# La démocratie brésilienne peut-elle résister à une présidentielle sous haute tension ?
**Date de l'événement :** 01/10/2026
* Publié le 01/10/2026

### Date
02/10/2026

## Chapô
**This article is also [available in English](https://conference.sciencespo.fr/content/2026-10-01/can-brazils-democracy-withstand-another-polarized-presidential-election_6MWAIDb2ZLt8u7t5ReTG).**

**L’élection présidentielle brésilienne se déroule dans un climat marqué par une forte polarisation, une défiance à l’égard des institutions politiques et des inquiétudes croissantes liées à la fois aux scandales intérieurs et aux ingérences étrangères. Roberta Picussa, chercheuse postdoctorale invitée au CEVIPOF de Sciences Po, analyse la manière dont ces tensions structurent la campagne, de la persistance du clivage entre Lula et Bolsonaro à l’essor de candidats outsiders, en passant par la crise qui touche le Tribunal suprême fédéral. Les institutions démocratiques brésiliennes peuvent-elles résister aux pressions qui entourent l’élection présidentielle de 2026 ?**

## Corps du texte
Le premier tour des élections générales brésiliennes se tiendra le dimanche 4 octobre. Deux candidats dominent les sondages : Lula da Silva et Flávio Bolsonaro.  

Lula brigue un quatrième mandat sous les couleurs du Parti des travailleurs (PT), allié à deux autres formations de centre gauche. Flávio, sénateur et l'un des fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, est le candidat du Parti libéral (PL, extrême droite) en lieu et place de son père, inéligible et emprisonné après sa condamnation pour tentative de coup d'État, entre autres crimes.  

La présidentielle se déroule en même temps que les élections législatives, qui renouvellent l'intégralité de la Chambre des députés et une partie du Sénat. Les électeurs désignent également, lors du même scrutin, les gouverneurs et les députés des États. La présidence, les sièges sénatoriaux et les postes de gouverneur sont pourvus au scrutin majoritaire, tandis que la Chambre des députés est élue à la proportionnelle. Le vote est obligatoire, et un second tour n'a lieu que pour les fonctions exécutives lorsqu'aucun candidat n'obtient plus de 50 % des suffrages valablement exprimés. Il se tiendra le 25 octobre.  

Lula est en tête des sondages : les intentions de vote en sa faveur oscillent entre 37 % et 41 % depuis mars. Flávio, lui, fluctue entre 31 % et 37 %, selon l'agrégateur de sondages de la BBC. À l'approche du scrutin, Flávio a progressivement réduit l'écart. Pour le second tour, les projections indiquent une égalité statistique, avec un léger avantage numérique pour Flávio.  

Les chiffres de Lula et de Flávio ne racontent toutefois qu'une partie de l'histoire. La campagne est marquée par un fort rejet des deux favoris et, paradoxalement, par la difficulté de leurs concurrents à percer. Deux autres facteurs compliquent le tableau : un vaste scandale de corruption impliquant Banco Master, l'une des grandes banques du pays, des responsables politiques et des membres du Tribunal fédéral suprême (Supremo Tribunal Federal, dit STF), ainsi que des tensions autour d'une possible ingérence des États-Unis dans le processus électoral brésilien.  

### La polarisation électorale : une affaire d'offre et de demande  

Lula et Flávio disposent chacun d'un électorat fidèle, mais suscitent aussi un rejet élevé : 55 % pour Lula et 56 % pour Flávio, selon l'institut de sondage Quaest. L'affrontement entre leurs partisans révèle non seulement une polarisation politique, mais aussi la forte dépendance de la classe politique brésilienne à l'égard de leaders personnalistes.  

À 80 ans, Lula est de nouveau candidat. Ce sera sa dernière élection, et aucun successeur ne se dessine clairement au sein du PT ni, plus largement, à gauche. Seuls des partis non représentés à la Chambre des députés lui disputent les voix de gauche cette année : de petites formations comme le Parti communiste brésilien (PCB) et l'Unité populaire (UP), qui peinent toutes deux à atteindre 1 % dans les sondages. Les partis de gauche représentés au Congrès qui avaient présenté des candidats plus compétitifs lors des scrutins précédents, à savoir le Parti socialisme et liberté (PSOL), le Parti démocratique travailliste (PDT) et le Réseau durabilité (Rede), ont cette fois choisi de soutenir Lula.  
Flávio, pour sa part, se présente en remplaçant de son père, inéligible en raison d'infractions pénales et électorales. Sa candidature a déçu une partie de la droite et d'autres secteurs de la société qui espéraient voir se présenter Tarcísio de Freitas, gouverneur de São Paulo et allié de Bolsonaro. Le choix de Flávio a été largement interprété comme un signal de Jair : sa base politique appartient à la famille.  

On s'attendait à l'émergence d'un candidat capable de représenter la part de l'électorat qui rejette à la fois Lula et la famille Bolsonaro, et qui est lassée du climat conflictuel nourri par la polarisation politique et affective autour de ces figures. Parmi les partis établis, seul le Parti social-démocrate (PSD) a présenté un candidat se posant en alternative à cette polarisation : Ronaldo Caiado. Figure de la droite traditionnelle, forte de plus de quarante ans de carrière, il a dernièrement occupé la fonction de gouverneur de l'État de Goiás. Caiado ne s'est pas révélé électoralement viable jusqu'ici : il oscille entre 3 % et 5 %.  

Dans ce contexte, ce sont les outsiders qui ont retenu l'attention : des candidats issus de partis en marge du système et sans aucune expérience d'un mandat politique. Augusto Cury, troisième dans les sondages, et Renan Santos, à égalité avec Caiado.  

### Les outsiders de la course  

Santos a été le premier à émerger dans les sondages, avant même le début officiel de la campagne, lorsqu'il faisait déjà jeu égal avec le plus expérimenté Caiado. Il est le candidat de Missão (Mission), un parti d'extrême droite créé en 2026 et issu du Mouvement Brésil libre (MBL), que Santos a fondé en 2014 pour mener une série de manifestations réclamant la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Le mouvement reste actif aujourd'hui : il soutient des candidats aux élections législatives et forme des militants de terrain.  

La campagne de Santos repose sur un discours antisystème radical. Très présent sur les réseaux sociaux, il y publie des vidéos au ton à la fois cru, moqueur et technique, et se compare à des figures comme le président argentin Javier Milei ou le président salvadorien Nayib Bukele. Ce style s'est pleinement exprimé lors d'un débat télévisé en début de campagne, au cours duquel Santos a insulté ses adversaires et leurs partisans et promis, une fois élu, un « bain de sang » contre les factions criminelles du pays, comme le PCC et le Comando Vermelho.  

Parmi ses principales propositions figure l'adoption de ce qu'il appelle un « droit pénal de l'ennemi », un régime pénal distinct pour les personnes liées aux factions criminelles. Sur le papier, la mesure est présentée en termes juridiques et techniques. Mais le slogan qui l'accompagne est plus brutal : « arrêté, tué » (prendeu, matou), scandé par le candidat et ses soutiens lors des meetings. Ses intentions de vote se maintiennent entre 3 % et 4 % depuis mars.  

Augusto Cury est un outsider d'un tout autre genre. Psychiatre, il a bâti sa carrière et sa notoriété comme auteur de livres de développement personnel, un genre très populaire au Brésil. Il a annoncé son intention de se présenter sans aucun mouvement politique derrière lui, avant même de rejoindre Avante, un petit parti de centre droit (au Brésil, l'appartenance à un parti est obligatoire pour être candidat).  

Sa campagne a décollé après sa participation à un débat télévisé auquel aucun des deux favoris, Lula et Flávio, n'assistait. Il y est apparu comme un contrepoint à Santos : tous deux viennent de l'extérieur de la politique, mais là où Santos affichait une rhétorique dure et radicale, Cury s'est présenté comme capable de dépasser les clivages avec sérénité. Sa progression a été fulgurante : il est passé de 2 % à 10 % en quelques jours.  

L'un des grands atouts de Cury est d'avoir réussi, en tant que novice en politique, à se placer en dehors de la polarisation entre Lula et Flávio. Un message central de sa campagne consiste à se présenter comme un candidat « passerelle » plutôt que « centriste ». La stratégie est double : elle le tient à distance des étiquettes idéologiques et montre qu'il peut apaiser le conflit politique, ce que recherchent de nombreux Brésiliens, épuisés par les attaques incessantes.  

La sympathie des électeurs pour les candidats extérieurs au monde politique n'a rien de surprenant. Une série d'enquêtes menées par l'institut Quaest en 2026 demandait quelle serait la meilleure issue du scrutin : parmi les personnes interrogées qui ne souhaitaient la victoire ni de Lula ni de la famille Bolsonaro, 22,2 % en moyenne préféraient celle d'un candidat extérieur à la politique, contre 16,6 % celle d'un candidat modéré hors de la polarisation. Ces chiffres n'expliquent cependant pas les raisons de cette préférence.  

Une enquête par groupes de discussion consacrée à la perception des outsiders dans les élections présidentielles, menée en 2025 par l'Institut national de science et technologie en représentation et légitimité démocratiques (INCT ReDem), avait déjà mis en évidence un fort désir de nouveaux visages et un rejet marqué des politiciens de carrière. Le discours antisystème des candidats trouvait d'ailleurs un large écho auprès des participants. Toutefois, les doutes sur la viabilité électorale des outsiders et sur leur capacité à gouverner, ajoutés à un scepticisme plus général quant à la possibilité même de changer le système politique brésilien, limitent leur attrait.  

Du côté de la demande, ce scepticisme semble expliquer pourquoi, malgré le rejet massif de Lula et de Flávio, aucun outsider ne s'est révélé viable. Du côté de l'offre, on est frappé par le peu d'efforts, voire d'intérêt, des partis établis pour proposer des alternatives : Caiado, vétéran de la politique, fait lui aussi l'objet d'un fort rejet. De plus, sur les sept partis de droite qui forment le premier bloc du Congrès national, six ont choisi la neutralité dans la course présidentielle, tandis que les partis de gauche établis se sont tous ralliés à Lula.  

Résultat : à moins de dix jours du premier tour, l'ensemble des candidats opposés à Lula et à Flávio totalise environ 13 % des intentions de vote. Celui qui s'est le plus distingué, Cury, a atteint 10 % début septembre sans parvenir à se maintenir à ce niveau. Le paradoxe est que le rejet des deux favoris est si fort qu'au lieu d'ouvrir un espace à une alternative, il a produit l'effet inverse : à l'approche du scrutin, le vote utile progresse, alimenté par la crainte que l'un des deux l'emporte dès le premier tour.  

D'après les sondages, ce scénario est peu probable, mais il reste envisageable compte tenu de la part de répondants qui se disent encore indécis, environ 8 %. C'est peu, mais dans une course serrée, le choix final de ces électeurs, conjugué à l'incertitude sur leur participation, maintient cette possibilité ouverte.  

### L'affaire Banco Master et ses retombées sur la campagne de Flávio   

Autre facteur qui pèse sur la course : le scandale de corruption impliquant Banco Master, son ancien actionnaire majoritaire, Daniel Vorcaro, et plusieurs agents publics. Vorcaro est en détention et visé par une enquête pour fraude financière portant sur plusieurs milliards de dollars, corruption d'agents publics et d'autres crimes. L'affaire a éclaté au grand jour en novembre 2025, lorsque la Banque centrale du Brésil a ordonné la liquidation de la banque et que la Police fédérale a mené une opération contre le groupe. En décembre, le contrôle de l'enquête a été transféré au STF, en raison de l'implication possible de personnes bénéficiant d'un privilège de juridiction, une disposition constitutionnelle selon laquelle certains responsables ne peuvent être jugés que par les juridictions supérieures.  

L'affaire a directement touché Flávio Bolsonaro. En mai 2026, le média Intercept Brasil a publié des messages dans lesquels le sénateur, sur un ton d'excuse, pressait Vorcaro de verser 134 millions de reais (environ 25,8 millions de dollars) pour financer un film sur la vie de son père, intitulé Dark Horse. Avant la publication de l'enquête, Flávio avait nié toute implication du banquier ; il a ensuite reconnu les échanges tout en affirmant ignorer les irrégularités de la banque. Quelques jours plus tard, on apprenait qu'il avait également rendu visite à Vorcaro à son domicile après la première arrestation de celui-ci.  
Dans la foulée, Flávio a reculé dans les sondages et perdu des soutiens importants : les dirigeants évangéliques ne se sont pas rangés derrière sa candidature comme ils l'avaient fait pour son père, et il n'est parvenu à nouer d'alliance avec aucun autre parti. Il a néanmoins remonté la pente dans les mois suivants.  

### Le tribunal suprême fédéral face à une crise de crédibilité  

Depuis que l'affaire a été portée devant le STF, les révélations sur les liens entre Vorcaro et des juges de la Cour alimentent une crise de crédibilité au sein même de l'institution. Des documents et des messages saisis par la Police fédérale, bien que placés sous scellés, ont commencé à fuiter par bribes dans la presse, amplifiant les retombées politiques du scandale et soulevant des questions sur la conduite de la Cour elle-même. La crise a pris une nouvelle ampleur en septembre 2026, avec la divulgation d'un rapport de la Police fédérale faisant état de communications présumées entre le juge Alexandre de Moraes et Vorcaro. Sous une pression politique croissante, le président de la Cour a ordonné la levée du secret sur l'ensemble du dossier, et de nouvelles informations sur l'implication présumée d'autres juges et responsables émergent depuis presque quotidiennement, une tendance appelée à se poursuivre jusqu'au jour du scrutin.  

Cette crise est lourde de conséquences, car le STF est l'organe chargé d'interpréter et d'appliquer la Constitution et de veiller au respect de ses principes. La Cour a joué un rôle décisif dans l'endiguement institutionnel du tournant autoritaire de Bolsonaro, notamment en le condamnant, ainsi que ses complices, pour tentative de coup d'État, un moment salué comme une démonstration éclatante de la résilience démocratique brésilienne.  

C'est précisément en raison de ce rôle que la Cour a fait l'objet d'attaques soutenues de la part de Bolsonaro et de ses partisans, pendant et après sa présidence, Moraes étant particulièrement pris pour cible. Dans ce climat, les critiques visant la conduite de certaines enquêtes ou le comportement de tel ou tel juge, formulées par des groupes et des personnalités extérieurs à l'extrême droite, tendaient à rester prudentes, afin de ne pas affaiblir l'institution ni accréditer le récit de l'extrême droite à son encontre.  

Voir des juges du STF, Moraes au premier chef, mis en cause dans l'affaire Banco Master discrédite désormais l'institution tout entière, avec pour effet secondaire de remobiliser la base bolsonariste à l'approche du scrutin. La campagne de Flávio accuse la Cour de corruption et d'avoir condamné son père pour favoriser l'élection de Lula, un récit qui cherche à associer le scandale de la Cour au gouvernement actuel, lui-même scruté par les médias en raison d'alliés impliqués dans cette affaire et dans d'autres enquêtes en cours.  

Cette érosion du crédit du STF a des conséquences qui dépassent l'élection. En cas de victoire de Flávio, on redoute le retour d'un projet politique autoritaire face à une Cour discréditée, moins à même de jouer son rôle de contre-pouvoir. Et le risque lié à cette fragilité institutionnelle ne se limite pas à la politique intérieure, comme en témoignent les pressions exercées par l'administration Trump sur le processus électoral brésilien.  

### Les pressions américaines font craindre une ingérence électorale  

Autre facteur de tension, qui déborde largement le cadre de la course : la menace d'une ingérence de l'administration Trump. En août 2026, l'Agence brésilienne de renseignement (ABIN) a adressé au Tribunal supérieur électoral (TSE), l'organe chargé de l'organisation des élections, un rapport avertissant que le risque d'ingérence américaine avait atteint un niveau critique.  

La politique de Trump consistant à traiter les Amériques comme une zone d'influence des États-Unis est devenue explicite fin 2025, formalisée dans ce qu'on a appelé le « corollaire Trump ». Dès juillet 2025, il avait déjà affiché cette orientation en tentant de s'immiscer dans la justice brésilienne, conditionnant l'imposition de droits de douane de 50 % sur les produits brésiliens au procès de Jair Bolsonaro devant le STF.

Eduardo Bolsonaro, frère de Flávio, est l'un des principaux artisans des mesures de l'administration Trump qui pénalisent le commerce brésilien et portent atteinte à la souveraineté du pays. Début 2025, il a quitté son siège à la Chambre des députés pour s'installer aux États-Unis, en quête de soutiens politiques pour peser sur l'issue du procès de son père. Son rôle dans cette démarche est de notoriété publique au Brésil et a déjà donné lieu à une décision de justice : le STF l'a condamné pour coercition dans le cadre d'une procédure judiciaire.  

L'alignement de la famille Bolsonaro sur Trump offre à Lula l'occasion de se poser en défenseur de la souveraineté nationale et en adversaire de l'interventionnisme américain, une posture manifeste dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 22 septembre. L'ampleur de ces pressions extérieures ajoute une couche supplémentaire de tension à l'élection brésilienne et à la crise du STF, mettant une fois encore à l'épreuve la résilience démocratique du pays.

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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