# CNCDH
**Date de l'événement :** 24/06/2026
* Publié le 24/06/2026

## Chapô
TEST

## Corps du texte
**_Le rapport 2025 de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, auquel vous avez contribué, montre la stabilité de l'indicateur longitudinal de tolérance. Pouvez-vous rappeler ce qu'il mesure et comment il évolue depuis sa création ?_**  

Nonna Mayer (M. M.) : L'indicateur longitudinal de tolérance a été construit par Vincent Tiberj à partir de 75 questions posées au moins trois fois depuis la création de l'enquête en 1990. Ces questions explorent différentes dimensions du rapport aux minorités ethniques, religieuses et culturelles. L'indice correspond à la moyenne des réponses considérées comme tolérantes. Son intérêt est d'être beaucoup plus robuste que l'analyse d'une ou deux questions isolées.  

L'indice varie de 0 à 100 : il serait à 0 si personne ne donnait jamais la réponse tolérante et à 100 si tout le monde la donnait systématiquement. Sur le temps long, la tendance est à la hausse. Au début des années 1990, l’indice s’établissait à 46. En 2025, il atteint 64, comme l’an dernier. L’acceptation des minorités a clairement progressé dans la société française.  

L'évolution n’est pas pour autant linéaire : il y a des hauts et des bas en fonction du contexte et du cadrage politique et médiatique. L’euphorie suivant la Coupe du monde de 1998 s'accompagne d'une forte progression de l'indice. À l'inverse, il chute après les émeutes de 2005 qui attisent la peur des « banlieues de l’Islam » et des immigrés. Après les attentats de 2015, un recul de la tolérance était à craindre. C’est le contraire qui s'est produit. La réaction publique aux attentats s’est faite sur le registre de la solidarité nationale, pas sur la stigmatisation des musulmans. Dans les années qui suivent, l'indice progresse pour atteindre entre 2019 et 2022 un niveau record autour de 65. Après le 7 octobre 2023 il recule de deux points et depuis 2024 il est reparti à la hausse.  

Cette lente montée de la tolérance repose sur des facteurs structurels : le renouvellement générationnel, l'élévation du niveau d'études, une société française de plus en plus diverse. Chaque nouvelle génération apparaît globalement plus ouverte à l’altérité que la précédente.  

_**Cette progression de la tolérance s'accompagne-t-elle d'une baisse des actes racistes et antisémites ?**_  

M. M. : Non, pas nécessairement. Les opinions et les comportements n'obéissent pas aux mêmes logiques, ils peuvent même évoluer dans des directions opposées. Si globalement les minorités sont mieux acceptées, elles n’en restent pas moins discriminées dans les faits. Une [enquête récente](https://www.licra.org/46-des-francais-confrontes-au-racisme-lalerte) montre que près d’un Français sur deux environ dit avoir déjà été victime d’agression ou de discrimination à caractère raciste, une proportion qui monte à 80% chez les personnes noires, musulmanes ou juives. De même on observe une hausse des faits racistes, antisémites et islamophobes enregistrés au cours des vingt dernières années par les services du ministère de l'Intérieur, soit les actes les plus graves suivis d’un dépôt de plainte. Le cas de l'antisémitisme est particulièrement révélateur du décalage entre opinions et comportements. Après la Seconde Intifada les actes anti-juifs connaissent une hausse sans précédent, mais l’indice d’acceptation de la minorité juive progresse aussi de manière spectaculaire, témoignant plutôt d’un réflexe de sympathie à son égard.

_**Les différents groupes minoritaires ne suscitent pas les mêmes attitudes dans l'opinion publique. Quels sont ceux qui sont aujourd'hui les plus et les moins bien perçus ?**_  

> _« Les représentations associées aux Juifs, aux musulmans, aux Roms ou aux personnes noires ne sont pas identiques »_

Chaque préjugé a une histoire et une logique particulière. Les représentations associées aux Juifs, aux musulmans, aux Roms ou aux personnes noires ne sont pas identiques. C'est pourquoi des indicateurs spécifiques ont été construits pour chacune de ces minorités. Leur évolution dans le temps est identique à celle de l'indice général de tolérance : une progression lente mais continue de l'acceptation des groupes minoritaires. Cette progression n'efface toutefois pas une hiérarchie marquée des préjugés à leur égard. Les Roms demeurent, de loin, le groupe le plus rejeté, en France comme dans la plupart des pays européens. Les stéréotypes négatifs qui leur sont associés sont particulièrement tenaces, certains remontant au Moyen Age, voyant les Roms comme des nomades, des voleurs, des exploiteurs d'enfants, incapables de s'intégrer à la société. Ces représentations continuent de structurer fortement l'opinion.  

À l'autre extrémité de l'échelle, les personnes noires et les Juifs sont les deux groupes les mieux acceptés. Concernant les Juifs, il y a la mémoire des crimes de Vichy et de la Shoah, la prise de conscience des conséquences mortelles de l'antisémitisme, que résume le slogan « plus jamais ça !». Cela ne signifie évidemment pas que l'antisémitisme ait disparu, mais il garde une résonance particulière. Concernant les personnes noires, des préjugés infériorisant hérités de l'époque coloniale n'ont pas disparu, des représentations paternalistes qui les présentent comme des « grands enfants », naïfs, primitifs, mais pas dangereux. Elles ne suscitent pas le même sentiment de menace que les Musulmans, et au-delà les Maghrébins, les Arabes. Ce sont eux qui cristallisent le plus les inquiétudes, associés dans l’imaginaire collectif à l’islamisme radical, au terrorisme, au séparatisme. Un sentiment beaucoup moins présent dans les représentations des personnes noires, alors même que beaucoup viennent de pays musulmans.  

Certaines de nos questions le montrent bien. Lorsque nous soumettons aux personnes interrogées une même situation de discrimination à l'embauche, en faisant varier uniquement l'origine de la personne concernée — noire pour une moitié de l'échantillon, maghrébine pour l'autre — la discrimination visant une personne noire est systématiquement jugée plus grave. Il en va de même pour le refus d’accepter le mariage de son enfant avec une personne noire, jugé plus grave que si celle-ci est d’origine maghrébine.  

_**Votre rapport souligne l'existence d'un découplage croissant entre l'antisémitisme et les autres formes de racisme. Comment expliquez-vous cette évolution ?**_

> _« L'antisémitisme se distingue aujourd'hui davantage des autres formes de racisme »_

M. M. : Longtemps, les préjugés ont formé un ensemble très cohérent. Les personnes les plus antisémites avaient tendance à être aussi les plus hostiles aux immigrés, aux musulmans, aux Roms, aux Noirs et leur profil était assez similaire. Aujourd'hui, ces connexions tendent à s'affaiblir, des configurations plus complexes sont en train d’émerger.  

D'une part, l’antisémitisme progresse dans des catégories de la population qui étaient jusqu’ici parmi les moins racistes, parce qu’elles étaient issues de l'immigration, ou appartenaient à une religion minoritaire comme l’Islam, ou se situaient idéologiquement très à gauche. Par antisémitisme j’entends ici l’adhésion aux stéréotypes multiséculaires associant les Juifs à l'argent, au pouvoir, au communautarisme ou encore à une supposée double allégeance. D’autre part ces préjugés antisémites reculent un peu dans des groupes traditionnellement très hostiles à l'immigration et aux minorités, en particulier à l’extrême droite. Ces évolutions croisées reflètent les transformations récentes du champ politique national et international. Depuis le 7 octobre la question israélo-palestinienne polarise et reconfigure les positionnements partisans. Marine Le Pen dans sa stratégie de normalisation se pose comme la protectrice des Juifs de France contre la menace islamiste, et l’alliée d'Israël. À l'inverse, Jean-Luc Mélenchon fonde sa stratégie de conquête électorale des banlieues sur la défense inconditionnelle de la cause palestinienne avec parfois des formulations à la limite de l’antisémitisme. Ces repositionnements brouillent les repères traditionnels et contribuent à dissocier progressivement l'antisémitisme des autres formes de racisme.

_**L'un des résultats les plus commentés de l'enquête concerne la progression de l'antisémitisme dans une partie de la gauche radicale et son recul relatif à l'extrême droite. Comment interpréter cette évolution ?**_  

M. M. : Il y a toujours eu de l’antisémitisme à gauche, en particulier des préjugés à base économique assimilant les Juifs à la banque et au capitalisme. Historiquement, cependant, l’antisémitisme a été nettement plus porté par l'extrême droite. Quelle que soit la manière de mesurer les orientations politiques dans nos enquêtes— positionnement sur l'échelle gauche-droite ou proximité partisane —, le niveau d’adhésion aux préjugés antisémites dessinait une courbe en J toujours plus haute à l'extrême droite qu’à l’extrême gauche.  Ce n’est plus le cas dans la dernière vague du baromètre de la CNCDH. Pour la première fois la proportion d’antisémites définis au sens large (score égal ou supérieur à 2 sur 5 sur notre échelle d’antisémitisme traditionnel) est la même chez les proches de La France insoumise et au Rassemblement national. 

> _« Une instrumentalisation à front renversé de l’antisémitisme est en train de se jouer, aux deux extrêmes du champ politique »_

Les prises de position tranchées de Jean-Luc Mélenchon sur le conflit israélo palestinien et ses ambigüités sur l’antisémitisme favorisent les amalgames, comme si tous les juifs de France étaient responsables de ce qui se passe à Gaza et unanimes à soutenir la politique israélienne. Une essentialisation qui est au cœur de la mécanique raciste. À l'inverse, Marine le Pen se présente comme la meilleure alliée des Juifs et d’Israel face à la montée de l’antisémitisme et à la menace islamiste, avec le soutien de personnalités influentes de la la communauté juive comme les Klarsfeld, désignant LFI et son leader comme la vraie menace pour les Français juifs.  Elle peut ainsi attirer un électorat en accord avec elle sur les enjeux de l’immigration et de l’Islam mais jusqu’ici réticent à voter pour elle compte tenu de son antisémitisme, y compris une partie de l’électorat juif. Numériquement leur vote ne pèse rien, mais symboliquement si, la preuve que le RN n’est pas un parti antisémite. Une instrumentalisation à front renversé de l’antisémitisme est en train de se jouer, aux deux extrêmes du champ politique.  

Il faut toutefois tempérer ce constat. La proportion de scores élevés (trois ou plus sur l’échelle d’antisémitisme) est plus élevée chez les proches du RN. Et ces derniers sont deux fois plus nombreux que les sympathisants de LFI, puisqu’ils représentent près de 15% de l’échantillon, contre 7% pour les mélenchonistes. Une proportion d’ailleurs en recul de 5 points depuis 2022, peut-être en raison même des dérapages de leur chef de file. Enfin l’effet de la proximité idéologique avec LFI sur le niveau d’antisémitisme disparaît quand on prend en compte les autres variables (âge, genre, diplôme, religion, lieu de résidence).  

**_Les débats publics évoquent souvent l'existence d'un « nouvel antisémitisme ». Vos résultats confirment-ils cette thèse ?_**

Ils la nuancent fortement. L'expression de « nouvelle judéophobie » est popularisée par Pierre-André Taguieff à partir du début des années 2000. Dissimulé derrière la critique d'Israël et du sionisme, ce nouvel antisémitisme serait passé de l'extrême droite à l'extrême gauche du champ politique, il serait florissant dans les banlieues et chez les musulmans.  

> _« Le nouvel antisémitisme n’a pas remplacé l’ancien : les deux coexistent »_

La réalité est plus complexe. D’abord l’antisémitisme se renouvelle en permanence. Les argumentaires à base religieuse, raciale, économique, complotiste, négationniste se sont accumulés au fil des siècles. La création d’Israël et le conflit avec les Palestiniens ont ajouté une nouvelle dimension, celle du juif sioniste et colonisateur, sans faire disparaître les précédentes. Par ailleurs les résultats d’une analyse factorielle reprenant tous nos indicateurs nuancent également la thèse d’un « nouvel antisémitisme » chassant l’ancien. Si l’analyse fait apparaître un premier facteur auquel contribuent tant les préjugés classiques que les positions anti-israéliennes, c’est le « vieil » antisémitisme qui y contribue le plus, de loin.

À la différence des actes antisémites plus que jamais liés au conflit israélo-palestinien, les opinions antisémites restent structurées par des vieux clichés liés au pouvoir, à l’argent, à la suspicion de double allégeance, plus que par la critique d’Israël et de sa politique. Un deuxième facteur s’affirme en revanche qui combine une vigoureuse critique d’Israël et de ses responsabilités dans le conflit, avec un rejet tout aussi net des préjugés antijuifs classiques. Il caractérise une population jeune, urbaine, diplômée du supérieur ou étudiante, proche de LFI. Quant aux Musulmans on les trouve sur les deux facteurs. 

_**Une partie des travaux sur l'antisémitisme insiste sur le rôle des populations musulmanes. Vos enquêtes confirment-elles cette hypothèse ?**_  

M. M. : Depuis une dizaine d’années nos enquêtes montrent effectivement que les Musulmans adhèrent plus que la moyenne aux préjugés antijuifs classiques. Leur note moyenne sur l’échelle d’antisémitisme en 2025 est de 2,02 alors que celle de l’échantillon s’établit à 1,29. Il y a un effet spécifique de l’appartenance qui persiste quelles que soient les autres caractéristiques de la personne – âge, genre, diplôme, lieu de résidence, orientation politique.

> _« Les musulmans les plus pratiquants adhèrent davantage que la moyenne aux stéréotypes antisémites traditionnels. »_

Mais il ne faut pas non plus surinterpréter le lien entre Islam et antisémitisme. Les musulmans sont loin d’être unanimes en la matière. C’est chez les plus pratiquants, et les plus portés à penser que leur religion est « la seule vraie », que les scores d’antisémitisme sont les plus élevés, ainsi que chez ceux proches de LFI.  Et il ne faudrait pas non plus exagérer le poids des musulmans dans la société française, de l’ordre de 7%. Si le niveau d'antisémitisme y est plus élevé, la majorité des personnes exprimant des préjugés antisémites en France aujourd’hui ne sont pas musulmanes.

_**Dernier résultat marquant : la baisse du score de tolérance parmi les sympathisants du centre et de la droite. Comment l'interprétez-vous ?**_

M. M. : Jusqu’ici les sympathisants du RN avaient l’indice de tolérance le plus bas. En 2025 pour la première fois c’est chez les sympathisants des partis du centre et de la droite que l’indice atteint son minimum, 46, soit 4 points en dessous de l’indice des proches du RN et 35 points en dessous de celui des proches des partis de gauche. Précisons qu’il s’agit essentiellement de sympathisants des Républicains, puisqu’on ne trouve quasiment plus de sympathisants centristes (Modem) ou macronistes (Ensemble pour la république, Horizon, Renaissance) dans nos enquêtes depuis 2024. La baisse de la tolérance au sein de l'ensemble « centre-droit » reflète la droitisation des sympathisants de LR, de plus en plus réceptifs aux thématiques du RN, notamment sur les questions migratoires et identitaires, à l’image de leurs dirigeants.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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