# Budget 2027 : ce que l’élection présidentielle ne rattrapera pas
**Date de l'événement :** 31/08/2026
* Publié le 31/08/2026

### Date
31/08/2026

## Chapô
**L’endettement public est redevenu l’un des principaux sujets de l’actualité et promet d’occuper une place importante dans la campagne présidentielle. Adrien Lehman, professeur affilié à l’École d’affaires publiques de Sciences Po, analyse la difficulté politique à trouver une ligne de crête permettant d’éviter que la dette ne devienne incontrôlable. Quels sont les risques financiers auxquels s’expose l’État ? Quelles marges de manœuvre lui reste-t-il pour élaborer le budget à venir ? Et quels arbitrages politiques permettraient de maîtriser la dette sans compromettre la croissance ?**

## Corps du texte
Face au poison lent de l’endettement public, l’élection présidentielle de 2027 tranchera peut-être les priorités budgétaires de la France, mais elle ne rattrapera pas le temps perdu. Durant le débat budgétaire de l’automne, deux urgences méritent notre attention sans attendre : la dette publique croît plus vite que le pays qui la porte et cette dette coûte de plus en plus cher, faisant courir le risque d’une dérive des comptes publics.

Le projet de loi de finances pour 2027 sera présenté à la fin du mois de septembre. On écrivait ici même, l'an dernier, que la crise des finances publiques était le marronnier de notre histoire politique ; l'automne 2026 s'apprête à y ajouter un chapitre. Il s’agit du troisième budget depuis la dissolution de l'Assemblée nationale, en juin 2024, et rien ne permet d'espérer qu'il soit plus paisible que les deux précédents. Le budget pour 2025 a été présenté par le gouvernement Barnier, renversé en décembre 2024, puis repris par le gouvernement Bayrou et promulgué seulement en février 2025. Or, au mois de septembre suivant, il y a à peine un an, ce gouvernement tombe à son tour, l'Assemblée nationale lui refusant la confiance que le Premier ministre avait sollicitée sur son plan budgétaire. C’est une première sous la Ve République. Le budget pour 2026 a, quant à lui, exigé des mois de discussions jusqu’à son adoption en février 2026, lorsque Sébastien Lecornu, l’actuel Premier ministre, mobilise des dispositions bien connues de l’article 49, alinéa 3 de la Constitution. Cela alors même qu’il avait annoncé y renoncer, quelques mois plus tôt, pour favoriser un débat parlementaire conduisant à un compromis.   

Malheureusement, en 2025 comme en 2026, le texte adopté dans une ambiance de IVe République, a apporté une solution temporaire, sans tracer de perspectives durables. L'année 2025 illustre bien les difficultés auxquelles nous faisons face. Alors que le déficit public s'est réduit, plus vite même que ne le prévoyait la loi de finances, la dette n'en a pas moins progressé de près de trois points de PIB. En matière budgétaire, une amélioration du résultat annuel peut masquer une dégradation continue. Or ces textes ne règlent pas seulement des écritures comptables. Ce sont eux qui déterminent indirectement le nombre d'enseignants devant les élèves, l'équipement de nos armées, le rythme de la transition écologique ou encore les moyens dont disposent les collectivités territoriales. Ils répartissent ainsi l'effort collectif entre les missions que nous jugeons prioritaires. Mais ils le répartissent aussi entre les générations. Un déficit financé par l'emprunt permet de consommer aujourd'hui des services que d'autres rembourseront demain, et chaque point de dette supplémentaire réduit la marge dont disposeront ceux qui viendront après nous, notamment le jour où surviendra le prochain choc, qu’il soit sanitaire, géopolitique ou financier.  

En cet automne 2026, la discussion autour du budget pour 2027 se tiendra à quelques mois de l’élection présidentielle. D’un camp politique à l’autre, chacun aborde désormais les débats à venir comme l’une des péripéties parlementaires de la course pour la présidence. C’est l’occasion d’affirmer son identité, tout en proclamant que le vote du printemps prochain permettra assurément de définir des orientations budgétaires. Il est à parier que cette posture séduira une partie de l’électorat. Après tout, à chaque élection présidentielle, les Français aiment à croire qu’ils impulsent avec un bulletin les changements énergiques dont le pays a besoin. Pour autant, le plus probable est que le nouveau président, ou la nouvelle présidente, sera élu sur un cap politique dont la déclinaison budgétaire concrète sera plus ou moins claire. Cette élection tranchera peut-être le débat mais elle ne rattrapera pas le temps perdu. Or, nous faisons face à deux urgences qui méritent notre attention sans attendre : notre endettement croit plus vite que nos richesses, d’une part, et notre argent nous coûte de plus en plus cher.  

### La dette croît plus vite que le pays qui la porte  

L'exercice 2025 a livré un résultat qu'il faut prendre le temps d'expliquer. Certes, comme le montrent les chiffres de l’INSEE et de la Cour des comptes, le déficit public s'est réduit, de 169,1 en 2024 à 152,5 milliards d'euros, soit de 5,8 % à 5,1 % du produit intérieur brut (PIB), en deçà de la cible de 5,4 % retenue en loi de finances. C’est évidemment une bonne nouvelle, car cela peut être un premier pas vers un assainissement des finances publiques. Pour autant, la dette publique a encore progressé de près de trois points, pour s'établir à 3 460,5 milliards d'euros, soit 115,7 % du PIB. Un niveau inédit, qui dépasse le record de 2020, alors à 114,9 %, pourtant année de confinements et de dépenses exceptionnelles. Dans le même temps, la moyenne de déficit public de la zone euro s'est établie à 2,9 % et la France affiche désormais le deuxième de la zone, juste derrière la Belgique. En comparaison, il y a dix ans, notre déficit s'élevait à 3,6 % du PIB et notre dette à 95,7 %. Des chiffres jugés excessifs à l’époque. Nous avons ajouté, en une décennie, vingt points.   

En d’autres termes, malgré de timides résultats, nous avons creusé notre déficit, notre endettement et même l’écart avec la moyenne des pays de la zone euro. En 2025, seules la Grèce et l'Italie affichent un endettement supérieur au nôtre dans la zone euro. La France est aussi la seule dont le ratio n'a pas commencé à refluer depuis la fin de la crise sanitaire. Là où la Grèce, le Portugal et l'Espagne se désendettent, nous avons pris la direction inverse. Or, avec une croissance économique de 0,8 % en 2025 et du même ordre en 2026, selon les estimations du gouvernement, la France n’a pas beaucoup de marges de manœuvre. En théorie, un pays qui augmente chaque année la quantité de richesses produites peut, proportionnellement, supporter un peu d’endettement supplémentaire sans que son ratio se dégrade, la croissance déterminant le déficit absorbable chaque année. C’est là que le bât blesse : notre croissance est trop faible pour couvrir nos déficits budgétaires, ce qui alimente notre besoin d’endettement. En cas de choc économique brutal, ce fragile équilibre pourrait voler en éclats.  

### Un risque d’effet boule de neige  

La deuxième urgence est bien connue : notre argent nous coûte de plus en plus cher. La charge d'intérêts portée par l'État s'est élevée à 52,5 milliards d'euros en 2025 et atteindrait 61,9 milliards en 2026, soit près de dix milliards supplémentaires en un seul exercice. En comparaison, les crédits de l'enseignement scolaire public se stabilisent autour de 55,6 milliards. La France paiera donc davantage d'intérêts qu'elle ne consacre de moyens à ses écoles, collèges et lycées publics.  

Du fait de la hausse des taux d’intérêt, l'État remplace des titres échus par des titres émis à des conditions bien moins favorables. Ainsi, le coût de l'émission a bondi : 3,35 % en moyenne sur les obligations assimilables du Trésor en 2025, contre 1,70 % en 2022 et un taux quasi nul en 2021. Ce renchérissement ne tient pas au seul cycle monétaire, car la hiérarchie des émetteurs de la zone euro s'est entre-temps inversée. Ainsi, au 1er juillet 2026, l'écart de taux à dix ans avec l'Allemagne atteint 81 points de base pour la France, contre 79 pour l'Italie, 50 pour l'Espagne et 39 pour le Portugal. Nous empruntons désormais plus cher que des pays qui avaient été durement touchés par la crise des dettes souveraines (2010-2012).  

Sur les 306 milliards d'euros que l'État devrait lever en 2026, le déficit budgétaire de l'État, plus étroit que le déficit public, n'en représente que 124, le reste servant à rembourser la dette arrivée à échéance. Chaque année, une fraction du stock se refinance ainsi aux conditions du moment, si bien que ce renchérissement ne frappe pas d'un coup mais se diffuse, exercice après exercice. Comme un poison lent, l'endettement alimente la charge d'intérêts, qui progresse d'année en année et évince peu à peu les dépenses utiles, celles qui préparent l'avenir ou permettent d'amortir une crise. Chaque euro versé aux créanciers est un euro qui ne finance ni un enseignant, ni un lit d'hôpital.

On aboutit donc à un système où l’État coûte plus cher sans que le service ne s’améliore. Dès lors, la mécanique est implacable : si le taux d’intérêt auquel l’État emprunte est supérieur au taux de croissance, le ratio d'endettement dérive de lui-même, sans qu'aucune décision nouvelle ne soit nécessaire. C'est l'effet boule de neige. Il avait disparu durant quinze années de taux exceptionnellement bas, au point que nous avions pris l'habitude de regarder ailleurs. Or, il peut revenir : en 2026, le taux moyen payé sur l'ensemble de la dette et la croissance nominale, qui intègre l'inflation, s'établissent l'un et l'autre autour de 2,2 %. Mais le premier progresse mécaniquement à mesure que les emprunts anciens sont refinancés.  

### Entre Charybde et Scylla  

Avec une croissance trop faible et un coût de l’endettement trop élevé, nos deux leviers de stabilisation sont hors service, cela nourrit deux tentations. La première est de penser qu’une croissance imminente et forte règlera nos problèmes de finances publiques. Depuis 2008, et si l'on met à part le rebond mécanique de 2021 et 2022, qui n'a fait que rattraper l'effondrement de l'année du confinement, notre économie n'a dépassé 2 % de croissance annuelle qu'une seule fois, en 2017, alors qu’elle évoluait entre 3 % et 8 % jusqu'aux années 1970. Ce ralentissement pèse sur l'emploi, donc sur les recettes, donc sur notre capacité à financer les services publics. Pour les magiciens de la croissance, un plan de relance de quelques centaines de milliards d’euros permettra le retour de cette croissance élevée, laquelle permettra de résorber le déficit public et au passage de régler le problème du chômage et des inégalités. Le raisonnement est séduisant, mais doublement illusoire. Nul ne sait décréter la croissance, et les trente dernières années n'offrent aucun exemple de retournement magique. Quant à combler l'écart par l'impôt, nous prélevons déjà davantage que tous nos partenaires, avec 43,6 points de PIB en 2025, le taux le plus élevé de la zone euro, et 44,1 points attendus en 2026.  

La seconde tentation, symétrique de la première, est celle de la rigueur aveugle. Puisque la dette coûte cher, coupons partout, et le plus vite possible. Le raisonnement paraît imparable ; l'expérience le dément, car un ajustement trop brutal se paie en croissance. Comprimer les transferts et les dotations pèse sur la consommation, qui reste le principal moteur de l’activité. Différer les projets d'équipement fait reculer l'investissement public, c'est-à-dire la capacité de production de demain. Les économistes mesurent cet effet par le multiplicateur budgétaire, soit la perte d'activité qu'entraîne un euro d'ajustement. Un euro mal choisi coûte de la croissance, donc des recettes, et appelle un second euro d'économie. Ainsi, l'ajustement doit être adossé à une politique qui préserve le potentiel de croissance, faute de quoi l'on s'enferme dans le piège que connait l’Italie aujourd’hui, où d'importants excédents primaires suffisent tout juste à stabiliser un ratio sans jamais l'infléchir. Outre son injustice, la rigueur aveugle se révèle donc inefficace.  

### Un sentier de crête

Entre la rigueur aveugle et l'attente du miracle, il existe un sentier de crête. Une consolidation budgétaire choisie collectivement, avec une trajectoire claire, dans un cadre institutionnel durable, vaut infiniment mieux qu'une consolidation subie dans l’urgence, sous la pression des créanciers, comme l'ont éprouvé le Portugal hier et l'Italie aujourd'hui encore.   

Pour les débats budgétaires de cet automne, ces enseignements se ramènent à un seul : ce qui compte n'est pas la brutalité de l'ajustement, mais la crédibilité de la trajectoire et notre capacité à la tenir dans la durée. Un plan modeste, expliqué et respecté pendant cinq ans produit davantage qu'un plan spectaculaire abandonné au premier obstacle. Nos créanciers ne s'y trompent pas et regardent moins le montant annoncé en septembre que la probabilité qu'il soit exécuté les années suivantes. Or c'est précisément ce que nous peinons à offrir. Tenir une trajectoire suppose de savoir ce que nous attendons de l'action publique, secteur par secteur, et d'accepter que certaines missions soient mieux financées que d'autres. Nous pratiquons peu cet exercice, parce qu'il oblige à trancher publiquement et expose ceux qui s'y risquent. Il n'en existe pourtant pas d'autre, à l'heure où les fractures contemporaines, écologiques et géopolitiques, appellent des investissements massifs.  

Cela suppose aussi de juger la dette sur son usage plutôt que sur son niveau. Une dette qui finance une infrastructure ou un effort de recherche peut croître sans dommage, parce qu'elle crée un actif qui favorisera son remboursement. Une dette qui couvre, année après année, des besoins de fonctionnement récurrents ne le peut pas, quel que soit son montant. Telle est notre situation et elle rend notre endettement problématique en lui-même. Cela suppose enfin de protéger ce qui fait la croissance de demain. L'éducation et la recherche produisent des effets que nul budget annuel ne saurait mesurer. Il faut quinze ans pour former une cohorte de la maternelle au baccalauréat, et davantage pour en apprécier les résultats, alors que ce sont les dépenses les plus faciles à rogner. Les réformes structurelles susceptibles de relever notre croissance potentielle obéissent à la même logique, elles ne rapportent rien dans l'exercice où on les engage et beaucoup dans ceux qui suivent.  

### Le prix du temps perdu  

Rien de tout cela n'est hors de portée, plusieurs de nos voisins y sont parvenus, dans des circonstances plus difficiles. Mais il faut craindre que rien ne soit vraiment décidé dans les six mois qui viennent, sinon par défaut. C'est là, sans doute, le véritable enjeu de l'automne. Chacun peut aujourd'hui, sans avoir à le dire, renvoyer l'effort au vainqueur de l'élection du printemps prochain.  

L'arrangement est commode. Il n'en demeure pas moins que le report a un prix, et que ce prix se capitalise. Chaque année perdue alourdit le stock, donc la charge d'intérêts, donc l'effort exigé l'année suivante. Des retards modestes finissent ainsi par produire des ajustements sévères. Le risque n'est d'ailleurs pas seulement d'avoir à consentir plus tard un effort plus lourd. Si la confiance des créanciers venait à se rompre, l'ajustement ne serait plus choisi mais imposé, brutal et désordonné, conduit dans l'urgence et au détriment des plus vulnérables. Plusieurs de nos voisins l'ont éprouvé au début des années 2010 et nous l'avons jusqu'ici évité.  

L'automne sera une épreuve de force pour les parlementaires comme pour le gouvernement, il serait naïf de prétendre le contraire. La question n'est donc pas de l'éviter, mais de savoir ce qu'il en restera au printemps, entre un texte arraché de plus, ou les premiers éléments d'une trajectoire que nous serions enfin capables de tenir. C'est un travail long et peu spectaculaire. C’est un effort que nous n’avons jamais vraiment tenu dans la durée.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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