# Quelle voie pour changer la société ? — Leçon inaugural Emmanuel Grégoire  
**Date de l'événement :** 15/09/2026
* Publié le 15/09/2026

### Date
15/09/2026

## Chapô
**Crise climatique, intelligence artificielle, tensions géopolitiques, montée du populisme et érosion de la confiance citoyenne : jamais l'action publique n'a semblé confrontée à autant d'exigences de transformation simultanées. Comment former une nouvelle génération de décideurs capables d'affronter cette complexité, sans céder ni au scientisme naïf, ni au complotisme ambiant ? Maire de Paris depuis mars 2026 et intervenant depuis une quinzaine d'années à l'École d'affaires publiques de Sciences Po, Emmanuel Grégoire livre, lors de la leçon inaugurale de rentrée, un regard sans concours de langue de bois sur les grands défis de la capitale.**

## Corps du texte
D'abord, une émotion : celle de retrouver un pupitre. Je crois que la dernière fois que j'ai parlé devant un public si nombreux, c'était lors d'un meeting. Et si je ne vais pas faire un meeting devant vous aujourd'hui, je vais quand même vous parler beaucoup de politique, d'abord parce que, on me l'a beaucoup dit pendant la campagne, j'ai un côté un peu technocratique, j'y reviendrai, et je pense que c'est une qualité en politique, pas un défaut. Mais aussi parce que la gravité du moment historique que nous vivons est particulière.

Je veux le dire avec la liberté du responsable politique que je suis, et dans le respect des convictions de chacune et de chacun d'entre vous, en mesurant la gravité que cela impose à vos parcours d'étudiants, à vos parcours de découverte d'un monde, d'un pays, qui peut basculer. Chacun y trouvera et y forgera le jugement qu'il souhaite.

Mais d'abord, quelques mots. La première chose : je suis très fier d'être devant vous. Il y a être maire de Paris, et puis, au-dessus, il y a faire une leçon inaugurale à l'hôtel Boutmy. Je dis cela parce que c'est une maison que j'ai beaucoup fréquentée, pas pour mes études, je suis diplômé de Sciences Po, mais de Sciences Po Bordeaux, ne riez pas, il faut avoir grand respect pour ce réseau.

Ensuite parce qu'on peut réussir sa vie sans avoir fait Sciences Po Paris. Et troisièmement, parce que j'ai eu le plaisir de fréquenter ces salles, non pas comme étudiant, mais comme intervenant, je n'ose dire enseignant, parce que j'ai un grand respect pour la fonction d'enseignant-chercheur, et ceux qui viennent faire vingt-quatre heures de cours par an et qui pensent être enseignants pour autant commettent une grande erreur, y compris à leur propre détriment. Ce n'est pas pour cela qu'on vient enseigner ici, mais cela fait une quinzaine d'années que j'interviens, aux côtés du doyen que je remercie de son invitation, dans les programmes d'executive education et à l'École d'affaires publiques.

J'en suis très fier, d'abord parce que j'ai une connaissance fine de l'histoire de cette école et de la fierté qu'elle représente dans notre République, dans la construction même de sa conception si singulière de la République et de l'exercice des responsabilités publiques, de la formation de ces élites que, d'une certaine manière, de Gaulle a prolongée en créant l'École nationale d'administration.

J'ai eu le plaisir de recroiser, dans leur carrière, probablement des dizaines, si ce n'est des centaines, d'étudiants issus de cette école, dans le secteur privé comme dans le secteur public. Je veux vous dire, sans vouloir vous mettre trop de pression, que vous avez sur vos épaules une responsabilité que l'histoire vous donnera, et que cela va ouvrir des perspectives que je qualifie, à tous égards, d'extraordinaires, pour le meilleur, mais aussi, il faut se le dire, pour le pire.

Je suis très fier que Sciences Po soit une école aussi prestigieuse. D'abord, je veux rendre hommage au directeur, il n'est pas présent ce soir car il inaugure une autre école, que nous soutenons beaucoup, consacrée au changement climatique. Ensuite, parce que c'est une école qui a su grandir et s'internationaliser : pour avoir fréquenté un peu le monde des écoles équivalentes, je peux dire que nous avons ici une école de niveau mondial, exceptionnelle. Vous en serez les visages demain, et j'espère avec autant de bonheur que celui qui anime, dans la vie professionnelle, ceux qui vous ont précédés sur ces bancs.

D'abord, quelques mots sur moi, on a déjà fait un résumé rapide, mais je voudrais préciser deux ou trois choses, car ce n'est pas anodin dans ma relation à cette ville. C'est une relation passionnelle, et je sais que je ne suis pas seul dans cette salle à l'éprouver vis-à-vis de cette ville, dans laquelle je ne suis pourtant pas né. Qui, dans cette salle, est né à Paris ? Voilà, c'est généralement entre un quart et un tiers. Et pourtant, à l'image du monde entier, et peut-être encore plus à l'image de tous les Français, vous incarnez l'élitisme parisien dans son sens le plus pur, et vous devez en être fiers, fiers, dans vos diversités d'origine, nationales et internationales, d'être les nouveaux visages des Parisiennes et des Parisiens. J'y reviendrai, y compris sur les défis auxquels notre ville doit faire face.

Paris est une ville cosmopolite. Je passe mon temps à expliquer que si Paris n'est pas la France, beaucoup de ce qui fait sa grandeur, nous le devons en réalité à la France et au monde entier. Paris, c'est l'éternelle histoire pluriséculaire d'un brassage culturel et philosophique, d'une convergence venue de partout dans le monde, dont nous n'avons qu'à nous réjouir, et je le dis dans un contexte politique où la tentation du repli, parfois même xénophobe, est insupportable et contraire à tout ce qui a fait la grandeur de Paris et de notre pays. À cet égard, si je ne m'impliquerai pas forcément dans les échéances à court terme, je m'impliquerai totalement dans la bataille électorale qui viendra.

Je le dis, j'en suis certain, dans une salle où peut-être certains et certaines d'entre vous sont tentés par l'extrême droite : je pense que nous vivons un moment de gravité historique, et ce n'est pas à des étudiants aussi aguerris que vous que j'expliquerai la profondeur et la dureté des transformations du monde, qui transforment notre société en champ de bataille. Quand une société est en champ de bataille, il faut la mener comme une guerre, et pas avec les outils anciens : c'est une guerre informationnelle, une guerre culturelle, une guerre politique, une guerre économique, une guerre climatique, une guerre dans laquelle la responsabilité de la décision publique va prendre une acuité particulière, et dans laquelle la culture de l'exécution est fondamentale.

La politique française n'en a pas fait un point central, et c'est, à mon sens, l'un des principaux défauts de l'exercice des responsabilités au cours de la longue période qui vient de s'essouffler, une période dans laquelle la demande de résultats de la part de l'opinion est très forte, et dans laquelle les postures morales pèsent bien peu par rapport à la dureté du ressenti que vivent un certain nombre de nos concitoyens.

Je voudrais évoquer quelques enjeux qui sont les miens en tant que maire de Paris.

Premièrement, je l'ai dit, parfois avec un peu de provocation, mais en mesurant la profondeur de cette conviction : je pense être peut-être le dernier maire de Paris. Je dis cela parce que rien de ce que je pense, rien de ce pour quoi j'agis, ne se définit à l'aune, ou à l'intérieur, du périphérique. Cela n'a pas de sens au regard des politiques urbaines. La question du périmètre de l'action publique, de sa lisibilité, de sa compréhension par la population, est fondamentale, et à cet égard, notre métropole souffre sans doute de décennies de retard en matière de gouvernance, dans un enchevêtrement auquel personne ne comprend rien.

Qui est président de la Métropole du Grand Paris ? Personne ne le sait, et pourtant nous sommes l'unité administrative et politique la plus importante de France. Cela vous démontre, et ce n'est pas votre responsabilité mais la nôtre, à quel point le système est dysfonctionnel. Quand je le compare aux métropoles qui m'inspirent, Londres, New York, Tokyo, Berlin, elles ont une avance fondamentale en matière de simplicité et de lisibilité de l'action. À cet égard, je considère qu'il fait partie de ma mission de faire entrer cette métropole dans la gouvernance du XXIe siècle. Je ne peux pas le faire seul, puisque cela relève, dans notre pays très centralisé, exclusivement du pouvoir du législateur, mais j'entends bien porter ce débat.

Le deuxième enjeu, qui vous concerne peut-être plus particulièrement en tant que jeunesse parisienne, est celui de la représentation symbolique de notre capitale dans le cœur du pays, et ce que je dis pour Paris n'est pas moins vrai pour les autres grandes métropoles vis-à-vis des territoires périurbains et ruraux. C'est, à mon avis, l'un des symptômes au cœur de la crise de confiance sur le bon fonctionnement du pacte social. On dit souvent que les gens détestent Paris ; je ne crois pas que ce soit vrai. Je pense que le pays porte à notre ville un respect et une admiration très profonds, ne serait-ce que parce qu'il n'est pas rare qu'il y ait envoyé certains de ses enfants faire leurs études, et parce que le lien historique entre la nation et notre ville est inextricable. Un lien parfois vécu comme domination et pesanteur, mais aussi comme émancipation : Paris est un territoire d'épanouissement, un territoire d'ascension sociale. Comment mettre en tension ces deux dimensions ? C'est un sujet qui me préoccupe beaucoup, et qui peut être renforcé par la dimension symbolique de la mondialisation et les représentations qu'elle donne d'elle-même : la thématique de la sécession des élites.

Le pays profond, parfois, ne nous aime pas parce qu'il a le sentiment que nous ne nous préoccupons pas de lui, que nous lui tournons le dos. Je crois que c'est, à bien des égards, faux, mais il est extrêmement important, politiquement, de le porter et d'en être fier : rappeler le lien très particulier entre notre capitale et le pays, dans sa réalité socio-démographique et historique, mais aussi dans le sentiment que, sur les grands enjeux de transformation du monde, la crise climatique, la question économique, le pouvoir d'achat, la qualité de vie, nous portons une attention toute particulière. Je dépenserai à cet égard beaucoup d'énergie, à titre personnel, comme maire de Paris, pour entretenir ce lien affectif avec le pays, pour faire des déplacements, pour apprendre de belles choses mises en place partout dans notre pays, que nous essayons parfois de reproduire sans toujours avoir la mémoire d'en rendre hommage à ceux qui les ont initiées.

Cette thématique de la sécession des élites est extrêmement importante, y compris à titre personnel, pour vous, dans le développement et l'épanouissement de vos vies, de votre construction d'adultes, puis de votre insertion dans la vie tout court : gardez toujours à l'esprit la nécessité d'embarquer les organisations avec lesquelles nos liens sont interdépendants, pour ne pas dire essentiels.

La troisième dimension, c'est ce que j'évoquais sur la bataille culturelle. Je ne serai pas trop long, mais rappelons que Victor Hugo avait une approche très originale de Paris, qui est totalement la mienne. Il disait que ce qui fait la singularité de Paris tient à deux choses. La première, c'est que Paris est le lieu où s'est cristallisée une bataille, une guerre, même, sociale, politique, philosophique, qui est au cœur de la construction de l'histoire de notre pays : celle du contrat social historique entre la bourgeoisie d'affaires et la classe ouvrière parisienne, qui a donné à cette ville et à ce pays les révolutions qu'on lui connaît.

Victor Hugo disait, finalement, que la particularité de Paris, ce n'est ni sa beauté, Venise pourrait la dépasser, ni sa puissance économique, Londres était bien plus puissant à l'époque, et le reste encore à bien des égards, c'est la révolution. C'est la capacité à bousculer l'ordre établi dans l'histoire, et à en faire un modèle pour le monde entier. Et je vous le dis avec beaucoup de sincérité : c'est peut-être l'un des étonnements les plus spectaculaires que j'ai éprouvés dans les premières semaines de mon mandat de maire. Quand on évoque Paris dans les yeux des chefs d'État qui demandent à me voir, ils ne demandent pas à voir Grégoire, ils ne savent pas qui c'est, ils demandent à voir le maire de Paris, et ce qu'il représente. Il y a quelque chose de la libération de l'humanité, de l'émancipation, de la lutte contre la tyrannie, de la lutte pour les droits, quelque chose qui, je le crois, a beaucoup façonné l'image de notre pays dans le monde. Et si je vous le dis, ce n'est pas par forfanterie de fonction, ni par simple mémoire des grands événements qui ont marqué l'histoire de notre pays : c'est parce que je pense que ce qui se joue dans les prochains mois, et sans doute encore davantage dans les prochaines années, relève beaucoup de cela.

Il n'y a pas un matin où je ne me dise qu'être le maire d'une capitale d'un pays qui bascule à l'extrême droite est un changement de monde que je n'aurais jamais imaginé quand j'étais assis à votre place. J'imagine que, lorsque vous vous posez la question de vous engager dans une filière de formation qui consistera à servir l'État, au sens le plus beau, le plus noble, et cela dans le respect des convictions de chacun, vous vous interrogez ; à votre place, je m'interrogerais aussi. Ce que je veux vous dire, c'est que, parce que vous êtes des élèves particuliers, avec les responsabilités qui vont avec, je vous invite à vous engager totalement, dans vos différences, mais totalement.

J'imagine que certains d'entre vous ne partagent pas mes convictions, peut-être de droite, de gauche, d'extrême gauche, ou même d'extrême droite : je le dis avec beaucoup de respect, chacun est libre de s'exprimer. Mais ce qui se joue aussi, c'est la défense d'un référentiel de valeurs qui dépasse tout le reste, un référentiel qui a d'ailleurs valu des alliances historiques un peu baroques, allant des communistes aux monarchistes, quand il a fallu défendre la patrie contre l'occupant nazi. Je ne veux pas comparer des choses qui ne sont pas comparables, mais je pense que nous allons vivre une période très particulière.

J'ai fait le choix de le faire dans un style qui est le mien, différent de celui de Jean-Luc Mélenchon, je fais mieux les nœuds de cravate, je le dis avec un peu de sérieux. J'ai beaucoup d'amis de droite qui partagent ces combats : la protection des droits des minorités, un discours de vérité sur l'immigration, sont fondamentaux. Je considère que ce n'est pas forcément aux responsables politiques de l'exprimer avec le plus de force, leur parole manque parfois de crédibilité aux yeux de l'opinion, mais aux chercheurs en sciences humaines et sociales.

Dire la vérité sur l'immigration, dire qu'il n'y a pas de submersion migratoire, dire que des pans entiers de notre économie dépendent en fait de l'exploitation de travailleurs sans papiers, en particulier à Paris, dans la restauration, l'aide à la personne, le BTP, ne relève pas, chez moi, d'une approche purement malthusienne ou économique de ce qui serait la bonne ou la mauvaise immigration. Je rappelle souvent que ce n'est pas en ne prenant que ceux dont on a besoin comme plombiers, serruriers ou maçons qu'on trouvera les Marie Curie, les génies que la France a su accueillir par bienveillance, dans l'accueil des cultures du monde, depuis au moins trois siècles, y compris sous la monarchie, quand elle n'était pas aussi fermée. Cette bataille-là est une bataille de la vérité, pas seulement une bataille politique ou politicienne.

Je le dis aussi sur le changement climatique : à quel moment accepte-t-on qu'il soit fait insulte à la science de façon aussi grossière, et aussi complaisamment reprise par des gens qui symbolisent l'élite politique, économique et médiatique ? La réalité est démontrée depuis très longtemps, jusqu'à un renversement des rôles qui consiste aujourd'hui à mettre en accusation ceux qui tiraient la sonnette d'alarme depuis longtemps. Je le dis avec affection pour mes camarades écologistes qui réussissent l'exploit d'avoir eu raison bien avant les autres, et de se retrouver aujourd'hui mis en accusation par des gens qui ne respectent ni les faits ni la vérité.

Ces batailles-là sont au cœur de l'action publique, au cœur de la décision publique ; elles seront au cœur de vos rôles demain. Je crois qu'elles méritent d'être menées, et menées puissamment, chacun choisit le moyen de le faire comme il le souhaite, que ce soit dans son engagement académique, dans ses études, ou dans ses engagements militants et associatifs, pour lesquels j'ai un immense respect.

Pour ne pas être trop long, et pour laisser du temps à l'échange, je voudrais vous dire deux ou trois mots sur la culture administrative. J'ai eu beaucoup d'expériences : j'ai travaillé en collectivité locale comme collaborateur, comme élu, j'ai été député, j'ai été chef de cabinet d'un Premier ministre. Autant dire que l'organisation administrative de notre pays a des pesanteurs, elle n'est sans doute pas aussi mauvaise que voudraient le faire croire les promoteurs de la dérégulation ou de l'illibéralisme, qui s'affranchissent de la capacité d'action efficace de la puissance publique.

Mais il y a beaucoup de lourdeurs, et je livre ici un diagnostic qui a sa part de subjectivité, mais qui me semble fondé sur plusieurs années de recul : notre pays ne manque pas de stratèges, ne manque pas de visionnaires ; il manque de gens qui ont une culture de la qualité d'exécution. L'État a été profondément fragilisé dans sa capacité et son efficacité d'action, sous l'effet de plusieurs facteurs cumulés.

D'abord, l'attrition des finances publiques et la crise budgétaire permanente à laquelle sont confrontés les services publics. Quand vous serez managers demain, que ce soit comme administrateurs de l'État, attachés, directeurs, enfin, ces catégories n'existent plus vraiment, mais dans ces fonctions, la première chose qu'on vous expliquera, c'est qu'il faudra gérer la pénurie budgétaire, ce qui n'aide pas à stimuler l'appétence au changement et à la transformation.

Ensuite, et je suis très heureux que Sciences Po ait considérablement renforcé cet aspect, même si l'on peut encore aller plus loin, le manque de culture de l'évaluation des politiques publiques dans notre pays. L'évaluation est fondamentale pour connaître l'efficacité des outils que nous mettons en œuvre. Pendant des années, nos grandes écoles d'affaires publiques s'en sont plutôt désintéressées ; heureusement, depuis une quinzaine d'années, un virage a été engagé avec sérieux sur le plan académique.

Mais nous manquons encore considérablement de moyens pour évaluer ces politiques, et je dirai la même chose de la rigueur des institutions chargées du contrôle interne et externe de la nation. Regardez les études d'impact accompagnant les projets de loi gouvernementaux, les rapports de la Cour des comptes, pardonnez-moi d'être un peu sévère, mais j'ai au moins la chance de pouvoir le dire, les rapports de l'Inspection générale des finances : ce n'est pas fait avec la rigueur qui s'imposerait normalement, au regard de tels montants d'investissement et d'implication. Je crois que les futurs managers les plus recherchés seront ceux capables de mettre en exécution une politique publique dans l'ensemble de la chaîne de sa mise en œuvre.

Je vous le dis : certains d'entre vous auront sans doute intérêt à faire des stages ou à occuper des postes en cabinet ministériel, mais il n'y a rien de plus frustrant que d'être en cabinet ministériel, vraiment rien de plus frustrant. D'abord parce que la durée de vie d'un gouvernement est plutôt un facteur de stress professionnel que de stimulation. Ensuite, parce que notre vie politique s'est engoncée dans une contrainte qu'elle ne sait plus honorer : celle de gérer la vie de tous les jours. Le temps de l'action de l'État est un temps long, il faut le dire comme tel. Le président ne peut pas régler les problèmes de demain, parce qu'il n'a pas de bouton sur son bureau qui le lui permette. Et comment les règle-t-on, alors ? Toujours par le même biais : la surnormalisation. On produit de la norme parce que, quand on n'a pas d'argent, la norme donne l'illusion d'être utile.

Je ne tiens pas ici un discours populiste sur le fait qu'il y aurait trop de normes et qu'il faudrait toutes les supprimer, mais je vous assure qu'il existe bien des domaines dans lesquels on peut faire de la désinflation normative, comme on dit à Sciences Po, sans mettre en péril les grands objectifs écologiques et sociaux qui sont les nôtres. Sur ces sujets, je crois que nous avons davantage un problème de contrôle du respect des principes posés, de respect de l'effectivité des droits, que d'élaboration de nouveaux droits. Cette question de l'efficacité de la politique publique est, pour moi, fondamentale dans le contrat de confiance entre les citoyens et les forces publiques.

Je voudrais vous féliciter pour le parcours prestigieux dans lequel vous vous engagez, et vous dire l'honneur qui est le nôtre, à Paris, d'accueillir autant d'élèves, que ce soit à l'EAP ou dans les nombreuses autres écoles de spécialisation de Sciences Po. Paris s'enorgueillit d'accueillir chaque année des stagiaires, et ensuite, en débouchés professionnels, un grand nombre d'entre vous. Nous sommes aussi un territoire qui souhaite être challengé par vos travaux de recherche, vos mémoires, sur ce que nous faisons de bien et de moins bien. Lisez les journaux régulièrement : vous verrez que j'ai plein de problèmes à régler, sur lesquels nous devons être engagés.

En tout cas, je veux vous dire, avec un peu de gravité mais aussi beaucoup d'enthousiasme et de confiance dans l'avenir, que l'on compte sur vous, que Paris compte sur vous, que la France compte sur vous, et que, d'une certaine manière, un tout petit bout de l'humanité tout entière compte sur vous. Engagez-vous, et vous ferez de très belles choses. Ayez confiance. Merci à tous.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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