# La question institutionnelle dans la recomposition des droites françaises
**Date de l'événement :** 23/07/2026
* Publié le 23/07/2026

### Date
23/07/2026

## Chapô
**Les convergences et les divergences qui se font jour entre les différentes composantes de la droite sur les questions institutionnelles redessinent le paysage politique. Alors qu’une partie de la droite traditionnelle est en passe de reprendre à son compte le socle doctrinal de l’extrême droite et sa critique du libéralisme politique, les autres formations se consacrent essentiellement à la défense de leurs positions acquises et n’ont toujours pas choisi de réinvestir ou non le terrain des idées à un an de l’échéance présidentielle. Une analyse de Florence Haegel, professeure de science politique rattachée au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po, pour [la revue _Conférence_ n°5, La Ve République sous tension (juin 2026).](https://www.calameo.com/sciencespo/read/004160454a0c889d28da9)**

## Corps du texte
La question institutionnelle a longtemps divisé les droites françaises. Leurs querelles à propos du régime (monarchique ou républicain) ou de la filiation dynastique ont d’ailleurs fourni ses titres de noblesse à la fameuse tripartition de René Rémond, qui distinguait trois traditions de droite, légitimiste, orléaniste et bonapartiste. Avec l’avènement de la Ve République, les divisions institutionnelles ne se sont pas dissipées. Alors que la droite gaulliste s’identifiait au nouveau régime, les courants libéral, démocrate-chrétien et ceux qui optaient pour des étiquettes plus vagues de modéré, d’indépendant ou de centriste s’y sont progressivement ralliés, faisant toutefois entendre leurs réserves à l’égard de la composante centralisatrice et plébiscitaire du régime. Pour eux, la souveraineté populaire devait s’exercer au Parlement plutôt que par le canal du référendum.

Les temps ont changé. La Ve République s’est infléchie au gré de révisions constitutionnelles et de combinatoires institutionnelles. L’espace élargi des droites (incluant la droite dite radicale et populiste), ordonné sur un axe allant de l’extrême droite au centre droit, a été bouleversé. La poussée continue de l’extrême droite a imposé cette composante politique à l’échelle nationale ; l’apparition de la mouvance macroniste, en 2017, a déstabilisé les partis de droite et de centre droit, qui, durant une quinzaine d’années, avaient pourtant réussi à fusionner au sein de l’Union pour un mouvement populaire (UMP).

Pour saisir ces transformations, deux remarques s’imposent. Premièrement, en matière institutionnelle, les positions des partis politiques et de leurs dirigeants relèvent d’un registre particulier puisque ceux qui ont le pouvoir de concevoir et de mettre en œuvre les réformes sont également ceux qui en subiront les conséquences les plus directes. En effet, ces réformes définissent à la fois le terrain et les règles du jeu politique. Plus que toute autre, elles sont soumises à des logiques de situation et d’intérêt. Par exemple, il est établi que les préférences institutionnelles d’un parti (et d’ailleurs de ses électeurs aussi) se modifient selon qu’il se trouve dans l’opposition ou au gouvernement et que la défense de ses intérêts à court terme constitue ou non sa principale boussole. Toutefois, la logique doctrinale n’est pas totalement absente des positionnements dans le domaine institutionnel. En toile de fond peuvent s’affronter des doctrines et des visions de la démocratie. On peut même émettre l’hypothèse que la dimension doctrinale en la matière est d’autant plus saillante que les partis sont de nouveaux entrants, qu’ils ne sont pas fortement enracinés dans le jeu politique et donc qu’ils ont de moins de positions institutionnelles à défendre. En appliquant cette hypothèse au cas des droites françaises, on peut s’attendre à ce que les partis d’extrême droite, détenteurs de peu de positions institutionnelles – même si le Rassemblement national (RN) dispose du premier groupe à l’Assemblée nationale –, promeuvent une doctrine constitutionnelle plus cohérente que ceux de la droite et du centre droit, qui ont davantage d’intérêts institutionnels à préserver.

Deuxièmement, quand on s’intéresse aujourd’hui à l’espace droitier, la grande interrogation est celle de la reprise (ou non), par une partie de la droite, des propositions portées par l’extrême droite. Cette question a surtout été traitée à propos de l’immigration, thème de prédilection de l’extrême droite, au sujet duquel l’existence de mouvements de récupération thématique et sémantique (à droite principalement, mais parfois à gauche aussi) a été montrée. En revanche, peu de travaux ont cherché à évaluer ces mouvements sur les questions institutionnelles.

Dès lors, on peut tirer deux fils rouges pour analyser le positionnement des droites en matière institutionnelle. Le premier interroge les logiques explicatives : ce positionnement relève-t-il d’une logique doctrinale ou d’une logique instrumentale et situationnelle ? Le second s’intéresse aux mouvements en cours : assiste-t-on à des dynamiques de convergence ou de divergence, voire à des effets de brouillage, et sur quelles thématiques ?

Logique doctrinale et dynamique de convergence
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À travers le monde, les partis de la droite radicale populiste disposent d’un projet constitutionnel commun, fondé sur une critique du libéralisme politique et, selon Paul Blokker, structuré autour de quatre éléments : la souveraineté populaire comme principe intangible, la règle majoritaire comme mode de gouvernement, l’instrumentalisme comme approche des enjeux institutionnels, le ressentiment juridique comme moteur affectif.

Un examen des positions institutionnelles du RN et de Reconquête ! atteste leur conformité à ce modèle. Ces deux partis accordent au référendum un rôle quasi exclusif dans l’expression de la volonté nationale. Leur objectif est alors, logiquement, de contourner le Parlement en cas de révision constitutionnelle (remise en cause de l’article 89 de la Constitution), d’élargir le champ du référendum (réforme de l’article 11), en particulier pour pouvoir en organiser sur les questions d’immigration, et de mettre en place des consultations d’initiatives populaires – proposition présente dans les programmes du Front national (FN) depuis les années 1970 et désormais affichée dans la plupart des programmes présidentiels. Le RN et Reconquête ! proposent aussi de renverser la hiérarchie des normes en redonnant la primauté au droit national et ils accordent une priorité à la lutte contre la juridictionnalisation de la Ve République (ce qu’ils dénoncent comme « le gouvernement des juges ») en limitant, en particulier, les prérogatives du Conseil constitutionnel. La conformité de l’extrême droite française au projet constitutionnel de la droite radicale populiste internationale ne surprend pas et atteste l’existence d’un socle d’idées questionnant l’État de droit, au nom de la souveraineté populaire incarnée dans un « extrémisme majoritaire ».

Que le président du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, s’inscrive dans ce sillage en reprenant les mêmes critiques portées à l’État de droit et au contre-pouvoir judiciaire devrait étonner davantage. D’abord parce que la juridictionnalisation de la Ve République a été largement initiée par des dirigeants de droite. Les deux réformes décisives dans ce domaine – l’élargissement aux députés et aux sénateurs de la saisine du Conseil constitutionnel, en 1974, et l’introduction de la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), en 2008 – ont respectivement été adoptées sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et de Nicolas Sarkozy. Dans le cadre des primaires de 2016, Nicolas Sarkozy a déjà lancé la campagne contre l’État de droit en déclarant que « l’État de droit n’a rien avoir avec les Tables de la loi de Moïse, gravées sur le mont Sinaï » (_Valeurs actuelles_, 11 août 2016).

En déclarant vouloir « réconcilier l’État de droit et la souveraineté populaire » (dans le _Figaro_, le 11 mars 2026), en empruntant le néologisme « d’impossibilisme » (dans _Le Journal du dimanche_, 8 février 2025) à Jarosław Kaczyński, leader du parti de la droite radicale et populiste polonaise, pour dénoncer l’impuissance de l’action gouvernementale bridée par les juges constitutionnels et supranationaux, en exprimant un ressentiment à leur égard et en justifiant, de manière instrumentale, la révision constitutionnelle afin de faire passer des lois sur l’immigration, Bruno Retailleau s’inspire des éléments structurants du projet constitutionnel populiste, pour reprendre l’analyse de Paul Blokker.

Logique situationnelle et tendance au brouillage
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La reprise par LR, ou plus précisément par une partie de LR, des principaux éléments de la doctrine constitutionnelle de l’extrême droite constitue un point essentiel de la recomposition en cours. Mais qu’en est-il du reste de la droite et du centre droit ? Le rappel, par Emmanuel Macron, de l’attention que l’on doit porter à l’État de droit et aux contre-pouvoirs (dans [_Le Forum Radio J_](https://www.youtube.com/watch?v=MVgKjJBCc-U), 15 février 2026) esquisse une direction mais, pour le moment, et en attente des programmes présidentiels de 2027, une contre-doctrine n’a pas émergé de leurs rangs. Il est vrai que la dimension doctrinale a eu tendance à s’effacer au sein de ces partis de la droite dite gouvernementale, animés principalement par l’objectif de protection de leurs positions institutionnelles.

Cette logique situationnelle a d’ailleurs engendré une forme de brouillage que l’on saisit bien lorsque l’on considère les chassés-croisés en matière de décentralisation. Sous une large partie de la Ve République, la principale ligne de fracture au sein des droites a opposé les post-gaullistes, qualifiés de jacobins parce qu’ils étaient attachés à la centralisation de l’État, aux libéraux ou aux centristes, désignés comme girondins à cause de l’importance qu’ils accordaient aux collectivités locales et à leurs notables dans l’organisation du pouvoir. De fait, l’Acte II de la décentralisation fut engagé, en mars 2003, par un Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, issu des rangs de cette droite dite libérale et girondine.

> **_L’ACTE II DE LA DÉCENTRALISATION_**
> 
> _Il correspond à une série de réformes qui ont élargi les compétences des collectivités locales, complétant les textes adoptés en 1982-1983, alors désignés comme l’Acte I de la décentralisation._

Or, appliquer cette distinction pour tenter de cartographier l’espace de la droite n’est plus opératoire aujourd’hui. Le brouillage tient d’abord à l’émergence d’un mouvement macroniste qui, s’il émarge, pour une large part, à la droite libérale sur ses aspects économiques ou culturels, n’en reprend pas vraiment l’identité girondine. De ce point de vue, le lancement par Édouard Philippe, Premier ministre en 2018, d’un « pacte girondin » a pu être analysé comme un simple « habillage astucieux », selon les termes d’Eléanor Breton et de Patrick Le Lidec, pour faire accepter un durcissement des contraintes budgétaires sur les collectivités locales, en échange de quelques libertés institutionnelles. Le macronisme originel a dédaigné l’échelon local et élaboré une pratique du pouvoir très centralisée et personnalisée. Le parti Horizons, derrière son chef de file, Édouard Philippe, a donc investi ce créneau laissé libre en rassemblant de nombreux élus locaux, et revendique d’ailleurs sur son site la défense de la décentralisation.

La promotion, par Valérie Pécresse, candidate malheureuse de LR à l’élection présidentielle de 2022, d’un projet de décentralisation particulièrement ambitieux (« La République des territoires ») signale également une conversion des dirigeants post-gaullistes à la défense des intérêts locaux. Évidemment, cette mue s’explique principalement par le succès durable avec lequel ces dirigeants sont parvenus à s’implanter localement – les élections municipales de mars 2026 en constituent une nouvelle preuve. S’ils défendent aujourd’hui la France des territoires et le Sénat qui l’incarne, c’est surtout parce qu’ils y sont en situation dominante. Gérard Larcher, président LR du Sénat, personnifie avec constance cette ligne qui l’a conduit à dénoncer à plusieurs reprises, sous la présidence d’Emmanuel Macron, les atteintes au bicamérisme.

Les questions institutionnelles apparaissent donc comme un bon analyseur des recompositions des droites françaises. Logiques doctrinale et situationnelle s’imbriquent et dessinent un paysage en mouvement. L’extrême droite s’adosse à une doctrine constitutionnelle qu’elle a en commun avec l’ensemble de la droite radicale populiste. Pour le moment, l’effort de normalisation du RN et les effets de son intégration dans le système institutionnel, au Parlement et dans les mairies, n’ont pas infléchi ce socle doctrinal. Plus encore, une partie de LR est en passe de le reprendre à son compte. Quant au reste de la droite, après s’être largement dessaisie de cette dimension doctrinale au profit d’une approche situationnelle de défense de leurs positions acquises, elle devra, lors de la campagne présidentielle de 2027, choisir de la réinvestir ou pas.

**Références :**

*   Blokker P., « Populism as Constitutional Project », _International Journal of Constitutional Law_, 17 (2), 2019, p. 536-553 ;
*   Breton E., Le Lidec P., « La politique territoriale d’Emmanuel Macron. Recentralisation budgétaire et accom- modement territorial », dans B. Dolez et al., _L’Entreprise Macron_ _à l’épreuve du pouvoir_, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2022 ;
*   Haegel F., _Les Droites en fusion_, Paris, Presses de Sciences Po, 2012 ;
*   Parodi J.-L., « Éléments constitutifs et combinatoires institutionnelles », _Revue française de science politique_, 34 (4-5), 1984, p. 628-647 ;
*   Rémond R., _Les Droites en France_, Paris, Aubier, 1982 \[1954\] ;
*   Tsebelis G., _Nested Games. Rational Choices in Comparative Perspective_, Berkeley, University of California Press, 1990 ;
*   Urbinati N., « [Populism and the Principle of Majority](https://urls.fr/%20UCHMAr) », dans R. Kaltwasser (dir.), _The Oxford Handbook of Populism_, Oxford, Oxford University Press, 2017.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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