# La ruée vers l'eau : comment préserver les milieux aquatiques ? 
**Date de l'événement :** 31/07/2026
* Publié le 31/07/2026

### Date
31/07/2026

## Chapô
**Baignade, canoë, tourisme fluvial, loisirs d'hiver : une large part des activités récréatives repose sur l'eau, une ressource longtemps supposée stable, prévisible et abondante. Or canicules, étiages précoces, dégradation de la qualité sanitaire et crues brutales fragilisent ce modèle, au point que le pic de fréquentation coïncide désormais avec le moment où la ressource est la plus rare. Matthieu Lévy, ancien étudiant de Sciences Po, expert des stratégies d'adaptation des territoires touristiques chez In Extenso Tourisme, Culture et Hôtellerie, esquisse les leviers d'une autre approche : infrastructures réversibles, désaisonnalisation de l'offre, gestion des flux et gouvernance partagée de la ressource. Comment le tourisme peut-il repenser son rapport à l'eau sans épuiser le bien commun dont il dépend ?**

## Corps du texte
« No water, no leisure » (pas d'eau, pas de loisir) : cette expression, largement utilisée dans le monde du tourisme et des loisirs, rappelle qu'une grande partie des activités récréatives actuelles dépendent fortement de la présence voire d’un accès à l'eau et que cette dernière constitue depuis longtemps l'un des principaux leviers d'attractivité touristique des territoires, en France comme à l'étranger, et sur les littoraux comme dans les terres

Les évolutions climatiques actuelles, multiplication des canicules, dégradation de la qualité de l'eau, crues plus brutales, sécheresses plus fréquentes, viennent fragiliser un modèle touristique construit sur l'hypothèse d'une ressource en eau stable, prévisible et abondante.

Dès lors, comment l'écosystème touristique peut-il repenser son rapport à l'eau face à cette remise en cause structurelle ?

Cette question engage aussi bien les acteurs privés, qui développent leurs activités sur ou à proximité de l'eau, que les acteurs publics, chargés d'aménager, de protéger et de gérer ces espaces. 

### Loisirs et eau : un champ très vaste

On distingue classiquement différents usages de loisirs en lien avec l’eau : les usages de baignade (plages maritimes ou en rivières, lacs et plans d'eau), les usages nautiques motorisés ou non motorisés (canoë-kayak, paddle, voile, ski nautique…), le tourisme fluvial et fluvestre (croisière, location de bateaux habitables, véloroutes le long des berges …), la pêche de loisir, ainsi que les usages plus diffus de promenade, pique-nique et détente en bord d'eau, sans oublier l’eau sous sa forme gelée avec les loisirs de montagne d’hiver et les enjeux d’enneigement.

Chacun de ces usages entretient un rapport différent à la ressource en eau : certains dépendent d'un niveau d'eau suffisant pour la navigation, d'autres d'une qualité sanitaire garantissant la baignade, d'autres encore d'un débit minimal pour la pratique du canoë.

Aussi, en dehors du domaine maritime, l’aménagement des cours d'eau et plans d'eau à des fins touristiques et de loisirs s'est historiquement structuré autour de la gestion de l'accès à l'eau (pontons, plages aménagées, cales de mise à l'eau), de la sécurisation de la pratique (zones de baignade surveillées, balisage, dispositifs anti-noyade), et de l’organisation de la cohabitation entre usages parfois concurrents.

Les documents de planification reposaient largement sur des données hydrologiques considérées comme stables : niveaux d'eau moyens, périodes de hautes et basses eaux prévisibles, qualité sanitaire relativement constante d'une saison à l'autre.

Ce socle est aujourd'hui fragilisé par le changement climatique et les gestionnaires doivent déjà, et devront encore plus demain, composer avec une incertitude beaucoup plus importante.

### Les canicules, un double effet sur la fréquentation et sur la ressource

Le premier enjeu, le plus visible, est celui des canicules qui génèrent un « effet ciseau » potentiellement important.

D'un côté, les périodes de forte chaleur provoquent un afflux massif de personnes en quête de fraîcheur dans ou autour de l’eau avec la nécessité de gérer des pics de fréquentation entre saturation de la circulation et des stationnements, surfréquentation des espaces de baignade, tensions sur la sécurité, impact sur la tranquillité publique des riverains et pression sur les espaces naturels. L’ouverture de la baignade dans le canal Saint-Martin à Paris, sous la pression populaire de pratiques « sauvages » massives lors des (premières) canicules de cet été et les nuisances générées illustrent bien ces enjeux.

De l'autre côté, ces mêmes épisodes de chaleur s'accompagnent souvent d'une baisse du niveau des cours d'eau, ce qui restreint justement la capacité des sites à répondre à cette demande. Cette baisse des débits et des niveaux d'eau doit être vue comme durable comme le montre les prévisions du BRGM dans son document prospectif Explore 2070. Ainsi les étiages estivaux, de plus en plus précoces et prolongés, réduisent la profondeur navigable des rivières, peuvent rendre impraticables certains itinéraires de canoë-kayak ou certaines cales de mise à l'eau. Sur les plans d'eau artificiels alimentés par prélèvement, la question se pose en des termes encore plus directs : à qui l'eau est-elle prioritairement destinée en période de restriction — l'eau potable, l'irrigation agricole, le maintien des milieux aquatiques, ou les usages récréatifs ? Et les arbitrages placent rarement les activités sportives, touristiques ou de loisirs en tête des priorités. 

Le pic de fréquentation coïncide ainsi, presque structurellement, avec le moment où la ressource est la plus fragile ou la moins accessible. C'est l'un des paradoxes centraux que devra désormais intégrer tout projet d'aménagement : penser l'accueil du public non plus en période de confort hydrologique, mais en période de tension maximale sur la ressource et certains équipements pourront être rendus inutilisables plusieurs semaines par an. Anticiper et intégrer cette intermittence dans les modèles économiques des opérateurs ou penser les aménagements pour réduire son impact devient primordial. Certains territoires se saisissent du sujet comme, par exemple, le SMADESEP (Syndicat Mixte d'Aménagement et de Développement de Serre-Ponçon) sur le lac de Serre-Ponçon avec la mise en œuvre de son plan de résilience défini, en étroite collaboration avec EDF et les collectivités locales, après la sécheresse de 2022.

### La qualité de l'eau, un enjeu sanitaire de plus en plus prégnant

Le réchauffement des eaux stagnantes ou à faible débit favorise la prolifération de cyanobactéries et d'algues, avec un risque sanitaire pour les baigneurs. Les interdictions temporaires de baignade, autrefois exceptionnelles, deviennent un phénomène récurrent sur de nombreux plans d'eau en période estivale.

Pour les gestionnaires de sites touristiques, cela implique un renforcement du suivi sanitaire (analyses plus fréquentes, capteurs en temps réel là où c'est possible), mais aussi une communication claire et réactive envers le public : fermetures temporaires assumées, information visible sur site et en ligne, proposition d’autres activités touristiques de remplacement … plutôt qu'une gestion a posteriori qui nuit à la confiance et à l'image de la destination.

### Des événements extrêmes qui fragilisent les infrastructures

À l'inverse des périodes d'étiage, le changement climatique s'accompagne aussi d'une intensification des épisodes pluvieux et des crues, parfois soudaines et hors saison habituelle. Les infrastructures construites pour un régime hydrologique plus régulier (pontons fixes, aménagement des berges …) sont directement exposées à ces à-coups : submersion, dégâts matériels, érosion accélérée des berges, déstabilisation des ouvrages d'accès à l'eau … Cette alternance entre « trop » ou « pas assez » d’eau est très complexe à intégrer dans la conception des équipements.

D’autre part, certains événements catastrophiques génèrent des destructions d’infrastructures à des échelles géographiques très importantes (comme les crues dramatiques qu’ont connu les vallées de la Tinée, de la Vésubie et de la Roya fin 2020) et le territoire national voit se multiplier les phénomènes météorologiques violents comme les pluies torrentielles, la grêle, les tempêtes ou les tornades.

### L’impact des activités touristiques sur les milieux 

L'adaptation des sites touristiques et de loisirs ne peut se penser indépendamment d'autres enjeux, eux aussi rendus plus prégnants par le changement climatique et qui interagissent directement avec la fréquentation touristique.

Ainsi, la biodiversité et les milieux aquatiques subissent une pression cumulée : réchauffement de l'eau, baisse des débits, fragmentation des habitats … Une fréquentation touristique mal gérée aggrave une vulnérabilité déjà importante et en particulier en période de stress hydrique.

Les zones de baignade et les itinéraires nautiques doivent donc aussi être pensés en cohérence avec la sensibilité des milieux naturels qui elle-même évolue selon les périodes de l’année.

### Les leviers d'adaptation pour les acteurs

Face à ces évolutions qui viennent renforcer un faisceau de contraintes et de risques déjà important, plusieurs grands principes d’action se dégagent, déjà expérimentées sur certains territoires.

Premièrement, concevoir des infrastructures réversibles, résilientes et respectueuses des milieux. Pontons démontables ou flottants capables de suivre les variations de niveau, matériaux résistants à la submersion temporaire, aires d'accueil positionnées hors des zones d'érosion active … in fine, des aménagements plus légers et adaptables, voire démontables, en lieu et place d’aménagements lourds et fixes.

D’autre part, le développement d’espaces de baignade s’intégrant mieux dans leur environnement et minimisant leur impact est également important. L’exemple du développement des espaces de baignade biologique montre bien la faisabilité technique et l’attractivité de telles offres.

Deuxièmement, désaisonnaliser, diversifier l'offre et repenser les modèles économiques des opérateurs touristiques et de loisirs. La période estivale est souvent la plus critique pour la ressource en eau et pour les milieux naturels, il s'agit donc de développer des activités venant contourner ces moments : à la fois en proposant des activités nouvelles sur des périodes moins tendues et donc pour d’autres cibles de clientèle (clientèle de proximité par exemple) mais également en encourageant des pratiques moins impactantes en période estivale (cette dernière restant encore aujourd’hui la principale période de vacances) : observation de la faune, itinérance douce le long des berges, valorisation patrimoniale des zones humides …

Faire évoluer l’offre impose également de reconsidérer les modèles économiques actuels de certains opérateurs et donc de les accompagner dans ces démarches

Certaines destinations ont déjà engagé des réflexions et des actions, comme les stations de montagne face aux prévisions d’enneigement des études ClimSnow, autre exemple, l’Ardèche avec l’écosystème des loueurs de canoës et bien sûr certains littoraux face aux questions d’évolution du trait de côte, à l’image des démarches exemplaires engagées en Nouvelle-Aquitaine avec le GIP littoral régional.

Troisièmement, gérer la fréquentation en période de tension. Plusieurs outils peuvent être mis en place afin de mieux informer le public et faire évoluer ses comportements face aux enjeux de ces espaces : systèmes d'information voire de jauge sur les sites les plus fréquentés (comme cela a été fait sur la calanque de Sugiton), redirection vers des sites alternatifs moins vulnérables, communication en temps réel sur la qualité de l'eau, sur les éventuelles restrictions en vigueur. Si des outils de ce type sont encore peu répandus en France, de nombreux territoires se posent aujourd’hui la question d’actions graduelles d’information, incitation voire restrictions à terme afin de préserver leurs espaces de flux touristiques non maitrisés.

Quatrièmement, sensibiliser les visiteurs. Le premier niveau de gestion des flux est bien l’information du public qui doit pouvoir comprendre pourquoi une baignade est fermée, pourquoi un niveau d'eau est bas, pourquoi certains usages sont restreints … cette compréhension participe de l'acceptabilité des mesures et donc d’une fréquentation touristique plus responsable et peu permettre d’éviter à terme des mesures plus restrictives.

Enfin, assurer une gouvernance partagée de la ressource. Si la gouvernance de l’eau est un enjeu à part entière elle est également la condition sine qua non d’une bonne prise en compte des nouveaux enjeux venant impacter les loisirs liés à l’eau.

Les Schémas d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE), les comités de bassin et les commissions locales de l'eau intègrent aujourd'hui encore trop peu les acteurs du tourisme et des loisirs comme parties prenantes de premier rang. 

De la même manière, les stratégies touristiques des territoires, les PDESI (Plans Départementaux des Espaces Sites et Itinéraires) et plus généralement les écosystèmes touristiques locaux gagneraient sans aucun doute à mieux intégrer dès l’amont de leurs réflexions stratégiques les acteurs de l’eau pour mieux anticiper les arbitrages et mieux intégrer les enjeux touristiques dans les plans de gestion de la ressource.

C’est ce qu’ont fait historiquement des acteurs comme EDF en lien avec les acteurs touristiques et de loisirs qui se sont implantés autour de certaines des retenues d’eau des barrages hydroélectriques.

C’est également ce que vers quoi tendent aujourd’hui certains territoires qui ont pris conscience à la fois des potentiels et des fragilités de leurs ressources en eau comme par exemple la Communauté de Communes des 7 vallées dans le Pas de Calais qui développe une stratégie de valorisation touristique raisonnée de son exceptionnel patrimoine naturel, paysager, historique et de savoir-faire lié à l’eau. 

### Anticiper pour mieux gérer collectivement les enjeux

Ainsi, le tourisme et les loisirs liés à l'eau ne sont pas uniquement des spectateurs du changement climatique : ils en sont à la fois des révélateurs (la ruée vers l’eau et la fraicheur lors des canicules rend visible la vulnérabilité sociale à la chaleur), et des acteurs par les « bulles de fraicheur » qu’ils peuvent apporter tout en ayant une empreinte sur la ressource en eau.

Les cours d'eau et plans d'eau doivent retrouver et continuer longtemps à jouer ce rôle, de plus en plus essentiel, de support de loisirs, de fraicheur et de bien-être pour les populations résidentes ou touristiques.

L'enjeu n'est ainsi pas seulement de multiplier des points d’accès à l'eau, mais de concevoir des systèmes capables d'absorber une double variabilité, hydrologique et de fréquentation, beaucoup plus larges qu'auparavant, tout en conciliant attractivité touristique, préservation des milieux, équité d'accès à la fraîcheur et équilibre avec les autres usages de l’eau.

Cela nécessite plus de dialogue entre les acteurs publics et privés du tourisme et les autres acteurs et usagers de l'eau pour parvenir à apporter aux actions mises en place plus de flexibilité, moins de certitudes sur le temps long, davantage de scénarios afin de permettre de bien gérer les contraintes nouvelles tout en saisissant les opportunités qu’ouvrent malgré tout ces évolutions climatiques.

Enfin, ces usages récréatifs de l’eau ne peuvent bien évidemment pas être envisagés en dehors de l’ensemble des usages de l’eau qui est un bien commun universel dont l’importance dépasse très largement le champ du tourisme et des loisirs.

Un bien commun universel dont le caractère vital rend absolument impératif une bonne et saine gestion de l’eau dans tous ses usages car, bien au-delà des loisirs, « no water, no future ».

### Thématique
`#Environnement` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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