# Le faux 2 % : pourquoi la France surestime son effort de défense
**Date de l'événement :** 01/07/2026
* Publié le 01/07/2026

### Date
01/07/2026

## Chapô
**Dans un contexte marqué par le réarmement mondial et l'augmentation des budgets militaires, la question de la mesure réelle de l'effort de défense est devenue un enjeu majeur de transparence des finances publiques. Jean-Pascal Beaufret, ancien inspecteur des Finances, et Alexandre Lourié, enseignant à l’École d’affaires publiques de Sciences Po, soutiennent que la France surestime ses dépenses militaires en intégrant au budget des Armées des charges qui relèvent en réalité du financement des retraites, avec des conséquences comparables pour le budget de l'Éducation nationale. Les dépenses de défense françaises atteignent-elles réellement les objectifs affichés par les pouvoirs publics, ou reposent-elles sur une présentation comptable trompeuse ?**

## Corps du texte
Devant l’embrasement du monde, l’effort de guerre fait consensus. A l’échelle internationale, les dépenses militaires ont atteint 2 887 milliards de dollars en 2025, après une décennie de hausse continue. La charge militaire mondiale se porte désormais à 2,5 % du PIB, elle représente 350 dollars par habitant de la planète. Ce rattrapage a été particulièrement élevé en Europe, où 22 pays dépassent désormais l'objectif de 2 % du PIB. La France en fait théoriquement partie ; en réalité elle est largement en-dessous comme nous allons le démontrer ici.  

À l’échelle nationale, rappelons que ce consensus vers une hausse des budgets militaires s’observe également. Le 10 décembre 2025, l'Assemblée nationale a massivement approuvé la déclaration du gouvernement en faveur d'une hausse des crédits des armées (411 voix pour, 88 contre) lors d'un vote symbolique sur « la stratégie de défense nationale, les moyens supplémentaires et les efforts industriels à engager ». La France viserait des dépenses militaires à 2,3 % du PIB en 2027 et 2,5 % en 2030.

### Un chiffrage trompeur des dépenses militaires

Ce chiffrage de l’effort de guerre français est pourtant inexact et gonflé. Nous nous félicitons d’avoir dépassé l’objectif de l’OTAN de 2 % du PIB ; nous sommes en réalité à 1,7 %.

En cause, le tour de passe-passe de la comptabilité publique du système de retraite. Pour s’en apercevoir, il suffit de regarder la fiche de paie d’un soldat. On y trouve en effet 137% de cotisations, calculées sur ses traitements. Parmi elles, on peut distinguer l’équivalent du taux de cotisation de droit commun de 28%, ce qu’un employeur devrait payer normalement. Accessoirement, ce taux est déjà parmi les plus élevés des pays comparables. Restent donc 109% de « sur-cotisations », qui sont imputées au budget des Armées pour équilibrer le déficit de l’ensemble du système des retraites.   
  
Ce taux n’est pas le fruit d’un choix budgétaire transparent, il est calculé de matière automatique pour subventionner le trou des retraites. En l’espèce, ces surcotisations servent à couvrir les avantages en particulier familiaux des ex-militaires et le coût de l’ouverture précoce des droits à la retraite. Par conséquent, la démographie des retraites des militaires (547 000 pensions de droit direct et de reversion payées contre 321 000 cotisants actifs) est très déséquilibrée. Ces droits, que la Nation estime devoir à ses anciens soldats, ne relèvent pas des crédits des missions militaires mais d’une subvention séparée, dans la mission « retraites » du budget de l’Etat, comme par exemple pour les autres régimes spéciaux tels que ceux de la SNCF ou de la RATP.  
Si ces surcotisations étaient de véritables crédits militaires, la France pourrait s’offrir un porte-avion France Libre chaque année, ou encore augmenter de 50% le nombre de ses soldats.   
  
En effet, si l’effort de défense apprécié sur le total des crédits du ministère a été présenté comme atteignant 2,1% du PIB 2025, il n’était opérationnel qu’à hauteur de 1,7%. Pour le dire autrement, le déficit d’ensemble des retraites (-78 milliards d’euros en 2024) par rapport à une charge salariale normale coûte plus de 8 Md€ par an au Ministère des Armées. Au moins, soyons sincères et montrons-le, en finançant à part le déficit des retraites par une subvention bien identifiée au titre des militaires, sans l’inclure de manière trompeuse dans l’effort de défense.

### Une présentation trompeuse qui concerne également l'éducation

Notre débat sur les retraites a duré 9 ans depuis 2017, dans la rue comme dans les hémicycles, mais il n’a fourni aucun résultat parce qu’il se fondait sur des données trompeuses. Aux côtés de la Défense, la principale victime de cette présentation opaque des comptes publiques est l’éducation nationale. Avec 65% de surcotisations, le salaire net des enseignants se retrouve mécaniquement plafonné, quand bien même le budget du ministère augmenterait. Ces surcotisations déjà trompeuses n’étaient que de 22% il y a 20 ans. La hausse des crédits ne se retrouve pas dans les salaires, elle part subventionner le déficit des retraites. En conséquence, nous peinons à recruter nos enseignants. Si l’on soustrait ce passe-passe budgétaire, l’enseignement en France passe de 5 % du PIB à seulement 4 %, basculant largement en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (4,9%).   
  
C'est d’autant plus déplorable que le salaire de nos enseignants n’a cessé de dégringoler. Il a été divisé par 2 depuis 1980. A l’époque, ils gagnaient 2,1x le salaire minimum en début de carrière et 4,1x le salaire minimum en fin de carrière ; aujourd’hui, ils ne gagnent plus que 1,1 SMIC en début de carrière et 1,9 SMIC en fin de carrière.

En matière d’éducation comme de défense, notre déni de réalité pénalise les générations futures. En 1970, la France comptait 4 actifs pour 1 retraité, dont la retraite durait 15 ans. Aujourd’hui, notre système repose sur 1,7 actif pour 1 retraité, dont la retraite dure 23 ans. Face à ces faits, et afin d’éviter de réformer les retraites comme d’autres pays l’ont fait, notre déni s’est organisé grâce à des tours de passe-passe dans les comptes publics.   

### Assumer les véritables coûts de notre sécurité et de notre éducation

À l’heure où les conflits se multiplient, l’enjeu est désormais le coût de notre sécurité et notre autonomie stratégique. Après tant d’années d’illusions entretenues, il faut au moins souhaiter, dès le prochain budget pour 2027, que la vérité soit rétablie sur la réalité des subventions aux retraites et de l’effort de défense, comme l’ont décidé David Amiel, Ministre de l’Action et des Comptes publics, et l’ancienne Ministre Amélie de Montchalin, aujourd’hui première présidente de la cour des comptes.  
  
Cette vérité ne doit pas accoucher d’une demi-mesure, comme parfois suggéré, en justifiant un taux de cotisation gonflé à 40% ou 50%. Il convient de l’aligner sur le taux du régime général de 28 %, qui est déjà très élevé en comparaison avec la moyenne de 19 % dans les pays de l’OCDE. Les fonctionnaires auraient du mal à comprendre pourquoi, à retraites similaires au privé, et alors qu’elles sont susceptibles de stagner voire réduire à l’avenir, on leur demanderait des efforts de cotisation supérieurs. Cet arbitrage représente un test concret pour juger de la volonté de transparence affichée par le gouvernement.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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