# Le retour en force du Sénat ?
**Date de l'événement :** 28/09/2026
* Publié le 28/09/2026

### Date
28/09/2026

## Chapô
**À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, le renouvellement de la moitié du Sénat confirme la stabilité de la majorité de droite et du centre, mais fait aussi apparaître de nouvelles dynamiques, avec la constitution d’un groupe du Rassemblement national et l’entrée de La France insoumise au Palais du Luxembourg. Luc Rouban, directeur de recherche CNRS au CEVIPOF de Sciences Po et spécialiste de la sociologie des élites et des transformations de la démocratie, analyse les ressorts de ce retour en force du Sénat, mais aussi ses limites sociales et représentatives. Entre fonction de stabilisation, représentation des territoires et recomposition des équilibres politiques, le Sénat est-il en train de redevenir un acteur central de la vie démocratique française ?**

## Corps du texte
Depuis la réforme du 30 juillet 2003, mise en œuvre depuis 2011, le Sénat est renouvelé par moitié tous les trois ans. Le 27 septembre, 93 469 grands électeurs, dont 95% proviennent des conseils municipaux, ont été appelés à élire 178 sénateurs quelques mois avant l’élection présidentielle de 2027. Autant dire que le résultat doit être analysé avec attention alors que la France traverse une crise démocratique sans précédent et que la polarisation politique s’est accentuée. Le Sénat revient au centre du débat démocratique.  

### Une institution injustement méprisée  

Le fait que le Sénat, héritier du Conseil des Anciens, créé en 1795 sous le Directoire, ou de la Chambre des Pairs, qui a rassemblé l’aristocratie de la Restauration à la Monarchie de Juillet, soit considéré comme une institution particulièrement conservatrice a durablement pesé sur le regard que les commentateurs portaient sur lui. Pendant longtemps, le Sénat fut considéré comme un peu inutile : sous la Vᵉ République, dans le cadre du débat législatif et surtout budgétaire, il doit s’effacer devant l’Assemblée nationale qui a toujours le dernier mot et capte les grands enjeux politiques du moment ; l’élection de ses membres au suffrage indirect passe pour un mécanisme poussiéreux rappelant le suffrage censitaire où seuls les électeurs d’un certain rang social et disposant d’un certain revenu pouvaient choisir les représentants ; l’idée même de représenter les territoires à Paris semble bien vieillotte à l’heure des réseaux sociaux et d’Internet, évoque l’idée d’un pouvoir local secondaire. Cette image persistante a même poussé le général de Gaulle, si souvent invoqué aujourd’hui, à en proposer une réforme radicale en 1969 pour le fusionner avec le Conseil économique et social et en faire une assemblée de représentation professionnelle et syndicale, réforme néanmoins rejetée par référendum. Et après le décès de Georges Pompidou, c’est bien le président du Sénat, Alain Poher, qui a exercé les fonctions présidentielles par intérim avant l’élection de 1974, conformément à la Constitution. La Vᵉ République ne se réduit pas à une présidence de la République ayant concentré tous les pouvoirs exécutifs et à une Assemblée nationale impuissante et tétanisée par la violence de ses divisions. En revenir à un équilibre institutionnel plus favorable au parlementarisme, c’est faire entrer le Sénat dans l’équation.  

### Stabiliser la vie démocratique  

Car le Sénat, c’est aussi la permanence et la stabilité, deux caractéristiques disqualifiées lorsque les alternances se succédaient sans trop de problème mais qui deviennent cruciales lorsque l’horizon politique s’obscurcit et que les majorités sont introuvables. Le Sénat a su investir un rôle de contrôleur, avec ses commissions d’enquête (notamment avec l’affaire Benalla), lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, et sa majorité de droite a pris des initiatives politiques sur l’immigration ou l’agriculture après 2024. Ces tentatives ont sans doute échoué mais les regards se tournent encore vers lui alors que des projets de réforme radicales sont élaborés soit pour changer de régime et passer à la VIe République, comme le souhaite La France insoumise, soit pour modifier le bloc de constitutionnalité et le régime des libertés publiques, comme le propose le Rassemblement national.   

De telles réformes constituantes (pour LFI) ou constitutionnelles (pour le RN) soulèvent la question du recours au référendum. L’article 11 de la Constitution ne le permet pas, sauf à forcer l’ordonnancement juridique comme l’avait fait le général de Gaulle en 1962 pour instaurer l’élection du président de la République au suffrage universel, procédure durement critiquée par la majorité des juristes et rejetée d’ailleurs par le Conseil d’État dans son arrêt Sarran et Levacher de 1998 qui la réserve aux seules modifications législatives. La voie normale de la réforme constitutionnelle est celle de l’article 89 qui prévoit, lorsque l’initiative de la révision est prise par le président de la République, que le texte soit voté dans les mêmes termes par les deux Chambres, le Sénat retrouvant alors un plein droit de veto, comme il l’a fait deux fois en 1984 contre un projet déposé par François Mitterrand afin d’étendre le champ de l’article 11 aux garanties des libertés publiques à la suite du conflit sur l’école privée. Par la suite, le président de la République peut soumettre ce projet soit à référendum soit le faire voter par le Congrès réunissant les deux Chambres qui doivent le voter aux trois cinquièmes des suffrages exprimés, ce qui place à nouveau le Sénat en position de force. Autant dire qu’en cas d’accession à l’Élysée de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen, la présence du Sénat sera de nature à calmer les velléités de bouleversement constitutionnel.   

### Faire de la politique autrement  

Mais les élections sénatoriales de 2026 se revêtent d’autres enjeux. Le premier d’entre eux c’est la capacité du Sénat à représenter réellement les territoires à un moment où le local devient un espace de réinvention de la citoyenneté. C’est bien au niveau local que fonctionnent réellement les expériences de démocratie participative. Cette situation ravive le débat sur la décentralisation et vient rappeler que la France est composée de territoires diversifiés dont le Sénat réunit les représentants. Gérard Larcher, son président, a toujours mené la bataille pour que les collectivités locales disposent d’un véritable pouvoir de décision. Issus des territoires, choisis par des élus locaux, les sénateurs sont moins préoccupés de divisions partisanes que d’accords à l’amiable. Or le débat politique d’aujourd’hui s’organise précisément autour de la fracture entre la radicalité et l’idée de compromis intelligents, donc efficaces à l’image de ce que les démocraties parlementaires européennes ont pu produire.   

De fait, le « centrisme » reste une caractéristique du Sénat qui se reflète dans l’organisation de ses groupes dont les frontières sont assez floues au sein de l’ancienne majorité. Celle-ci était composée par le groupe Les Républicains (REP, 131 sénateurs), le groupe Union centriste (UC, héritier de l’UDF, avec 59 sénateurs), le groupe Les indépendants, République et territoires (LIRT, 20 sénateurs, dans l’orbite d’Horizons d’Édouard Philippe) et le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI, 19 sénateurs principalement issus de Renaissance et dont la moitié sont ultramarins). À gauche, la force principale était représentée par le groupe Socialiste, écologiste et républicain (SER, 65 sénateurs), une gauche très modérée par la présence du groupe Rassemblement démocratique et social européen (RDSE, centre gauche et radicaux, minoritaire mais hors opposition) fort de 16 sénateurs. La radicalité de gauche commençait avec le groupe Écologiste, solidarité et territoires (GEST) qui avait 16 sénateurs et le groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste – Kanaky (CRCE-K) avec 18 sénateurs. Mais La France insoumise n’avait aucun groupe tout comme le RN dont les trois représentants se retrouvaient dans le groupe RASNAG, pour désigner la Réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe, autrement dit les non-inscrits.  

### Un monde socialement fermé  

La question se pose donc de savoir si le Sénat, en qui seuls 26% des Français ont confiance selon [la dernière vague du Baromètre de la confiance politique du Cevipof](https://www.sciencespo.fr/cevipof/fr/etudes-enquetes/barometre-confiance-politique/), est en mesure de répondre à la demande d’une nouvelle vie politique. Socialement, il représente plutôt le « local du haut », celui de l’oligarchie qui a progressivement saisi les grandes municipalités. Pourra-t-il sortir de son enclavement notabiliaire ? Le Sénat, tout comme l’Assemblée nationale, a été investi par les professionnels de la politique.  
Parmi les sénateurs présents en 2026, avant le renouvellement, on compte 37,4% de femmes et l’âge moyen y est de 62 ans. La répartition des professions est loin de représenter la sociologie de la population française : 49,1% des sénateurs appartiennent aux catégories sociales supérieures, 46,3% aux catégories moyennes et 4,6% aux catégories populaires. Encore faut-il souligner que le classement en grandes catégories est toujours délicat : on a ainsi placé les agriculteurs (17 au total) parmi les catégories moyennes alors que certains gèrent des domaines viticoles classés ou ont été présidents de chambres d’agriculture ; parmi les catégories populaires on ne trouve aucun ouvrier même si quelques-uns viennent du monde ouvrier mais se sont convertis en permanents politiques notamment au sein du PCF avant d’être élus sénateurs ; la catégorie des professionnels de la politique (membres des entourages locaux, permanents) a été classée dans la classe moyenne mais tout dépend en fait des trajectoires personnelles, du niveau de diplôme et du parti ; on a distingué ces professionnels des cadres de la fonction publique territoriale, une distinction souvent un peu artificielle.  

La catégorie socioprofessionnelle la plus représentée est précisément celle des professionnels de la politique avec 75 sénateurs soit 21,6% du total, suivie par celle des cadres d’entreprises (15,5%), des enseignants (9,2%) et des industriels et chefs d’entreprise (7,2%). Le monde salarial est bien plus représenté (71,1%) que le monde des indépendants (28,9%). C’est dans le groupe CRCE-K que la proportion de professionnels de la politique est la plus élevée (50%), suivi par le groupe SER (34,4%) et le groupe RDSE (27,8%). Cela signifie que l’image d’un Sénat peuplé d’agriculteurs (4,9%) et de professions libérales (14%) est fausse. La notabilité s’acquiert désormais moins par la profession que par le parcours politique.  

![](https://firebasestorage.googleapis.com/v0/b/memory-conference.firebasestorage.app/o/prod%2FBfyDFv5o0CJpQ8yzeNu0%2FprojectsMedias%2FM515FDNue0es1j9BJRbc%2FwysiwygMedias%2F478d587d-be72-412b-b47a-179c9c122128.png?alt=media&token=ef8d79f8-63ae-4d6f-a1e8-e7b859d0d7ca)_Graphique 1 – La composition socioprofessionnelle du Sénat par groupe en 2026 (%). Source : Luc Rouban, CEVIPOF._

### Notabilité statutaire et notabilité professionnelle  

Les élections sénatoriales constituent souvent le couronnement d’un parcours de professionnel de la politique plutôt que l’effet mécanique d’une notabilité par le statut social. Du reste, les parcours scolaires sont loin d’être ceux des élites de l’État. On ne trouve que deux anciens de l’ENA, deux anciens de Normale Sup, huit anciens de grandes écoles de commerce. Les diplômes de droit dominent (18% avec six docteurs), avant les études scientifiques ou médicales (15,5%), les études de gestion et de management (9%) et les études d’économie (5%). Les diplômés de l’IEP de Paris comptent pour 6%, ceux d’IEP régionaux pour 4%. Environ un tiers des sénateurs (32,4%) ne dépassent pas le niveau du Bac.  

En revanche, la détention de positions de pouvoir au moins local est un facteur de réussite. On peut mesurer la construction de cette notabilité professionnelle en prenant comme points de repère l’accès à des positions exécutives au sein d’instances locales comme le fait d’être maire, président d’EPCI (intercommunalités), président ou vice-président de conseils départementaux et régionaux, et, au niveau national, d’avoir été ministre, membre des cabinets ministériels, député ou député européen. Seuls 36 sénateurs sur 348, soit un peu plus de 10%, ne détiennent aucune de ces marques de notabilité professionnelle.   

![](https://firebasestorage.googleapis.com/v0/b/memory-conference.firebasestorage.app/o/prod%2FBfyDFv5o0CJpQ8yzeNu0%2FprojectsMedias%2FM515FDNue0es1j9BJRbc%2FwysiwygMedias%2Fc2b71d9c-40e7-4eb0-a488-718335ab1878.png?alt=media&token=4c192b12-9042-466f-8fc6-8b83611d9073)_Graphique 2 – Le passage par des positions de pouvoir avant l’accès au Sénat (%). Source : Luc Rouban, CEVIPOF._

### Un nouvel équilibre politique ?  

Le renouvellement de 2026 pose enfin la question des rapports de force politiques, à droite comme à gauche, dans la perspective de l’élection présidentielle. Le Sénat est dominé par la droite et le centre depuis 1958 sauf entre 2011 et 2014 lorsque la gauche y a obtenu la majorité. Deux sujets ont émergé : celui de l’équilibre entre la droite LR et le RN et celui du potentiel affaiblissement des LR face aux centristes et post-macronistes. Au total, 133 sénateurs se présentaient à leur réélection, 111 ont été réélus et 22 battus, ce qui limite évidemment l’effet du renouvellement. Il faudra attendre jusqu’au 5 octobre pour connaître la répartition précise entre groupes mais un premier bilan politique peut être tiré.  

La nouveauté est la conquête de 14 sièges par le RN et ses alliés de l’UDR d’Éric Ciotti, ce qui lui permet de créer un groupe, aux multiples avantages : un secrétaire au bureau du Sénat, une niche parlementaire permettant de décider de l’ordre du jour une fois par mois, au moins une question au gouvernement par semaine… De ce côté le RN va pouvoir revendiquer une progression historique, après celle enregistrée aux élections municipales où il avait fait élire 3 000 conseillers municipaux, puisqu’il n’avait jusque-là que trois sénateurs. Ses succès, notamment en Provence-Côte d’Azur, ont affaibli par ailleurs les LR.  

Ces derniers allaient-ils perdre leur domination au profit des centristes ? Les tensions s’étaient accrues surtout depuis que Bruno Retailleau avait déclaré soutenir Valérie Boyer, sortante dissidente des Bouches-du-Rhône, à l’encontre des accords passés avec les centristes. LR anticipait une perte de 3 à 10 sièges. Le groupe REP devrait passer entre 123 et 125 sénateurs, ce qui lui permet de garder le contrôle de la majorité avec le groupe UC qui ne peut s’imposer comme seconde force et reste en troisième position sans doute avec 60 sénateurs. En revanche, le macronisme sénatorial du groupe RDPI, créé en 2017, subit une défaite perdant cinq à six sièges dont deux en outre-mer et devrait se réduire à 15 sénateurs. À l’image de ce qui se joue dans la campagne présidentielle, Horizons, le parti d’Édouard Philippe, a exercé une certaine attractivité en obtenant 20 sièges, ce qui devrait conforter le groupe LIRT.  

À gauche, où aucun accord national n’avait été signé, on enregistre une certaine stagnation. Le groupe SER devrait conserver 60 sénateurs et toujours constituer la seconde force du Sénat, un nombre stratégique car cela lui permet de saisir le Conseil constitutionnel de manière indépendante surtout en cas de victoire du RN en 2027. Le groupe CRCE-K va bénéficier de la réélection des quatre sénateurs communistes qui se représentaient. Le groupe GEST devrait garder 14 sénateurs, malgré les revers des Écologistes lors des municipales. Enfin, LFI obtient deux sièges de sénateurs, celui de Gabriel Amard dans le Rhône et celui de Marc Péré en Haute-Garonne, élu sur une liste d’union, sans savoir s’ils vont rejoindre les non-inscrits ou éventuellement le groupe GEST.  

Le renouvellement du Sénat en 2026 reflète donc bien, même de manière floutée, l’évolution du paysage politique français : faiblesse collective de la gauche, attraction de la droite vers la radicalité, éclatement des centres. Mais l’institution absorbe les forces centrifuges. C’est ce qui fait la force du Sénat.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



---
### Navigation pour IA
- [Index de tous les contenus](https://conference.sciencespo.fr/llms.txt)
- [Plan du site (Sitemap)](https://conference.sciencespo.fr/sitemap.xml)
- [Retour à l'accueil](https://conference.sciencespo.fr/)
