# L'exécution ratée de Christa Pike : un nouveau chapitre sinistre de la peine de mort aux Etats-Unis
**Date de l'événement :** 05/10/2026
* Publié le 05/10/2026

### Date
05/10/2026

## Chapô
**L'exécution ratée de Christa Pike, survenue le 1ᵉʳ octobre dans le Tennessee, a relancé le débat sur la brutalité de la peine capitale aux États-Unis, à l'heure où le nombre d'exécutions y connaît une hausse marquée sous la présidence de Donald Trump. Que révèle cet épisode de l'état de la peine de mort, dans un pays qui s'en éloigne moins vite que le reste du monde ? Professeur de droit international à Middlesex University London et chercheur invité à l'École des affaires internationales de Sciences Po (PSIA), William Schabas, spécialiste de la peine de mort, auteur des rapports quinquennaux du Secrétaire général de l'ONU sur le sujet, met en perspective cette affaire, de ses précédents historiques aux tendances mondiales de l'abolition.**

## Corps du texte
La brutalité intrinsèque de la peine capitale a de nouveau attiré notre attention avec l'exécution ratée de Christa Pike. Le 1ᵉʳ octobre, après que la Cour suprême des États-Unis a annulé un sursis d’exécution ordonné par la Cour d'appel du Tennessee, on lui a injecté une dose de pentobarbital censée être mortelle. Mais ce n'était pas, pour reprendre les mots de Victor Hugo, le dernier jour d'un condamné. Pike a survécu, bien qu'il soit probable que cet empoisonnement lui ait laissé de graves séquelles. Aujourd'hui, par une ironie tragique, les professionnels de santé du Tennessee s'efforcent de lui sauver la vie.

Dans quel but ? Pour pouvoir tenter de l'exécuter à nouveau ? Si elle survit mais ressort irrémédiablement atteinte de cette épreuve, une nouvelle tentative pour la tuer aura-t-elle lieu ? Il existe un précédent en droit américain. C'est une affaire qui exhale l'odeur de l'ère de Jim Crow, celle du lynchage légal à l'apogée de l'apartheid américain.

En 1946, l'État de Louisiane ne parvint pas à exécuter Willie Francis en raison d'un dysfonctionnement de la chaise électrique, laquelle avait été installée par un employé de la prison en état d'ébriété. Francis, un adolescent afro-américain de seize ans, hurla : « Laissez-moi respirer ! ». C’est des paroles qui, aujourd'hui, rappellent les derniers mots désespérés de George Floyd. Les avocats de Willie Francis saisirent la Cour suprême pour tenter de faire obstacle à une nouvelle tentative d'exécution. La requête fut rejetée par cinq voix contre quatre. Robert Jackson, tout juste rentré de sa mission de procureur au procès de Nuremberg, apporta la cinquième voix nécessaire au rejet de l'appel. Francis fut exécuté l'année suivante, alors qu'il avait dix-sept ans.

Selon l'évolution de son état, Christa Pike pourrait invoquer le principe interdisant l'exécution de personnes souffrant de graves troubles mentaux. En 2002, la plus haute juridiction des États-Unis a jugé que l'exécution dans de tels cas était inconstitutionnelle car elle violait le huitième amendement interdisant les peines cruelles et inhabituelles. Toutefois, il ne faut jamais sous-estimer la malveillance qui règne au sein de la Cour suprême.

Il y a vingt-cinq ans, près de 100 personnes étaient exécutées chaque année aux États-Unis. Ce chiffre a diminué de manière assez régulière avant de connaître une hausse spectaculaire depuis l'accession de Donald Trump à la présidence en 2025. L’année dernière, quarante-sept exécutions ont eu lieu, contre vingt-cinq en 2024. Cette situation est presque entièrement due à l'enthousiasme pour la peine capitale du gouverneur de Floride, Ron DeSantis. Plus de la moitié des vingt-neuf exécutions recensées aux États-Unis depuis le début de cette année ont eu lieu en Floride. Les autres ont été pratiquées au Texas, en Alabama, en Oklahoma et dans le Tennessee et huit exécutions sont programmées d'ici la fin de l'année.

En l'an 2000, trente-huit des cinquante États américains prévoyaient la peine capitale. Ce nombre est tombé à vingt-sept, dont quatre appliquent un moratoire. Ce recul reflète la tendance mondiale à l'abolition de la peine de mort. Toutefois, en janvier 2025, un des premiers décrets de Donald Trump a appelé à un recours accru à la peine capitale. Il a ordonné aux procureurs fédéraux de requérir systématiquement la peine de mort. À ce jour, l'acharnement de Trump en faveur des exécutions a peu d'effet direct, car l'administration de la justice pénale relève très largement des autorités de chaque État.

Durant les derniers mois de son premier mandat, Trump a réactivé la peine de mort au niveau fédéral. Seules trois personnes avaient été exécutées au niveau fédéral de 1973 à 2020. La dernière exécution avait eu lieu en 2003. Dans les mois précédant son départ de la Maison Blanche en janvier 2021, treize hommes et femmes ont été exécutés au niveau fédéral, presque tous pour des crimes commis dans le siècle précédent. Barack Obama avait omis de commuer leurs peines en réclusion à perpétuité, une mesure qu'il avait pourtant le pouvoir de prendre à la fin de son mandat.

Joe Biden a commué trente-sept peines capitales à la fin de son mandat, en 2025. Cependant, il a laissé trois hommes dans le couloir de la mort, rendant ainsi leur exécution par son successeur quasi inévitable. En 2020, Biden avait pourtant fait campagne pour une abolition totale.

Inévitablement, le racisme joue un rôle dans le prononcé de la peine capitale aux États-Unis. Treize des vingt-neuf personnes exécutées cette année sont noires. Les Noirs représentent environ 40 % des quelque 2 000 personnes condamnées à mort qui attendent leur exécution.

Les méthodes d'exécution aux États-Unis ont évolué au fil des ans, principalement pour réduire la brutalité qui accompagne cette forme d'homicide légal. En effet, l'histoire montre que, dans de nombreux pays ayant maintenu la peine capitale, il existe une tendance à vouloir minimiser les souffrances qui y sont associées. En France, ce sentiment a inspiré l'invention macabre de Joseph-Ignace Guillotin au XVIIIᵉ siècle. En Angleterre, au XIXᵉ siècle, une méthode de pendaison fut mise au point pour briser la nuque instantanément, bien qu'en pratique cela ne se produisît pas dans tous les cas.

Les États américains ont expérimenté diverses méthodes modernes, notamment la chambre à gaz et la chaise électrique, avant d'opter pour l'injection létale au cours des dernières décennies du XXᵉ siècle. À l'origine, un cocktail de médicaments était utilisé, mais les protocoles ont évolué à mesure que des laboratoires pharmaceutiques ont refusé de fournir certains produits. En 2012, l'Union européenne a interdit l'exportation aux États-Unis de médicaments destinés aux exécutions.

Les professionnels de santé, tenus par le principe primum non nocere, refusent de participer à ce qui s'apparente à une caricature d'acte médical. En conséquence, ce sont des gardiens de prison qui sont chargés d'insérer les cathéters. Ils peinent parfois à trouver des veines appropriées. Des exécutions ont été reportées en raison de l'impossibilité d'injecter les substances létales. Dans le cas de Christa Pike, il semble que le cathéter ait diffusé le poison dans les tissus de son corps plutôt que dans ses veines. Selon son avocat, ses bras étaient « gonflés, brûlés et couverts d'ampoules ».

Les souffrances endurées par Christa Pike et d'autres personnes lors de tentatives d'exécution soulèvent une question juridique importante. Les actes de torture, les peines ou les traitements cruels, inhumains ou dégradants font l'objet d'une interdiction absolue, tant en vertu du droit international que de la Constitution des États-Unis. Même si l'on soutient qu'aux États-Unis aucun obstacle juridique n'empêche le prononcé de la peine de mort en tant que telle, son application ne saurait être légale si elle n'offre pas la garantie d'être exempte des traitements barbares comme ceux subis par Christa Pike.

Il y a près de quarante ans, la Cour européenne des droits de l'homme a interdit l'extradition de suspects vers les États-Unis en raison des souffrances inhérentes à la peine capitale. Depuis lors, toute extradition depuis l'Europe vers les États-Unis est conditionnée par la garantie que la peine de mort ne sera pas prononcée. Dans cette affaire, la Cour européenne ne s'est pas penchée sur la peine capitale en soi en raison d'une disposition anachronique de la Convention européenne des droits de l'homme. Elle s'est plutôt concentrée sur le « syndrome du couloir de la mort », c'est-à-dire la période prolongée que les condamnés à mort passent aux États-Unis dans l'attente de leur exécution. Le couloir de la mort est synonyme de conditions de détention effroyables et d'isolement prolongé.

On compte actuellement environ 2 000 condamnés à mort aux États-Unis. L'âge moyen de ces hommes et femmes condamnés dépasse la cinquantaine. La grande majorité mourra en prison de causes naturelles. Le cas de Christa Pike est assez représentatif : âgée de cinquante ans au moment de son exécution en octobre 2026, elle a été condamnée pour un crime commis plus de trente ans auparavant, alors qu'elle en avait dix-huit. En juillet, la Floride a exécuté Dominick Occhicone, âgé de 80 ans. Il avait été condamné à mort 40 ans plus tôt pour un crime commis en 1984.

L’ONU a commencé à suivre l'évolution de la peine capitale dans les années 1970, époque à laquelle une majorité de ses membres, dont la France, maintenaient encore cette peine. La dernière exécution en France a eu lieu en 1977. Le nombre d'États recourant à la peine capitale continue de diminuer, le Liban étant le dernier en date à avoir adopté une loi l'abolissant, en août 2026. En revanche, Israël, voisin méridional du Liban, a adopté en mars 2026 une loi qui ouvre la voie à des condamnations à mort pour des actes de terrorisme. Selon les rapports d'organisations de défense des droits humains, ce texte, voté par la Knesset par 62 voix contre 48, crée deux régimes distincts. En Israël et à Jérusalem-Est, les tribunaux civils peuvent prononcer la peine de mort par pendaison pour un meurtre commis dans le but de « nier l'existence de l'État d'Israël ». En Cisjordanie occupée, les tribunaux militaires peuvent condamner à mort des Palestiniens pour des homicides liés à des actes terroristes. Cette loi rompt avec une longue retenue : Israël n'a procédé à aucune exécution depuis 1962, celle d'Adolf Eichmann, et l'on pensait jusqu'à récemment que le pays avait définitivement renoncé à cette pratique. La Biélorussie, elle, est le seul État européen à ne pas avoir aboli la peine capitale ; ses dernières exécutions remontent à 2022.

À l'échelle mondiale, seule une trentaine de pays pratiquent la peine capitale. La plupart n'y ont recours que de manière occasionnelle. La grande majorité des exécutions dans le monde aujourd'hui sont le fait de la Chine, de l'Iran, de l'Arabie saoudite, de l'Égypte, du Yémen, de l’Irak et des États-Unis. Amnesty International a relevé une forte hausse des exécutions dans son dernier rapport annuel sur la peine de mort. Bien que cela puisse sembler être un revirement choquant par rapport à la tendance mondiale, cette augmentation est presque entièrement imputable à l'Iran.

Il y a un an, à l'occasion de l'entrée de Robert Badinter au Panthéon, le président Macron a réaffirmé l'engagement de la France en faveur de l'abolition de la peine de mort. En tant que garde des Sceaux sous la présidence de François Mitterrand, Robert Badinter avait milité pour la fin de la peine capitale en France et en avait piloté l'abolition. Il a également déployé de grands efforts en faveur de l'abolition de la peine de mort ailleurs dans le monde.

L’exécution ratée de Christa Pike semble emblématique de l’Amérique à l’ère Trump. Toutefois, les sondages d’opinion pourraient bien avoir tendance à surestimer le soutien à la peine capitale. Peut-être que le dégoût et l’indignation suscités par ce nouvel épisode de l’histoire de la peine de mort aux États-Unis donneront naissance à des initiatives progressistes.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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