# Opération Spéciale Élections dans la Russie en guerre
**Date de l'événement :** 25/09/2026
* Publié le 25/09/2026

### Date
28/09/2026

## Chapô
**Les scrutins organisés dans toute la Fédération de Russie les 18-20 septembre 2026 ont été marqués par des fraudes, des manipulations, des intimidations et des votes illégaux dans les territoires occupés d'Ukraine. Marie Mendras, professeure à PSIA-Sciences Po, spécialiste de la Russie, de l’Ukraine et des politiques européennes, auteure de [La guerre permanente. L’ultime stratégie du Kremlin](https://www.librairie-sciencespo.fr/livre/9782702189832-la-guerre-permanente-l-ultime-strategie-du-kremlin-marie-mendras/) (Calmann-Lévy, 2024), analyse les mécanismes par lesquels le pouvoir russe fabrique des plébiscites pour dominer, soumettre et imposer la poursuite de la guerre. Quels objectifs Vladimir Poutine poursuit-t-il en organisant des élections manipulées, et que nous révèle cette quête d'unanimisme sur la nature du régime russe ?**

## Corps du texte
En cette cinquième année de SVO, "Opération militaire spéciale", le Kremlin a mené une SEO, Opération spéciale élections. Car telle est bien la nature de l'exercice conduit les 18-20 septembre 2026. Sous couvert d'élections législatives et de scrutins régionaux et locaux, Vladimir Poutine a imposé un référendum pour la guerre, dans des conditions exceptionnelles d'ingérence policière et administrative, sous contrôle du FSB. Il a publiquement déclaré que chacun devait voter pour soutenir les soldats et assurer la victoire de l'armée russe. 

### Tous pour la guerre !

Seul le "oui à Poutine" était recevable, puisque les candidats dissidents avaient été écartés, certains mis en prison, et aucune voix critique ne se fera entendre à la Douma d'État. Les résultats annoncés le 22 septembre ont été conformes aux instructions : 355 sièges sur 450 pour le "parti du pouvoir" Russie unie, 40 pour le parti communiste, 25 pour le LDPR, 20 pour "Nouvelles personnes", 4 pour Russie juste. Russie unie a décroché douze sièges de plus qu'en 2021, auxquels s'ajouteront quelques députés "indépendants" qui rejoindront commodément le parti dirigeant. Ainsi, la majorité des quatre cinquièmes a supplanté la majorité des trois quarts. L'unanimisme se porte bien. La composition de la Douma a un peu changé, notamment avec l'entrée de vétérans et officiers de la guerre en Ukraine.

Le 23 septembre, Viatcheslav Volochine a pris pour la troisième fois la présidence de la Douma, poste qu'il détient depuis 2016. Auparavant, il avait occupé le poste de directeur adjoint de l'administration présidentielle et continue de servir avec zèle le Chef. Sous sa férule, la Douma fonctionne comme une chambre d'enregistrement des décisions du Kremlin et n'est plus de fait une institution parlementaire représentative. Les élections manipulées privent les députés de toute légitimité.

Plus grave, le vote organisé dans des territoires occupés par la Russie en Ukraine, Géorgie et Moldavie viole le droit international et le droit des personnes et rend les scrutins illégaux. Le pouvoir russe a ouvert des bureaux de vote dans les régions occupées de Donetsk, Lougansk, Kherson, Zaporijia, et en Crimée, où il a procédé à la distribution de passeports russes et l'élimination des documents d'identité ukrainiens. Il y a dressé des listes électorales et encadré l'exercice sous le régime de la loi martiale. Il s'appuie sur l'annexion illégale et non reconnue des quatre régions (partiellement occupées) en septembre 2022, et de la Crimée en 2014. En y ajoutant les "électeurs russes" de Transnistrie en Moldavie, d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud en Géorgie, plusieurs millions de bulletins pour Russie unie ont été engrangés.

Ces opérations permettent également d'exposer au grand jour la soumission des populations occupées, converties en "citoyens de la Russie" et de les enfermer dans le fait accompli. Déjà aux législatives de 2016 et 2021, et à la présidentielle de 2024, le Kremlin avait eu recours à cette méthode, qui constitue une violation de la Charte des Nations unies, l’Acte final d’Helsinki et les résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU. L'organisme EPDE, European Platform for Democracy, analyse les processus électoraux dans les pays non démocratiques, et conclut que le vote organisé par la Russie dans les territoires occupés est "[un acte de guerre](https://epde.org/?news=manufactured-legitimacy-fake-observers-at-russias-2026-state-duma-elections)".

En prenant en otage les populations sous occupation, Vladimir Poutine provoque les organisations internationales et les pays démocratiques, cela fait partie de son arsenal. Il assume le non-respect du droit international. En 2020 il a imposé une révision majeure de la constitution qui visait notamment à affirmer  la supériorité du droit national sur le droit international à lui octroyer de fait la présidence à vie, avec la possibilité de se représenter encore deux fois à la présidentielle, en 2024 et en 2030, pour [des mandats de six ans](https://desk-russie.eu/2024/03/10/poutine-ne-sera-pas-reelu.html).

### Manipulations, fraudes et violence politique

La campagne électorale était évidemment dominée par le soutien à Poutine, sauveur de la nation contre les nazis ukrainiens et l'ennemi occidental. Le seul parti anti-guerre, Iabloko (la Pomme), après avoir été admis à concourir et placé en seconde position sur le futur bulletin de vote, a été écarté du scrutin en août. La formation sociale-démocrate fondée en 1991 avait fait l'objet d'un tel engouement sur Internet qu'elle faisait de l'ombre au parti du pouvoir et aux autres partis inféodés au système. La répression s'est abattue sur des dizaines de candidats et membres de la "Pomme". Preuve de la hargne qui agite les Poutiniens, dans des bureaux de vote était affiché un avis interdisant d'apporter .... des pommes ! 

![L'entrée avec des pommes sur le territoire du bureau de vote est interdite. Les personnes qui contreviendront à cet avis seront repoussées hors du bureau.](https://firebasestorage.googleapis.com/v0/b/memory-conference.firebasestorage.app/o/prod%2FBfyDFv5o0CJpQ8yzeNu0%2FprojectsMedias%2FeNrmcleyLd9AkTc0rK8T%2FwysiwygMedias%2F993b8c15-65ea-4a50-b871-0985efd4fe62.png?alt=media&token=9e3a45db-43aa-4460-95f7-fc4922c4b86b)_Affiche dans un bureau de vote russe. "L'entrée avec des pommes sur le territoire du bureau de vote est interdite. Les personnes qui contreviendront à cet avis seront repoussées hors du bureau." Photographie proposée par l'auteure._ 

La fabrication des résultats est bien rôdée depuis une vingtaine d'années. Mais cette fois-ci, les manipulations et fraudes ont pris [une autre ampleur](https://mailchi.mp/a2516b7bda69/25-issue-russian-election-monitor-11048708?e=7548f0920c.). L'arrogance dans l'exposition des malversations était frappante. Des millions de personnes ont voté sur leur lieu de travail ou d'études, ou dans une maison de retraite avant l'ouverture des bureaux de vote. Aucun observateur indépendant n'était présent. 

Le vendredi 18 septembre, premier jour d'un scrutin de trois jours, a été choisi par les administrations et entreprises pour envoyer leurs employés faire leur devoir, et se prévaloir ensuite d'avoir produit "les bons résultats". La rétribution est espérée, et la sanction évitée. Environ 17% des votes auraient été transmis par Internet. Le vote électronique offre un moyen commode de fraude, car le processus est opaque et centralisé. L'anonymat n'est pas respecté, poussant l'électeur à cocher la bonne case. 

Les députés qui siègent à la Douma d'État sont choisis pour moitié au scrutin de liste, et moitié au scrutin uninominal. Douze candidats au scrutin uninominal ne faisaient pas partie du "système", et ils ont été défaits en 2026. Rappelons que dans les années 2000, le scrutin uninominal avait permis à de nombreuses personnalités, bien connues dans leur circonscription et parfois influentes au niveau national, de siéger à la Douma d'État ou dans une assemblée régionale. Vladimir Poutine a réduit cette offre politique au minimum après la contestation massive des législatives de décembre 2011. Des millions de personne, dans la rue et sur Internet, demandaient l'annulation d'un scrutin frauduleux. Le pouvoir a pris peur et a verrouillé les élections, révisé la législation, accusé à tort et condamné des rivaux, et éliminé les grands leaders de l'opposition démocratique, Boris Nemtsov en 2015 et Alexei Navalny en 2024.

Contrôler le scrutin de liste ne pose pas de difficulté. Il suffit d'interdire, sous des prétextes divers, les vrais partis d'opposition, et conclure des marchés avec les organisations prêtes à accepter le rôle de " partis accessoires", comme le parti communiste et le parti extrémiste LDPR. Ceux-ci en tirent des profits sonnants et trébuchants, et des privilèges en nature. Écarter du scrutin uninominal les candidats indépendants est une entreprise qui a pris plus de temps.

À l'issue de scrutins régionaux et locaux, quelques membres de Iabloko et des indépendants ont été élus. Le pouvoir central n'a pas les moyens, politiques et financiers, de dicter sa volonté dans toutes les collectivités. Et quelques exceptions à la règle ne le gênent pas.

Dans des républiques non-russes de la Fédération, comme le Tatarstan ou le Daghestan, les jeux sont faits avant même l'ouverture des bureaux de vote. Le géographe politique Dmitri Orechkine, aujourd'hui exilé à Riga, qualifie ces républiques de "sultanats électoraux" où le pouvoir moscovite obtient un vote écrasant, sous la responsabilité des dirigeants des républiques. C'est une assurance tous risques pour la dictature qui craint toujours une mauvaise surprise. Et la complicité des chefs est actée.

Parmi les nombreux "scrutins" organisés en septembre 2026 figurait le cinquième plébiscite du despote de Tchétchénie. Avec 99,85% des suffrages, Ramzan Kadyrov poursuit son règne violent et prédateur. Dans cette république martyre du Nord-Caucase, les urnes sont remplies avant le rituel.

L'abstention demeure le principal mode de protestation ou de non-soutien au pouvoir, et elle est toujours trop élevée pour un système en quête d'unanimisme. Le 21 septembre 2026, la commission électorale centrale a brandi le pourcentage de 59,68%, pour 67 279 994 suffrages. Selon les experts qui suivent les "opérations spéciales" depuis de longues années et ont recueilli des données sur la fréquentation des bureaux de vote, la participation réelle se situerait à peine au-dessus de 40%. Le Kremlin ne tolère pas qu'on apporte la preuve du crime électoral. Le 25 septembre, il a fait arrêter mon collègue Alexandre Kynev, chercheur reconnu, qui a eu le courage de rester en Russie pour continuer à exercer son métier et partager sur Telegram son analyse du vote. [Le politologue avait été déclaré "agent de l'étranger" en février 2026, il était harcelé et menacé. Il sera jugé pour "trafic de drogues".](https://www.lemonde.fr/international/article/2026/09/26/repression-en-russie-un-analyste-critique-des-fraudes-electorales-arrete-pour-trafic-de-drogues_6783129_3210.html)  

En dépit de la répression, les opposants à la guerre ne renoncent pas. Le 20 septembre, Nikolai Rybakov, président du parti Iabloko, a défié la dictature en inscrivant "Iabloko. Pour la paix" sur son bulletin de vote, où ne figuraient que les dix partis "systémiques", adoubés par le Kremlin. 

![](https://firebasestorage.googleapis.com/v0/b/memory-conference.firebasestorage.app/o/prod%2FBfyDFv5o0CJpQ8yzeNu0%2FprojectsMedias%2FeNrmcleyLd9AkTc0rK8T%2FwysiwygMedias%2F274123f1-9aab-4634-a660-d4cd71462d81.png?alt=media&token=7609776f-fcb3-472d-b9aa-097ff80dab92)_Nikolai Rybakov défie le pouvoir russe en inscrivant le nom de son parti, Iabloko, sur un bulletin de vote, avec la mention : "Pour la paix". Photographie proposée par l'auteure._ 

De nombreux témoignages de fraude, d'ingérence et d'intimidation, de comptage des voix à huis clos ont été postés sur les réseaux sociaux grâce aux logiciels VPN et aux relais de la résistance à l'étranger. Les opposants prennent des risques.  La répression est de plus en plus féroce, en Russie et à l'étranger. Dans le rapport qu'elle a présenté le 21 septembre devant le Conseil des droits de l'homme à l'ONU à Genève, Marina Katzarova a montré comment la Russie exporte son "règne de la peur" chez les Russes installés en Europe, Asie centrale et Caucase. "La répression transnationale constitue une stratégie d'État systématique et institutionnalisée", [décuplée depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022](https://news.un.org/fr/story/2026/09/1159506). 

### Enfermer les Russes dans la complicité

La nouvelle Douma fonctionnera comme la précédente. Elle approuvera sans discussion les projets du Kremlin. Le 22 février 2022, les députés avaient voté à l'unanimité l'indépendance des régions de Donetsk et Lougansk, occupées par les Russes sur un tiers de leur territoire. Cette décision avait donné le feu vert "législatif" à l'invasion de l'Ukraine, lancée deux jours plus tard. Immédiatement, ces "républiques populaires" ont demandé le soutien de Moscou et l'intervention de l'armée. Par ce vote inique, la Douma s'est faite complice de la guerre.

Si tout est verrouillé, pourquoi organiser une mascarade électorale à travers toute la Fédération de Russie, et publier des résultats fixés à l'avance ? Au pouvoir depuis 27 ans, Vladimir Poutine n'a plus la prétention d'avoir la légitimité des urnes, cette vanité est passée. Mais il est avide de la reconnaissance de sa puissance et de l'applaudissement de son pouvoir absolu. Le peuple doit voter, puis se taire. Dans la logique paranoïaque du despote, ses administrés ont donné leur consentement à tout, de la mobilisation militaire des hommes au blocage de l'Internet.

Les plébiscites fabriqués présentent d'autres avantages. Le premier est la démonstration du pouvoir de transgression. Poutine et lui seul peut transgresser règles et lois, même celles qu'il a lui-même édictées. Aucun autre responsable russe n'a une autorité égale à la sienne. Et les gouvernements occidentaux sont prisonniers d'un seul et unique interlocuteur, Vladimir Poutine.

Un autre avantage est de rendre complice du crime une population qui n'a pas voix au chapitre. La fabrique des scrutins, année après année, repose sur le travail de plus d'un million de fonctionnaires des administrations, commissions électorales à chaque niveau territorial, et membres de plus de 90 000 bureaux de vote. Ces personnes sont complices des fraudes et violations du droit. Ceux qui font la besogne dans les territoires occupés d'Ukraine participent à un acte de guerre, sans prendre la mesure du crime et des conséquences possibles pour eux.

Quant aux électeurs qui cochent une case sur leur bulletin, ils participent à la démonstration de force du régime. L'opération spéciale électorale convainc le pouvoir qu'il se trouve face à une société faible, privée d'institutions et de droits, dépendante pour son existence et sa sécurité.

Le pouvoir n'est responsable de rien, ne rend de comptes à personne. Le sujet de la dictature ne se sent pas responsable non plus, puisqu'il n'a pas son mot à dire. Cette irresponsabilité est le ciment d'un régime qui s'appuie sur la dépendance, le renoncement, la dénonciation, la guerre.

Les élections sont aussi un instrument de corruption. Tous les patrons d'entreprise et d'administration participent à l'opération plébiscitaire. Ils sont invités à payer, faire des cadeaux, et reçoivent en échange des rétributions. Ils obtiennent des contrats et des subventions, d'autant plus indispensables dans un contexte de sanctions occidentales de plus en plus lourdes.

L'enjeu des scrutins fabriqués, c'est la guerre car la survie de la dictature dépend de la continuation de la guerre. En février 2022, Poutine a ordonné l'agression de l'Ukraine dans l'espoir insensé d'une victoire immédiate. Il a échoué et refuse de se mettre en position de rendre des comptes. Comment pourrait-il justifier les pertes russes en Ukraine, évaluées à plus d'un million et demi de tués et blessés ? Comment expliquer qu'il ait laissé des usines, raffineries, entrepôts, casernes sans protection contre les frappes ukrainiennes ? Il a besoin d'une Russie en guerre. Dans ces conditions, l'Ukraine et ses alliés doivent mettre l'agresseur en difficulté et le forcer à accepter une cessation des hostilités. Il n'y a pas d'autre choix.  

_Pour aller plus loin, lire l'entretien de Marie Mendras sur [La Guerre Permanente, l'Ultime stratégie du Kremlin](https://conference.sciencespo.fr/content/2026-02-24/la-tyrannie-est-tentee-par-la-guerre-entretien-avec-marie-mendras_GMrLMEqZyT0nDFok1V6R)._

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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