# Journée de la paix : la paix, un « deal » comme un autre ?
**Date de l'événement :** 21/09/2026
* Publié le 21/09/2026

### Date
21/09/2026

## Chapô
**À l’occasion de la Journée internationale de la paix, célébrée le 21 septembre, le constat est sombre : les conflits se multiplient, les dépenses militaires progressent et les mécanismes multilatéraux de prévention et de résolution des crises s’affaiblissent. Charles Tenenbaum, maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille et intervenant régulier à Sciences Po, analyse la manière dont les efforts diplomatiques pour mettre fin aux conflits sont de plus en plus utilisés par les États comme des instruments d’influence et de puissance. Dans un monde marqué par le retour de la guerre et par des cessez-le-feu souvent fragiles, comment construire une paix durable au-delà des accords diplomatiques et des annonces de court terme ?**

## Corps du texte
Le 21 septembre, les Nations unies célèbrent la Journée internationale de la paix, instaurée par l’Assemblée générale en 1981 (A/RES/36/67, 30 novembre 1981) et fixée à cette date en 2001 (A/RES/55/282, 7 septembre 2001). À New York, quelques jours plus tôt, une cérémonie autour de la « Cloche de la paix » accompagne ce jour. Portant l’inscription « Longue vie à la paix mondiale absolue », fondue avec des pièces et des médailles collectées dans plus de soixante pays, cette cloche de temple bouddhique n’a pas de battant : on la frappe de l’extérieur avec une poutre de bois, deux fois par an, au printemps pour la Journée de la Terre et pour la Journée de la paix.  

Cette année, la journée de la paix coïncide, à 24 heures près, avec l’ouverture du « débat général » de l’Organisation universelle, dont la raison d’être, « préserver les générations futures du fléau de la guerre », énoncée dès le préambule de la Charte de San Francisco (26 juin 1945), est profondément remise en cause aujourd’hui.  

Tour à tour les chefs d’État et de gouvernement des 193 États membres se relaieront au pupitre de la salle plénière durant cette semaine dite « de haut niveau », pour clamer leur attachement à la fin des guerres et à la paix mondiale. L’an dernier à cette même tribune, le président des États-Unis d’Amérique pointait d’un doigt accusateur l’incapacité des Nations unies à mener à bien leur mission de « maintien de la paix et de la sécurité » et, se posant en faiseur de paix, revendiquait avoir « mis fin à sept guerres impossibles à terminer », palmarès porté ensuite à huit. À écouter l’auteur de L’Art du deal, on pouvait ainsi croire que la paix n’était qu’un « deal » comme un autre à la portée de businessmen de talent. On pouvait se prendre à espérer, au vu des succès affichés du « Président de la Paix », tel qu’il s’était lui-même désigné sur son réseau social Truth Social. Cependant et malgré quelques succès (libération des otages et signature d’un cessez-le-feu à Gaza, fin des affrontements entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan), le prix Nobel 2025 échappa à Donald Trump, tandis que sur le terrain, la poursuite des violences démentait, au moins en partie, les espoirs de paix ainsi suscités. Espoirs anéantis par le déclenchement, en février 2026, d'une nouvelle guerre contre l'Iran, dont les soubresauts et l'issue incertaine interrogent les fondements de la puissance américaine.  

Nous connaissons ainsi un monde durablement marqué par le retour de la guerre et la multiplication des crises à l’échelle globale.  

### Des guerres plus nombreuses et plus létales  

Selon le rapport de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (Rustad, 2026) et les données du programme sur l’étude des conflits de l’université d’Uppsala (UCDP), 2025 détient le triste record de l’année la plus violente depuis 1989, après 2021 (guerre civile du Tigray en Éthiopie), et l’année 1994 (génocide au Rwanda). On comptabilise ainsi près de 245 000 personnes tuées dans des violences organisées, la guerre d’Ukraine concentrant près de 95 000 morts au combat, soit 62 % des quelque 153 000 morts au combat recensés dans les conflits impliquant un État. La recrudescence des conflits se poursuit avec soixante-cinq conflits impliquant au moins un État, un record depuis 1946, dont treize dépassent le seuil statistique de 1 000 morts au combat sur une année, un niveau inégalé depuis 1992. Huit guerres opposent des États entre eux, deux fois plus que l’année précédente et le chiffre le plus élevé depuis 1946. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la guerre à Gaza et les violences politiques au Soudan concentrent la majorité de la mortalité liée aux combats.  

Les guerres contemporaines sont aussi plus complexes. Sur trente-cinq pays en guerre en 2025, seize n’en connaissent qu’un seul : dix-neuf sont engagés dans plusieurs conflits simultanément. Quant aux conflits non ou infra étatiques, s’ils connaissent une légère diminution par rapport à 2024, passant de 79 à 75, leur niveau reste substantiellement plus élevé qu’il y a dix ans, le continent africain concentrant la majorité de ce type d’affrontements. Une tendance longue, qui caractérise désormais un ordre mondial marqué par l’instabilité. Quand, sur le terrain des conflits, les armes se taisent enfin, la paix tient plus souvent de la conception dite « négative », intermède entre deux affrontements, que de la conception dite « positive », notion popularisée au cœur de la guerre froide par les fondateurs des études sur la paix, Kenneth et Elise Boulding aux États-Unis, Johan Galtung en Norvège, pour décrire une paix multidimensionnelle, au fondement du concept de « sécurité humaine ». Portée par les Nations unies, avec l’Agenda pour la paix de Boutros Boutros-Ghali (A/47/277-S/24111, 17 juin 1992), le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD, Rapport mondial sur le développement humain, 1994) et le Sommet mondial de 2005 sous le mandat du secrétaire général Kofi Annan (A/RES/60/1, § 138-139), cette vision de la paix, synonyme d’un renversement de la notion de souveraineté privilégiant la « protection » des individus, y compris, si nécessaire, au prix d’une ingérence légalisée par le Conseil de sécurité, appartient désormais à une histoire qui n’est plus celle de l’ordre mondial contemporain.

### Accélération du réarmement, militarisation de la diplomatie  

Au niveau global, le réarmement s’accélère au moment où s’effacent les accords qui l’encadraient : le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé en 1987, qui avait fait disparaître les missiles terrestres d’une portée de 500 à 5 500 kilomètres, a pris fin en août 2019 après le retrait américain. Le traité Ciel ouvert, signé en 1992 et entré en vigueur en 2002, qui autorisait des vols d’observation non armés au-dessus des territoires des États parties, a perdu les États-Unis en novembre 2020 et la Russie en décembre 2021. En novembre 2023, la Russie a retiré sa ratification du traité d’interdiction complète des essais nucléaires, ouvert à la signature en 1996 et jamais entré en vigueur. New START, signé en 2010, qui plafonnait chaque arsenal à 1 550 têtes nucléaires stratégiques déployées et 700 vecteurs et organisait dix-huit inspections sur site par an, a expiré le 5 février 2026 sans successeur ni négociation engagée ; la Russie en avait suspendu l’application dès février 2023. Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, aucun instrument juridiquement contraignant ne limite les arsenaux stratégiques américain et russe.  

Selon les chiffres du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 887 milliards de dollars en 2025, en hausse de 2,9 %, soit 2,5 % de la richesse mondiale, part la plus élevée depuis 2009, et une onzième année consécutive de progression. Cinq États, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Allemagne et l’Inde, en concentrent 58 %, avec 954 milliards pour les États-Unis, 336 pour la Chine et 190 pour la Russie. La rupture se lit en Europe, où la dépense bondit de 14 % pour atteindre 864 milliards : les membres européens de l’OTAN n’avaient plus accru leur effort militaire à ce rythme depuis 1953, et vingt-deux des vingt-neuf d’entre eux consacrent désormais au moins 2 % de leur produit intérieur brut à leur défense. L’Ukraine y consacre 40 % du sien. Les trente-deux alliés réunis pèsent 1 581 milliards, 55 % de la dépense militaire mondiale. On arme donc dans un espace vidé de ses garde-fous. La guerre d’Ukraine et l’instabilité au Moyen-Orient renforcent des tendances qui s’inscrivent dans un contexte de militarisation de la diplomatie, où le recours à la force prend le pas sur son alternative : la gestion des conflits par la négociation.  

### L’échiquier stratégique de la médiation internationale  

Miroir de l’évolution des conflits et du retour de la guerre interétatique, le modèle de la Peace mediation construit après 1990 cède du terrain. Il reposait sur l’intégration de la diversité des acteurs de la paix et sur les principes de la diplomatie à « voies multiples » : unités spécialisées de soutien à la médiation des Nations unies et des organisations régionales, médiateurs professionnels, organisations non gouvernementales, acteurs religieux engagés dans le dialogue interculturel. Son horizon était la résolution des conflits et la transformation des sociétés qui les portent, au prix d’un engagement sur la durée.  

Selon une triple logique d’institutionnalisation, de professionnalisation et de privatisation, aujourd’hui fortement remise en cause, la médiation a connu d’importants développements au cours des deux dernières décennies. La multiplication d’unités professionnelles et permanentes de médiation « pour la paix » au sein des organisations multilatérales, à l’ONU, au Service européen pour l’action extérieure ou à l’Union africaine, a contribué à faire de cette méthode de dialogue un choix privilégié pour dénouer les conflits les plus complexes. Un modèle qui, à l’instar des principes du concept de médiation adopté par l’Union européenne (Conseil de l’UE, 2009 et 2020), mettait les organisations internationales au cœur de mécanismes mêlant acteurs publics et acteurs privés, intervenant à toutes les étapes de la conflictualité, de la prévention à la négociation et jusqu’à la reconstruction post-conflit, le Peacebuilding, afin de garantir une paix durable.  

Une autre logique s’impose cependant aujourd’hui, qui fait de la médiation un instrument de projection de la politique étrangère au service de la puissance. Le tiers médiateur y recherche du statut, de la légitimité et de l’influence. Risquée mais prestigieuse, la démarche se mesure autant à ses résultats, souvent éphémères, qu’à la reconnaissance qu’elle procure en retour.  

Elle est ainsi devenue accessible à des « petits » États, ce qui explique aussi l’encombrement du terrain : concurrents des acteurs traditionnels de la diplomatie des bons offices, à l’image de la Suisse et des pays scandinaves, ce sont aujourd’hui les monarchies du Golfe qui s’illustrent par un activisme médiateur soutenu. Le Qatar, les Émirats arabes unis ou encore le sultanat d’Oman accueillent et financent les tentatives de dialogue entre Russes et Ukrainiens, Israéliens et Palestiniens, Américains et Iraniens.

D’autres, comme la Turquie, entre la Russie et l’Ukraine en 2022, et la Chine, entre l’Iran et l’Arabie saoudite en 2023, revendiquent, parfois avec succès, ce rôle convoité de médiateur. En mai 2025, la Chine a lancé à Hong Kong une Organisation internationale de médiation soutenue par une trentaine d’États, tandis qu’Istanbul accueille depuis 2010 une conférence annuelle dédiée à la médiation. Par un effet de dévoiement, la médiation offre un accès à la scène diplomatique à des régimes autoritaires longtemps tenus à l'écart : le rôle de médiateur leur confère une respectabilité que la nature de leur régime ne leur procure pas.  

Cette stratégie de médiation produit des cessez-le-feu souvent temporaires, des échanges de prisonniers et des annonces, rarement des règlements. La trêve entre les États-Unis et l’Iran, obtenue au printemps 2026 par le Pakistan, puis le mémorandum signé à Islamabad le 17 juin, qui devait ouvrir soixante jours de négociation, ont été déclarés caducs par Donald Trump le 7 juillet. À Gaza, le cessez-le-feu d’octobre 2025 est administré par une structure créée pour l’occasion, le Board of Peace, dont le représentant avertissait le 28 août d’un risque d’effondrement. Au Soudan, le texte annoncé en février par le quatuor américano-saoudo-égypto-émirati n’a pas arrêté la guerre. Quant aux sept guerres déclarées terminées à la tribune de l’Assemblée générale en septembre 2025, elles n’ont pas véritablement laissé place à la paix, lorsque les combats n’ont pas tout simplement repris comme en République démocratique du Congo.  

### Construire la paix  

Le thème retenu pour la journée internationale de la paix 2026, « Investir dans la paix : pour tous, partout, chaque jour », rend hommage aux artisans quotidiens de la paix, ceux qui, selon la formule de l’Organisation, rappellent que la paix ne se construit pas seulement dans les salles de conférence.  

En octobre 2025, faute de trésorerie, elle a réduit le budget de ses neuf opérations de maintien de la paix et engagé le rapatriement d'environ un quart de ses effectifs en uniforme. Ceux-ci comptaient 61 049 militaires et policiers fin août 2025 ; dix ans plus tôt, ils étaient 108 000 sur le terrain des opérations de paix. Au 30 avril 2026, les arriérés des États membres dépassaient 6,3 milliards de dollars, dont 3,5 pour le seul maintien de la paix.  

À l’heure du retour de la guerre, de la multiplication des crises à l’échelle globale et du retrait de la coopération internationale, que peut-on attendre d’un tel appel ? La paix durable se construit, elle ne se décrète pas. Elle passe par les sociétés civiles, par la participation des femmes que la résolution 1325 avait consacrée il y a vingt-six ans (S/RES/1325, 31 octobre 2000), par les acteurs religieux, par le dialogue patient qui précède et suit les accords. Une conception qui reste cependant stérile s’il n’existe aucune réponse crédible à l’agression, à la violence terroriste et aux menaces qui pèsent sur les États et leurs populations. C’est le défi que doivent relever ceux qui se réclament aujourd’hui du titre de faiseur de paix. Un autre l’avait porté avant eux, revenu de Munich à la fin de septembre 1938 pour annoncer la paix de son temps ; onze mois plus tard, la guerre était là.

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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