas véritablement cherché à contester. Xi Jinping reprend, au fond, la ligne stratégique définie par Mao Tsé-toung dans un article célèbre de 1938, où il exposait la stratégie chinoise de la guerre prolongée pour défaire le Japon3. Cette stratégie passe par trois étapes : une première phase défensive ; une deuxième caractérisée par une forme de statu quo entre deux puissances équivalentes ; enfin, une contre-offensive puissante et victorieuse4. Aujourd’hui, la Chine se perçoit clairement dans la phase deux de la stratégie maoïste5. Et tous les commentaires officieux chinois, qu’il faut toujours prendre la peine de lire, s’accordent à voir dans cette visite un gain évident pour la Chine6.

Le grand paradoxe est qu’avec la Chine, Trump est infiniment plus prévisible qu’avec l’Europe, par exemple. D’une part, parce qu’il est extrêmement sensible aux rapports de force ; d’autre part, parce qu’il a pris la mesure des limites du pouvoir de coercition américain sur Pékin. De ce point de vue, plus que la visite à Pékin elle-même, ce sont véritablement les accords commerciaux sino-américains de Busan, d’octobre 2025, qui constituent la marque de la stabilisation compétitive des rapports sino-américains. Celle-ci est rendue possible par le fait que les deux puissances disposent désormais d’une forme de pouvoir de destruction mutuelle assurée : les semi-conducteurs et l’IA pour les États-Unis, les terres rares et les aimants pour la Chine.

Pour Xi Jinping, la visite de Trump à Pékin devait à la fois prolonger l’armistice de Busan et permettre d’obtenir des assurances américaines sur Taïwan. Du côté de Trump, les objectifs étaient beaucoup moins clairs : il voulait, d’abord et avant tout, afficher un succès personnel, obtenir des promesses d’achat de produits américains et mettre en évidence l’excellence de ses rapports avec Xi Jinping. Être bien avec les forts et dur avec les faibles est au cœur de sa psychologie et de sa pratique politique.

L’armistice prolongé
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De fait, Xi Jinping et Trump sont apparemment parvenus à mettre en place un _modus operandi_ qui semble leur convenir et qui devrait pouvoir se maintenir. Quand des désaccords importants surviennent, les deux dirigeants se parlent. Mais la condition émise par les Chinois à ce dialogue interpersonnel est d’éviter d’exposer publiquement ces différends. Or, curieusement, Trump, qui a pour habitude de parler énormément, de ne pas s’embarrasser de conventions diplomatiques et d’insulter parfois ses partenaires dans le Bureau ovale, semble parfaitement acquis à cette forme de discrétion à laquelle l’appelle Xi Jinping7. À la question de savoir si, selon lui, Xi Jinping est un dictateur, Trump a d’ailleurs évité de répondre, alors que son prédécesseur Joe Biden, confronté à la même interrogation, avait clairement répondu par l’affirmative juste après la fin de son entretien avec le dirigeant chinois8.

Pour autant, rien n’est réglé. Il est plus que probable que Xi Jinping attendra de voir la décision que prendra Trump en matière de ventes d’armes à Taïwan avant d’envisager quoi que ce soit.

À cet égard, la très longue interview accordée par Trump à Fox News9 juste après son retour de Chine en dit infiniment plus sur le contenu réel de la visite que les communiqués non conjoints publiés tant par Washington que par Pékin. Trump y concède avoir énormément appris de Xi Jinping sur la question de Taïwan, et notamment sur le lien historique que celle-ci entretient avec la guerre de Corée. Cela suggère, en creux, qu’il ne s’était jusque-là guère intéressé au sujet. Au fond de lui-même, Trump est probablement enclin à penser que Taïwan doit revenir à Pékin. Sinon, il n’aurait pas tenu les propos suivants : « Vous savez, quand on regarde la situation, la Chine est un pays très, très puissant, très grand. C’est une toute petite île. Songez-y : elle est à 59 miles. 59 miles. Nous, nous sommes à 9 500 miles. Cela pose un petit problème. Je vais vous dire : Taïwan ferait bien de se calmer un peu. La Chine ferait bien de se calmer un peu. Ils devraient tous les deux se calmer. »10. Il avait utilisé exactement le même parallèle pour parler de l’Ukraine, en disant : « Vous savez, il y a un océan qui nous sépare, n’est-ce pas ? Un truc qu’on appelle… un océan. Un grand, magnifique océan »11. En déclarant que les livraisons d’armes à Taïwan constituent pour lui un instrument de négociation avec la Chine, Trump croit marquer un point et disposer ainsi d’un levier sur Pékin. Mais ce calcul semble devoir se retourner contre lui, car il revient à admettre que Taïwan représente le dernier moyen de pression dont disposeraient les États-Unis face à la Chine : « L’effet net de ses propos a été de suggérer que ses vues sur l’indépendance de Taïwan étaient plus proches des préférences de Pékin, que Taïwan portait une plus grande responsabilité dans la prévention d’un conflit, et que le soutien sécuritaire américain à Taïwan était négociable avec la Chine »12. De surcroît, Trump voit en Taïwan un concurrent technologique qui aurait volé aux États-Unis leur leadership en matière de production de semi-conducteurs avancés. Il œuvre donc pour que TSMC, leader mondial du secteur, développe massivement ses investissements aux États-Unis. Et quand cet objectif sera atteint, Taïwan perdra à ses yeux toute valeur stratégique.

Pour l’Europe, la bipolarité sino-américaine n’est pas une abstraction
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L’Europe n’a, bien évidemment, aucun intérêt à un conflit sino-américain. Mais une cogestion de l’ordre mondial par les deux superpuissances serait tout aussi inquiétante. Elle aboutirait à un traitement strictement bilatéral et mercantile des rapports entre les États-Unis et la Chine, qui laisserait de côté toute la question des déséquilibres structurels générés par l’économie chinoise. Par le truchement d’accords bilatéraux, les États-Unis ont obtenu une réduction des exportations chinoises d’environ 30 % depuis 2025, alors que, simultanément, les exportations chinoises vers l’Europe ont augmenté dans des proportions équivalentes. Cela n’a rien d’étonnant : à mesure que le marché américain se ferme aux produits chinois, ces derniers se déversent en partie en Europe. Une Europe qui doit par ailleurs faire face à une pression tarifaire américaine  importante. Ses exportations, tant vers les États-Unis que vers la Chine, n’augmentent pas, tandis que ses importations en provenance de Chine s’accroissent. Plus préoccupant encore : l’Europe ne dispose d’aucun cadre multilatéral (G7 ou OMC) pour contraindre Pékin, puisque les États-Unis ne le veulent pas. Elle est donc livrée à elle-même. Sa préférence pour le multilatéralisme tourne à vide face à deux superpuissances bel et bien décidées à traiter leurs problèmes entre elles. À cela s’ajoutent les différences de vues entre Européens sur la mesure du deuxième choc chinois13. Car face à la Chine, les positions des États membres ne sont pas identiques. L’Espagne joue à fond la carte chinoise pour créer de l’emploi, notamment dans le secteur automobile, au risque de permettre aux entreprises chinoises de se servir de ce pays comme d’un tremplin vers le reste du marché européen. Même l’Allemagne a une position ambivalente : elle doit arbitrer entre des petites et moyennes entreprises alarmées par la concurrence chinoise et de grandes entreprises très fortement implantées en Chine, qui souhaitent pouvoir s’y maintenir. Le fait, par ailleurs, que même l’Ukraine ne semble pas avoir été évoquée par les deux parties confirme que les enjeux européens pèsent désormais peu dans la balance sino-américaine. Pour l’Europe, la bipolarité sino-américaine est désormais une réalité.

1.  The White House, National Security Strategy of the United States of America, décembre 2017, [trumpwhitehouse.archives.gov](https://trumpwhitehouse.archives.gov/).
2.  Bloomberg, « Trump Downsizes National Security Council in Latest Staff Cuts », 23 mai 2025 ; NPR, « Trump shrinks National Security Council in major foreign policy shakeup », 23 mai 2025 ; _The Washington Post_, « White House dismisses scores of National Security Council staff », 23 mai 2025.
    
3.  Mao Zedong, _De la guerre prolongée_, discours prononcés du 26 mai au 3 juin 1938 à Yan’an, publié en juillet 1938, dans _Œuvres choisies de Mao Zedong_, tome II. Version anglaise en ligne : [marxists.org](https://www.marxists.org/reference/archive/mao/selected-works/volume-2/mswv2_09.htm).
    
4.  Manoj Kewalramani, « China’s “Protracted War” Narrative on US Trade & Tariff War », _Tracking People’s Daily_ (Substack), 28 avril 2025, [trackingpeoplesdaily.substack.com](https://trackingpeoplesdaily.substack.com/p/chinas-protracted-war-narrative-on).
    
5.  Julian Gewirtz, « Xi Jinping Is Planning for China’s Final Victory Over the U.S. », _The New York Times_ (Opinion), 13 mai 2026.
    
6.  Jacob Mardell, « China’s G2 Dilemma – Chinese analysts on the new strategic stalemate », _Sinification_ (Substack), 17 mai 2026, [sinification.org/p/chinas-g2-dilemma](https://www.sinification.org/p/chinas-g2-dilemma). 
    
7.  Donald Trump, propos rapportés à l’arrivée à Pékin. Voir ABC News, « Trump arrives in Beijing for high-stakes summit with Xi », [abcnews.go.com](https://abcnews.go.com/Politics/trump-arrives-beijing-high-stakes-summit-xi/story?id=132910116).
    
8.   Biden again calls Xi a dictator after critical summit », _The Hill_, 15 novembre 2023, [thehill.com](https://thehill.com/homenews/4312210-biden-again-calls-xi-a-dictator-after-critical-summit/).
9.  Bret Baier, interview de Donald Trump pour _Special Report_, Fox News, enregistrée à Pékin et diffusée le 15 mai 2026. Voir Fox News, « Trump warns Taiwan not to expect blank check for US military backing », 15 mai 2026, [foxnews.com](https://www.foxnews.com/media/trump-warns-taiwan-expect-blank-check-us-military-intense-xi-summit).
    
10.  Propos de Donald Trump dans l’interview précitée, repris par CNN Politics, « Live updates: Trump’s China state visit », [edition.cnn.com](https://edition.cnn.com/politics/live-news/trump-china-visit-xi-meeting-hnk).
     
11.  Donald Trump cité dans _Raw Story_, [rawstory.com](https://www.rawstory.com/trump-2673900271/).
     
12.  Ryan Hass, « Trump’s dangerous Taiwan gamble », Brookings Institution, 16 mai 2026, [brookings.edu](https://www.brookings.edu/articles/trumps-dangerous-taiwan-gamble/).
     
13.  Voir Alicia García-Herrero _et al._, « Europe needs a broader trade-defence toolkit against a mounting China shock », Bruegel, février 2026, [bruegel.org](https://www.bruegel.org/newsletter/europe-needs-broader-trade-defence-toolkit-against-mounting-china-shock) ;

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### Thématique
`#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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