# Le tirage au sort pour lutter contre la défiance
**Date de l'événement :** 22/06/2026
* Publié le 22/06/2026

### Date
22/06/2026

## Chapô
**De la démocratie directe et du scrutin proportionnel aux nouvelles formes de délibération citoyenne, des chercheuses et chercheurs explorent pour [la revue _Conférence_ n°5, La Ve République sous tension](https://www.calameo.com/sciencespo/read/004160454a0c889d28da9), quatre pistes de renouveau démocratique qui reviennent le plus souvent dans le débat public.**

**L’histoire montre que l’usage du tirage au sort, censé ouvrir la sphère politique** **à ceux qui en sont facilement exclus, est le plus souvent neutralisé ou contourné par les élites au pouvoir. Les loteries politiques sont appelées à s’intégrer plus largement aux institutions démocratiques, mais si l’on veut qu’elles permettent de lutter contre la baisse de la confiance dans la démocratie et la polarisation politique, il est nécessaire d’améliorer leur conception.**

## Corps du texte
Comment pouvons-nous renforcer les institutions face au déclin de la confiance dans la démocratie et à la polarisation croissante ? Pour quelles raisons assistons-nous à ce déclin et à cette polarisation ? Étudiées depuis longtemps, ces questions sont devenues encore plus pertinentes aujourd’hui. Certains pensent que la démocratie électorale est tout simplement imparfaite. Aristote soutenait, par exemple, que les élections sont par nature aristocratiques puisqu’elles sélectionnent « les meilleurs » et excluent les autres. Les démocraties contemporaines, devraient recourir au tirage au sort, comme le faisait déjà l’Athènes antique, archétype de la démocratie.

Mais que savent réellement les recherches empiriques de la randomisation en politique ? Le projet que je dirige sur les loteries politiques dans la démocratisation européenne (« Political Lotteries in European Democratisation », POLLOT), financé par une bourse ERC de l’Union européenne, cherche à mieux comprendre les utilisations concrètes des loteries politiques, aussi bien dans les parlements historiques que dans les expériences actuelles, afin de concevoir des tirages au sort capables de répondre aux défis sociétaux contemporains (_NDLR: Les points de vue et opinions exprimés ici n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’ERC Executive Agency (ERCEA), ni l’Union européenne ni l’autorité de financement ne peuvent en être tenues pour responsables_).

L’ouvrage que j’ai coécrit avec Alexandra Cirone, _Political Lotteries and Democracy_, compare les récents appels à recourir au tirage au sort, des plus modestes aux plus ambitieux, à leurs utilisations dans le passé. Si les loteries politiques sont appelées à devenir une institution permanente de la démocratie, il est nécessaire de mieux comprendre leur fonctionnement à long terme et ce, dans des contextes caractérisés par des enjeux importants et par la présence d’élites politiques bien établies. Dans cet ouvrage, nous nous intéressons à la manière dont les tirages au sort ont été utilisés, non seulement dans l’Athènes antique et dans les cités-États de l’Italie médiévale comme Florence, mais aussi, ce qui est moins connu, dans les Parlements français et danois du XIXe siècle.

Historiquement, les loteries ont permis de limiter la mainmise des élites sur le pouvoir et elles ont favorisé l’égalité d’accès au pouvoir ; elles ont été mises en place de différentes manières et ont souvent eu pour but d’améliorer la délibération. Sous la Troisième République française, par exemple, les tirages au sort déterminaient qui pourrait être nommé à la commission du budget, et ainsi acquérir de l’expérience puis gravir les échelons de la carrière politique.

Si les loteries présentent l’avantage de donner accès à la sphère politique à ceux qui en seraient facilement exclus, elles se voient aussi, le plus souvent, démantelées, ou leur usage contourné, lorsque les tensions entre les acteurs politiques s’intensifient et que les partis se consolident. Au sein de l’Assemblée constituante danoise de 1848, les partis émergents ont exercé une influence plus forte sur les votes relatifs au projet de Constitution que les groupes de délibéra- tion formés par tirage au sort. Mais la Constitution danoise — toujours en vigueur aujourd’hui — aurait-elle seulement vu le jour sans ces loteries ? D’ailleurs, et sans rapport avec le tirage au sort, nous avons constaté qu’un amendement ultérieur res- treignant les droits de vote pour la chambre haute (désormais abolie) avait temporaire- ment permis de rétablir les privilèges des élites aristocratiques propriétaires ter- riennes. De la même manière, sous la Troisième République française, après l’abrogation du tirage au sort, les élites ont été favorisées dans la nomination des membres des commissions, comme nous l’expliquons dans notre ouvrage.

Les loteries politiques ont pour effet de créer des réseaux. Une forme de randomisation utilisée dans l’Assemblée constituante française de 1789 a consisté à répartir les législateurs en petits groupes pour délibérer et rompre les allégeances susceptibles d’entraîner de la corruption. Mes travaux m’ont aussi permis de relever que ces réseaux aléatoires avaient joué un rôle dans le sort réservé aux députés pendant la Révolution, qu’il s’agisse de la mort ou de l’émigration, probablement par la fourniture d’informations.

L’exemple français a inspiré d’autres pays européens. Dans le projet POLLOT, nous émettons l’hypothèse que les tirages au sort n’y ont pas toujours donné lieu à des délibérations approfondies ni procuré les avantages généralement supposés, et que leur capacité à le faire dépendait probablement du système de partis en vigueur dans les pays concernés. Un article à paraître, coécrit avec des membres du projet, analyse le cas belge, quand le Parti socialiste a fait pour la première fois son entrée au Parlement, en 1894. Jusqu’alors, les deux partis établis se subdivisaient régulièrement en sections tirées au sort pour examiner les projets de loi. Nous avons pu noter que l’intégration de législateurs socialistes dans les sections n’avait pas influencé les choix ultérieurs lors des votes par appel nominal au Parlement. J’ai établi, par ailleurs dans mes recherches, un lien entre l’existence de ces sections de délibération prélégislatives tirées au sort et le système de représentation proportionnelle qui régit les élections parlementaires en Belgique. Dans ce pays, qui a été le premier à mettre en place un tel système au niveau national en 1899, nous avons pu évaluer un déclin de la rébellion législative après cette adoption. Si nous savons que les pays dotés de la représentation proportionnelle s’engagent dans un processus de développement institutionnel et politique à long terme singulier, nous avançons en outre l’hypothèse que les loteries politiques ont interagi avec l’évolution des partis.

Que nous apprend POLLOT sur les tirages au sort d’aujourd’hui ? Alors qu’il n’existe à ce jour aucun exemple historique de politique publique directement choisie de manière aléatoire, il est probable que les pratiques de loterie politique continueront, comme par le passé, à s’intégrer aux institutions existantes. Des citoyens pourraient être tirés au sort pour siéger au sein de comités consultatifs, pour contrôler ou compléter le travail des législateurs élus, aux côtés de ces derniers ou, plus ambitieusement, au sein d’une véritable deuxième chambre dotée de pleins pouvoirs décisionnels et législatifs.

Ces différentes combinaisons peuvent-elles accroître la capacité du tirage au sort à lutter contre la polarisation ? Comment les acteurs chercheront-ils à orienter le processus ? Dans quelle mesure les citoyens jugeront-ils légitime le recours à ce système ? Selon Jessica De Rongé, membre de l’équipe POLLOT, le fait que les décisions soient prises par consensus ou par une majorité de citoyens, ou encore qu’elles soient tranchées par les législateurs, n’influence pas vraiment la confiance du public français dans les loteries. Néanmoins, si les expériences de loterie politique ne parviennent pas à répondre aux attentes élevées qu’elles suscitent, cette confiance pourrait s’effriter rapidement. Autant de raisons qui invitent à tirer les leçons de l’histoire afin d’améliorer la conception des loteries actuelles.

**Références :**

*   Cirone A., Van Coppenolle B., _Political Lotteries and Democracy_, Cambridge, Cambridge University Press, 2026 ;  
    De Rongé J., « Trust in Mini-Publics », working paper \[à paraître, 2026\] ;
*   « Political Lotteries in European Democratisation (POLLOT) », ERC-2022-STG POLLOT, doi: 10.3030/101077623 ;
*   Van Coppenolle B., Riegger S., De Rongé J., « Political Lotteries and Roll-Call Voting in the Belgian Parliament during Democratization », _Political Science Research and Methods_, \[à paraître, 2026\] ;
*   Van Coppenolle B., Farhat N., « Give Them Votes and Make Mine Count. Proportional Representation and Party Cohesion in Belgium », working paper \[à paraître, 2026\] ;
*   Aaskoven L., Van Coppenolle B., « Privileged Franchise and the Political Representation of Elites. Evidence from Denmark », working paper \[à paraître, 2026\] ;
*   Van Coppenolle B., Vanden Eynde O., « Random Connections and Violence in the French Revolution », working paper \[à paraître, 2026\] ;
*   Van Coppenolle B., Riegger S. De Rongé J., « British and Belgian Party Discipline during Democratization », working paper \[à paraître, 2026\].

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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